III. — Les causes économiques de la guerre
Si les Allemands sont entrés en campagne le 4 août 1914, plutôt qu'à un autre moment, s'ils ont accepté de laisser attaquer la Russie par l'Autriche, ce qui était une faute, au lieu de s'attaquer eux-mêmes directement à nous, ou d'essaj'er de se faire attaquer par nous, ce qui eût été mieux encore, c'est qu'ils ne pouvaient attendre et qu'il leur fallait opérer immédiatement. Le temps pressait; ils n'étaient plus les maîtres de l'heure.
Ce n'est pourtant pas la situation militaire, ni la situation diplomatique, qui les a décidés ù agir. Ce n'est pas la question balkanique, ni la question marocaine. Ce n'est même pas la rivalité anglaise, puisqu'ils ont au contraire espéré jusqu'au dernier moment obtenir la neutralité britannique.
C'est, — nous y insistons, — la situation économique, c'est-à-dire leur propre situation commerciale et financière, arrivée, pour des raisons que l'on commence à bien connaître, à la dernière minute avant la crise suprême. Ils ont préféré la
guerre mondiale à la faillite boche, et c'est bien dans leur manière. Ils ont fait comme ces commerçants malhonnêtes qui, à la veille du krach, mettent le feu à leur maison pour arranger leurs affaires. Seulement c'est au monde entier que le banqueroutier boche a mis le feu et il a brûlé plus de quatre ans.
Qu'on nous comprenne bien cependant. Nous ne prétendons pas que les Allemands n'ont songé à la bataille qu'à cause de la crise financière, et que si leur position bancaire avait continué à être bonne, ils n'auraient jamais pris les armes. Nous croyons au contraire qu'ils y ont toujours songé, au moins depuis 1890, c'est-à-dire depuis Guillaume II. C'était l'argument suprême, Vulthna ratio, aussi nécessaire à leurs yeux pour maintenir la cohésion intérieure que pour obtenir l'épanouissement suprême, après un choc qu'ils voulaient foudroyant.
Il n'y a qu'à se rappeler les nombreuses manifestations oratoires du Kaiser et ses déclarations sur « la poudre sèche ». Il a été d'accord de tout temps sur le principe avec les pangermanistes, ce n'est pas douteux. Mais ce qui l'a fait d'abord hésiter sur l'application, c'est précisément la crainte des répercussions commerciales.
Il ne s'est décidé que le jour où la situation industrielle s'est modifiée de telle façon, qu'au lieu de continuer à faire obstacle à l'incendie mondial, elle l'a au contraire exigé, elle aussi, comme la solution nécessaire. La question éco-
nomique aurait donc été, sinon la cause primordiale, du moins la cause efficiente.
Naturellement les documents révélateurs sont encore rares, mais l'on commence à connaître quelques faits significatifs.
Vers la fin de juin 1914, à Dusseldorf, une réunion très importante des grands métallurgistes a réclamé la guerre comme indispensable pour éviter la crise économique. Le 5 juillet, un grand conseil de guerre, tenu à Postdam, Fa constatée comme possible militairement et Onctueuse, et a donné carte blanche à l'Autriche pour poursuivre ses manœuvres préparatoires.
Toutefois Guillaume il paraîl avoir hésité encore. Rappelons-nous ce mois <h- juillt-t 1914, le Kaiser, énigmatique et silencieux, contrairement à son habitude, allant se promener en Norvège, puis s'enfermant huit jours à Postdam dans une inaction voulue, déjà pris à partie avec violence par ses journaux pour celte abstention déconcertante. Puis, le mercredi 29 juillet, son arrivée subite à Berlin, le conciliabule décisif avec tous les grands feudataires de la finance et de l'industrie, von Ballin, (Hamburg Amerika Linie), von Hellferich, (Deutch Bank), Thyssen, 'métallurgie), Siemens, (électricité), Plaité, (textiles), etc.
C'est de ce conciliabule suprême, véritable conseil de guerre lui aussi, qu'est sortie la décision définitive. La mobilisation a été ordonnée dans la journée, puis démentie pour la
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forme, mais le sort était jeté et les événements ont suivi leur cours.
Nous avons d'ailleurs des faits précis et des chiffres significatifs sur la situation réelle financière et industrielle de l'Empire germanique.