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CHAPITRE XI

La Doctrine Cégétiste et la Guerre

/. — Le Marxisme. — //. La Politique du pire. — III. La Faillite de l'Internationale ouvrière. — IV. Les Constatations nécessaires. — V. La Pierre de touche. — VI. La Mise en œuvre et la main-d'œuvre. — VII. Les Limites du Syndicalisme ouvrier.

Quelque opinion intime que l'on professe sur la doctrine et sur la tactique cégétiste, il n'est pas niable qu'elle constitue, nous l'avons déjà dit, le fait social le plus grave des quinze dernières années. Elle a eu l'influence la plus considérable, dans le sens péjoratif, sur notre situation économique générale, intérieure et extérieure. Là-dessus tout le monde est d'accord, partisans et adversaires.

L'une des principales causes, à n'en pas douter, de notre crise économique, de cet aveulissement, de cette stérilité croissante, de cette neurasthénie, dont nous souffrions chaque jour un peu plus avant la guerre, venait précisément de cette perpétuelle tension sociale, de cette instabilité continue et déprimante.

A. force d'avoir rencontré sur leur chemin les

grèves les plus inattendues, les manifestations les plus violentes et les plus contradictoires, les oppositions systématiques les plus gratuites, les meilleures bonnes volontés avaient fini par se décourager. Elles se disaient : « A quoi bon entreprendre quelque chose. Dès demain peut-être nous serons .arrêtés net par l'hostilité ouvrière, et tout ce que nous aurons commencé sera perdu. »

Les militants cégétistes triomphent bruyamment : <( C'est justement cela que nous avons voulu. Nous avons donc réussi. » C'est possible, mais ne commencent-ils pas à se demander, aujourd'hui que la guerre est venue changer brutalement les choses et transformer violemment les points de vue, s'il n'eût pas mieux valu pour eux ne pas réussir et s'ils n'ont pas agi contre leurs véritables intérêts.

La guerre est une rude école, en effet, et elle nous apporte de terribles enseignements. Le premier coup de canon, le premier Boche sur notre territoire ont dissipé bien des illusions dangereuses et fait évanouir bien des sentimentalités subjectives, pour nous ramener brusquement à la réalité toute nue.

Il ne faut pas que ces leçons de la guerre soient perdues. Il faut que tout le monde en profite. Il faut que chacun les médite longuement et en tire les conclusions nécessaires. L'union sacrée pendant la bataille, c'est très bien; ce sera encore

mieux après la réorganisation méthodique du pays.

Nous allons avoir certainement à la paix, pendant quelques mois ou peut-être même quelques années, une période de détente et de large respiration, où nous nous regarderons tous avec des yeux attendris, et où tout sera facile à obtenir de notre bonne volonté réciproque. Sachons en profiter les uns et les autres pour jeter les bases du nouveau régime unioniste.

Faisons en attendant notre examen de conscience; nous en avons tous besoin. Il n'y a pas en effet que le cégétisme et le syndicalisme ouvrier à avoir péché par étourderie, par illogisme et par irréflexion. Toutes les autres catégories sociales sont dans le même cas. Elles ont aussi dans la catastrophe leur large part de responsabilité, qui sera établie en temps et lieu, impartialement.

Toutes ont erré par l'abus des systèmes grandiloquents et des généralisations dogmatiques hasardées. Ramenons tout ce fatras et tout ce verbalisme à des notions concrètes. Quittons la région des nuages, (même là aujourd'hui on n'est plus à l'abri des shrapnells allemands), pour rentrer dans la réalité objective et poser nos deux pieds bien carrément sur le sol français.

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