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IV. — Le bilan financier allemand

L'Allemagne a toujours manqué d'argent liquide, ce n'est pas une révélation. Dès 1871, c'est-à-dire dès la fondation de l'Empire, ses finances ont clé plutôt embarrassées cl ses budgets en perpétuel déficit.

Nos f:t nieux cinq milliards de 1870 étaient déjà fondus en ! n 7 ."» , à la suite de spéculations malheureuses, paraît-il, si bien fondus même que nous avons été alors à deux doigts d'une guerre nouvelle, empêchée seulement par l'opposition tonne Ile du tsar Alexandre II.

Depuis lors, l'état de gêne croissant du budgel impérial et des divers budgets confédérés était notoire.

De 1898 à 1911, avec exception pour la seule année 1904, l'Empire s'est trouvé régulièrement en déficit tous les ans, et a dû emprunter pour équilibrer chaque exercice.

Même situation déficitaire pour les Etats confédérés, qui ont chacun leur budget particulier. Tandis que de 1890 à 1910, en pleine paix et sous les apparences les plus prospères, l'Empire augmentait sa dette de 4 milliards 516 millions,

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la Prusse accroissait la sienne de 4 milliards 457 millions, la Bavière de 768 millions, la Saxe de 247 millions, le Wurtemberg de 194 millions, Hambourg de 710 millions, et les autres Etats réunis de 981 millions (1).

De 1890 à 1908, la dette totale de tous les Etals germaniques réunis a passé de 11 milliards 950 militons, à 23 milliards 64 millions, soit prés de cent pour cent d'augmentation. Elle était encore plus grande à la veille de la guerre, en 1913.

Il est curieux de constater quel saut énorme font à partir de 1900, c'est-à-dire depuis la phase de mégalomanie, tous les autres chiffres stati:.licmes d'outre-Rhin.

Le budget ordinaire de l'Empire passe en dépenses de 1 milliard 549 millions en 1895 à 3 milliards 780 millions en 1912; et il faut ajouter tous les budgets particuliers des divers Etats qui forment le total respectable de 1*3 milliards 031 millions pour 1912. Il faut ajouter encore le déficit budgétaire annuel, couvert par des emprunts, ainsi que nous venons de le voir, mais qui devrait logiquement figurer aux budgets. D'ailleurs les dépenses militaires seules passent de 1 milliard 41 millions en 1900 à 1 milliard 574 millions en 1909, soit cinquante pour cent d'augmentation, ce qui est significatif.

L'Allemand arrive à supporter les charges fiscales les plus fortes du monde entier, — 168 francs par habitant. — contre 132 francs

(1) Statistique Victor Bérard.

pour l'Angleterre et seulement 1 10 francs pour la France. Les colonies, créées à grands frais, ne sont d'aucun secours; elles absorbent à peine pour 16 millions de produits nationaux et 15.000 Allemands seulement consentent à s'y installer, tandis qu'il y en a 80.000 à Paris, 400.000 au Brésil et plusieurs millions aux Etats-Unis.

L'exportation passe bien de 5 milliards 455 millions en 1899 à 12 milliards 840 millions en 1913, mais les importations suivent une marche ascendante (1), allant dans la même période de 7 milliards 226 millions à 13 milliards 443 millions; si bien que finalement les maisons teutonnes n'y ont rien gagné, mais qu'elles ont au contraire augmenté leurs échéances de 4 milliards et leurs risques de 7 milliards. La balance du commerce continue à leur rester défavorable, puisque les importations persistent à dépasser les exportations, malgré tous leurs efforts.

La population ouvrière va de 7 millions 272 en 1882 à 14 millions 193 en 1907, ce qui est magnifique, mais l'agriculture végète depuis la chute de Bismarck, et cette augmentation énorme de l'armée des travailleurs est grosse de menaces pour la future stabilité sociale, malgré le relèvement des salaires. La consommation alimentaire par tête d'habitant, qui avait été en croissance jusqu'en 1903, diminue du reste progressivement depuis lors, ce qui est un signe certain de revenus insuf-

(1) Voir •statistique en appendice, page 406.

lisants, surtout chez un peuple aussi gros mangeur (1).

On commence aussi, depuis 1911, à se plaindre d'un ralentissement considérable et très inattendu de la natalité, autre symptôme inquiétant de stagnation, surtout chez un peuple aussi prolifique.

Pour l'outillage général économique et les grands travaux publics, on retrouve la même folie de dépenses. Les chemins de fer sautent de 45.000 à 63.000 kilomètres de 1895 à 1912; Hambourg dépense 80 millions pour sa gare monumentale: Leipzig fait mieux encore avec 120 millions. Le pays entier se couvre d'un réseau extraordinaire de canaux, rendant tous les cours d'eau navigables presque jusqu'à la montagne, et les reliant entre eux, sans parler du canal de Kiel, qui relie les deux mers, et autour duquel le Kaiser organise une apothéose internationale. J Cette oeuvre fluviale est même de beaucoup la plus remarquable entreprise de l'Empire, mais elle coûte des milliards et des milliards; le port de Hambourg représente déjà près d'un milliard à lui tout seul.

Si nous envisageons maintenant les dépenses j faites par les entreprises privées et les fonds engagés clans l'industrie, nous trouvons des chiffres d'immobilisation aussi impressionnants, \

(1) Victor Bérakd.

hors de toute proportion avec les fortunes réelles et avec les besoins à remplir.

Le cartel de l'électricicté A. E. G., (Siemens), représente un capital nominal de 450 millions, les Usines Krupp 300 millions, la Compagnie Phénix 138 millions, la Compagnie de Gelsenkirchen 315 millions ; l'Institut des Fermentations de Berlin coûte 9 millions. La grande Société chimique, la Badisch Aniline, se fait gloire d'avoir dépensé en dix-sept ans 22 millions en recherches d'ailleurs infructueuses sur un seul produit. Les usines d'outre-Rhin, d'un bout à l'autre du territoire, sont toutes neuves et colossales; c'est même un des faits qui frappent le plus d'admiration tous les voyageurs, mais aucun d'eux ne pousse la curiosité jusqu'à estimer la dépense.

Dans l'ensemble le capital industriel global germanique est évalué à 36 milliards de capital nominal, mais le disponible réel n'est pas avoué officiellement, et pour cause. Des écrivains compétents estiment, à la veille de la guerre, le total complet des immobilisations économiques depuis 1890 au chiffre énorme de cent milliards, et d'autres prétendent que ce n'est là qu'un minimum.

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