VII. — Le» Industries Agricoles
Il y a enfin toute une série de produits agricoles, (le plus grand nombre), où la mise en vente est nécessairement précédée d'une préparation, d'une transformation quasi industrielle, ou pour le moins de procédés de conservation indispensables.
C'est dans cette industrie des transformations que les syndicats ruraux ont le mieux prouvé l'efficacité de leur concours. Il fallait pour cela non plus seulement se faire commerçant, mais
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devenir industriel véritable. Les syndicats y sont très bien arrivés, par le perfectionnement dé ces Coopératives agricoles, dont nous venons de parler.
L'un des exemples les plus significatifs nous est donné par le Syndicat de Roquevaire (Bouches-du-Rhône). Dans ce coin de Provence, la production des câpres et des abricots est très abondante; elle constitue une ressource sérieuse. Mais le revenu de la plupart des producteurs était très diminué par le fait que presque tous ne savaient pas récolter leurs fruits et assurer leur conservation; les courtiers avaient beau jeu pour disputer sur la qualité et acheter au rabais.
Le Syndicat de Roquevaire a entrepris de faire la cueillette des câpres en commun, de les rassembler à l'entrepôt syndical, en tenant compte soigneusement des quantités et des qualités respectives de chaque propriétaire, puis de pratiquer la préparation industrielle complète, (macération au vinaigre), au lieu d'être obligé de vendre brut immédiatement au commerce local. On répartit ensuite le stock suivant les cinq ou six qualités usitées et l'on revend directement à des industriels du dehors, en passant sur le dos des courtiers.
On évite ainsi : 1° L'inconvénient des cueillettes défectueuses et le mélange des boutons ,sains et des boutons gâtés; 2° l'obligation de vendre sitôt cueillette à n'importe quel prix, sous
menace de voir tout se perdre; 3° la tyrannie des intermédiaires et la spéculation au rabais.
Le succès de cette entreprise sur les câpres a été si concluant, que le même Syndicat de Roquevaire a étendu aussitôt ses opérations aux abricots. Ceux-ci sont tellement abondante en Provence que bien souvent leur valeur marchande sur place n'atteignait pas les frais de cueillette et qu'on les laissait perdre dans les années de surproduction. Le syndicat a créé à leur intention une usine complète, pour les faire sécher et en préparer des conserves, auxquelles un débouché meilleur est assuré.
La Coopérative de Roquevaire réalise ainsi sur les câpres un chiffre d'affaires minimum de 200.000 à 250.000 francs. Quant aux abricots, le stock a dépassé 400.000 kilogr. en 1895, vendu au dehors à des épiciers en gros, pâtissiers et confiseurs. Le cours de vente a pu être relevé de 35 à 40 0/0, ce qui est significatif. Il faut ajouter, (et cet avantage n'est pas du tout négligeable), que le Syndicat distribue en outre plus de 10.000 francs de salaires par saison au personnel syndiqué employé à la cueillette et aux manipulations.
Nous avons insisté complaisamment sur cet exemple de Roquevaire, parce qu'on y rencontre l'application méthodique de tous les meilleurs principes du syndicalisme agricole, et même du nouveau syndicalisme de production, mais cet exemple n'est pas unique, loin de là.
Le Midi, particulièrement le Gard, renferme un
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très grand nombre de caves coopératives, où les vignerons viennent presser et vinifier leurs vendanges en commun, dans des celliers perfectionnés, améliorant ainsi la qualité de leur vin et augmentant, par suite, les cours de vente de façon très notable. Nous trouvons en outre beaucoup de coopératives pour le battage des grains, répandues un peu partout, les Coopératives laitières du Poitou, (qui ont été des premières en date), les beurreries et fromageries coopératives de Franche-Comté, (avec la Fruitière de Poligny, déjà citée), les coopératives oléicoles de Provence, des féculeries coopératives dans les Vosges, des coopératives pour la distillation des plantes à parfum dans PEsterel, — et combien d'autres encore.
D'après une statistique officielle du Ministère de l'Agriculture, on recense au 31 décembre 19131, 393 Coopératives agricoles groupant 8 millions de capitaux (1).
Il faut y ajouter, depuis la guerre, une nouvelle variété fort intéressante et promise au plus bel avenir; — ce sont les Coopératives de Culture, lesquelles sont basées exactement sur les mêmes principes que les sociétés de battage, pour la mise en culture collective des terres de leurs adhérents, à forfait, à l'aide de tracteurs mécaniques achetés et utilisés en commun. On obtient ainsi, quel que soit le morcellement des
i(D Voir statistique en appendice, ipage 4121.
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propriétés; 1° une meilleure qualité du labourage et des défriches; 2° une diminution sensible du prix de revient pour les façons culturales; o° une augmentation correspondante du rendement des récoltes et de la qualité de ces récoltes, avec stabilisation des cours de vente.
Ces Coopératives de culture sont apparues d'abord dans les pays de grands labours et de céréales, comme il convient, (Beauce, Picardie), mais elles tendent à se multiplier dans toutes les régions, même dans les zones de polyculture ou de morcellements. On en trouve déjà dans l'Allier, en Eure-et-Loir, à Pontoise, etc..
Il y a là probablement une solution très pratique du problème si irritant de la main-d'œuvre rurale, tout en évitant un remembrement du sol fort compliqué, cette dangereuse utopie. On y trouve aussi une dernière application fort complète de la belle formule du syndicalisme agricole : l'Union pour la Vie.