‹ L'armature sociale;Chapitre 67 sur 98 · II. — La Politique du Pire · texte numérisé non relu

II. — La Politique du Pire

Nous avons des exemples manifestes et quasi permanents de cette méthode sur les points suivants :

« 1° Puisqu'il n'y a pas de conciliation possible entre la classe possédante et la classe ouvrière,

entre le capitalisme et le travail, entre les parasites et les producteurs, entre la société bourgeoise et le collectivisme futur, il est dangereux de s'intéresser à toutes les demi-mesures, à tous les demi-progrès, qui ne prouveraient rien par eux-mêmes et qui risquent de retarder la révolution sociale.

« Il faut souhaiter que la concentration capitaliste s'opère de plus en plus telle que Marx l'avait déjà constatée en Angleterre à son époque, et il faut pousser à cette concentration, parce qu'il sera plus facile, le moment venu, d'exproprier quelques princes de la finance et de l'industrie qu'une multitude de petits patrons. Donc applaudissons, nous socialistes et cégétistes, à la ruine et à la disparition du petit commerce, de la petite agriculture et de la petite industrie, mangée par les gros capitaux. Ces gros capitaux travaillent ainsi pour nous, sans s'en douter, dans le futur et dans le présent, puisque la concentration syndicale naît toujours de la concentration capitaliste.

2° Il faut éveiller et stimuler la conscience de classe chez le travailleur. C'est le premier but à atteindre pour arriver le plus tôt possible à la révolution. Il faut désirer, dans son propre intérêt, qu'il soit très malheureux, parce que plus il sera malheureux, plus tôt il se révoltera. Toutes les réformes partielles, toutes les améliorations de détail sont mauvaises, et même d'autant plus mauvaises qu'elles sont plus efficaces, puis-

qu'elles risquent d'accoutumer l'ouvrier à son sort et lui faire perdre de vue le magnifique idéal collectiviste.

Organisons par suite l'opposition systématique à toutes les nouvelles lois sociales, et montronsnous d'autant plus leur adversaire qu'elles seraient plus justes et plus libérales. D'ailleurs toutes ces lois sont des lois bourgeoises, et par conséquent elles ne peuvent être que des pièges dangereux. (Timeo Danaos et dona f éventes.)

« 3° Ce n'est pas tout que de stimuler les militants, il faut aussi agir sans relâche sur les nerfs et sur le cerveau de nos adversaires, de tous les possédants, pour les mettre en état d'infériorité morale et les dominer plus facilement. Notre maître Karl Marx, qui s'y connaissait, comme tous les Allemands, savait combien sont fructueuses les mesures d'intimidation et l'emploi judicieux des mo3vens violents. Agissons sur les capitalistes bourgeois par la peur, avec la lutte ,des classes et la grève générale. Tant mieux s'ils perdent la tête et s'ils font passer la frontière à leur argent. C'est autant de moins qu'on en trouvera contre nous. Tant mieux surtout si cet argent est définitivement perdu dans des placements hasardeux; c'est autant de moins qu'on en trouvera contre nos frères, les travailleurs des autres pays. »

Voilà tout le fond de la politique cégétiste pendant plus de dix années. Qu'on ne dise pas que nous avons poussé le tableau trop au noir. Il est

malheureusement tout à fait exact; les illustrations significatives ne lui ont pas manqué. D'ailleurs si nous en parlons aujourd'hui si librement, sans craindre de rompre l'union sacrée, c'est qu'il s'est fait précisément depuis la guerre, et à cause de la guerre, une évolution déjà sensible dans les tendances syndicalistes.

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