‹ L'armature sociale;Chapitre 55 sur 98 · VI. -— Les Coopératives Agricoles · texte numérisé non relu

VI. -— Les Coopératives Agricoles

A l'inverse, l'activité s'est portée très légitimement vers des coopératives de transformation des produits agricoles et de vente en commun. Ici les syndicats sont vraiment dans leur rôle et ils ont admirablement réussi. Ils ont même inventé un type nouveau de coopérative mixte, qui a eu les honneurs d'une loi spéciale, la loi Ruau du 29 décembre 1906. Ces Coopératives agricoles, (c'est le nom qu'on leur a donné) ont pour objet légal, d'après le décret du 30 mai 1907 : « La production, la transformation, la conservation et la vente des produits agricoles ».

Ce n'est pas tout, en effet, que de produire plus et à meilleur marché. Il faut aussi assurer l'écou-

(1) Voir sUtititiqu» »n »pp«adioe, page 411.

lement rémunérateur des produits; c'est même le but essentiel de toute production. Or, tout le monde sait par expérience les défectuosités du système de la concurrence aveugle pour les réalisations fructueuses, tant agricoles qu'industrielles.

'Les cultivateurs, (et même la plupart des industriels), n'entendent guère rien aux méthodes commerciales, dont ils ont toujours dédaigné de s'occuper. Ils sont souvent la proie d'une nuée d'intermédiaires et de spéculateurs, qui s'enrichissent à leurs dépens. C'est cette lacune grave du mécanisme que les syndicats ont entrepris très courageusement de combler.

Il faut citer, parmi les syndicats qui ont le mieux réussi dans cette voie des groupages et des ventes en commun, d'abord en tête le Syndicat central de France, déjà nommé; le Syndicat de Romorantin, (légumes frais, asperges, haricots verts), lequel écoule sa production sur Paris et qui a permis à ses adhérents de relever les cours de vente des asperges de 30 0/0; le Syndicat horticole d'Hyères pour les fleurs coupées; le Syndicat des laines du Châtillonnais; le Syndicat des maraîchers de Dunkerque; les Syndicats de primeurs du Var et des Alpes-Maritimes; le Syndicat fraisier du Comtat, dont les exportations sur Londres ont atteint 350.000 kilogs dès 1898; enfin, certains Syndicats vinicoles du Midi et de la Bourgogne.

A vrai dire, tous les syndicats n'ont pas réus-

si du premier coup, ni complètement, ni sur tous les points. La stabilisation sérieuse des cours, de tous les cours, pour tous les produits, est encore aujourd'hui un simple devenir, que de très puissantes Unions régionales arriveront sans doute seules à réaliser dans l'après-guerre, — et encore à condition de faire alliance avec des Unions industrielles et commerciales correspondantes.

En toutes choses, il faut l'apprentissage et il faut le temps. Le génie du commerce ne s'improvise pas, et cependant l'on ne peut aboutir qu'à la condition expresse de procéder toujours commercialement. C'est déjà beaucoup, néanmoins, que d'avoir la méthode et un commencement de réalisation. Ici, encore, les syndicats agricoles dépassent largement leurs émules commerciaux ou industriels et les précèdent dans la voie du progrès.

Page 1