VIII. — Le Fédéralisme Agricole
Cette Union pour la vie se manifeste d'ailleurs très nettement dans une autre institution récente, laquelle constitue une tentative caractérisée de concentration syndicaliste et de fédéralisme corporatif.
La Fédération Nationale de la Mutualité et de la Coopération Agricole a été créée en septembre 1910, sous le patronage du Musée Social et sous
la présidence du sénateur Viger, par la fusion de :
1° La Fédération nationale des Caisses régionales de Crédit agricole, fondée en 1907;
2° La Fédération Nationale des Syndicats Agricoles, qui existait depuis 1908;
3° La Fédération Nationale des Coopératives Agricoles, constituée en 1906.
La Fédération Nationale Agricole, (secrétaire général Vimeux), a déjà presque l'importance d'une véritable Confédération générale de l'Agriculture, ou du moins rien dans ses statuts et son fonctionnement ne paraît devoir s'opposer à ce qu'elle en prenne bientôt toute l'envergure et toute l'autorité.
Tout comme son émule ouvrière, la C. G. T., elle procède par sections autonomes, lesquelles sont au nombre de quatre : Crédit Mutuel agricole, Syndicats agricoles, Coopératives agricoles et enfin Assurances mutuelles agricoles. Elle sert de trait d'union entre les institutions adhérentes, coordonne les efforts isolés de chacune d'elles, favorise le développement des institutions de mutualité et de coopération, défend leurs intérêts communs et étudie toutes les questions connexes.
La F. N. A. groupe actuellement, malgré les perturbations de la guerre, l'effectif considérable de 150 Caisses régionales ou Unions de syndicats et de 9.200 syndicats locaux, caisses rurales ou
Coopératives. Elle admet en outre des membres isolés, à titre individuel.
Son activité s'est manifestée par l'organisation de ires grands Congrès agricoles annuels, dont les travaux, les rapports et les vœux ont servi très efficacement les intérêts du syndicalisme agricole : Bordeaux (1907), Blois (1908), Montpellier (1909), Rouen (1910), Evian (1911), Paris (1912), Clermont-Ferrand (1913). Les comptes rendus de ces Congrès sont fort intéressants à plusieurs titres; ils constituent la meilleure documentation pour la mise au point de tout le mouvement rural.
On pourrait peut-être faire le reproche à la Fédération nationale Agricole de montrer une prédilection trop marquée pour les formules purement mutualistes. La mutualité n'est pourtant pas tout le syndicalisme, il s'en faut de beaucoup; c'en est à peine le premier échelon.
Nous la verrions donc avec plaisir se désintéresser de toutes les institutions d'assurances agricoles et même de réassurances, et appliquer son activité, qui est réelle, et sa jeune puissance, qui n'est pas niable, à la constitution d'un fédéralisme et d'un régionalisme agricole complet. La Fédération nationale de la Mutualité et de la Coopération agricoles peut très bien devenir ainsi, par alliance ou par fusion avec les autres groupements nationaux, une Confédération générale de l'Agriculture, une C. G. A., et c'est bien là
le stade ultime où doit tendre tout le syndicalisme terrien.
Telle est, dans son ensemble, la série actuelle et la hiérarchie des institutions diverses et des groupements agricoles engendrés par l'idée syndicaliste. On peut en mesurer déjà toute la portée et en prévoir tout l'avenir.
Quant aux services d'ordre personnel rendus aux cultivateurs eux-mêmes, ils sont très divers, mais de qualité très variable et même assez discutable pour toute une catégorie de ces services et institutions.
On a mené grand tapage, depuis quelque vingt ans, officiels et grands pontifes en tête, sur les bienfaits de la Mutualité et des œuvres d'Assistance ou de Prévoyance. Oserons-nous dire que nous sommes assez sceptiques sur le compte de cette panacée sociale, laquelle paraît trop souvent ne pas dépasser l'efficacité d'un emplâtre sur une jambe de bois, pour parler avec la rude franchise du peuple. Charles Benoist, qui n'est pas suspect, va jusqu'à prononcer à son sujet le mot de faillite.
Nous laisserons donc délibérément de côté ces innombrables enivres de secours mutuels, d'assurances diverses, de caisses de retraite, dont les résultats ont été jusqu'ici purement académiques; et n'ont guère servi qu'à créer une nouvelle espèce de biens de main-morte. Au surplus, en mettant les choses au mieux, elles ne sont susceptibles que d'action très lente. Dans leur pro-
pre intérêt, il faudrait attendre quelque vingt ou trente ans encore pour pouvoir les juger et en faire état.
Mais ceci ne concerne nullement, — hàtonsnous de le dire, — les premières fondations du Crédit agricole. Nous les considérons, au contraire, comme de premier ordre et d'une haute valeur définitivement acquise dès maintenant, — d'une si grande portée sociale même et d'un si grand avenir syndical, que nous leur consacrerons une étude complète et séparée.