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VI. — La Mise en œuvre et la Main-d'œuvre

Si nous recherchons maintenant l'origine de J'erreur de raisonnement commise par les marxistes, nous la retrouvons très facilement dans une des propositions initiales du prophète, l'une de celles qu'il présente comme les plus irréfutables et sur lesquelles il bâtit tout son système. Karl Marx décrète : « Par définition et par hypothèse, ie seul producteur, c'est l'ouvrier. »

Or, rien n'est plus faux, dans la réalité, que cette identification absolue entre la production et la main-d'œuvre. L'ouvrier est bien un des éléments essentiels de la production, il n'est pas toute la production. La question ouvrière n'est pas toute la question sociale; encore moins estelle toute la question économique.

Déjà cet aphorisme de Marx s'était écroulé

.devant le syndicalisme agricole. Nos militants cégétistes s'étaient renfermés à cet égard, depuis l'échec de Guesde, dans un mutisme prudent, après de multiples avances accueillies avec dédain. Mais la proposition marxiste ne tient pas mieux devant le syndicalisme industriel. Même en laissant de côté le rôle du capital, lequel est en effet très discutable, en tant que collaborateur indispensable et distinct de la production, il y a un autre élément qui est, celui-là, aussi essentiel que la main-d'œuvre, c'est la mise en oeuvre.

C'est tout cet état-major de savants, d'ingénieurs, de mécaniciens, de chefs d'industrie, de commerçants, de vendeurs, d'hommes compétents et dévoués, ayant derrière eux un long apprentissage, des siècles de tradition et une instruction technique parfaite, — tous ceux-là qui créent la possibilité de la fabrication par leurs découvertes, et qui viennent ensuite la mettre en valeur et en assurer l'écoulement par tous leurs prganismes commerciaux. C'est le patronat, en un mot, et il ne peut être assimilé complètement ni au capital ni au travail. Il est et il reste un élément distinct de l'un comme de l'autre.

Dans toute cette partie cependant indispensable du labeur de production, l'ouvrier n'a au« çune part. Bien mieux, il n'en a aucune idée; il ne l'imagine même pas. Il ne sait pas ce que c'est que l'industrie dont il vit. îl ne sait même pas ce que c'est que son usine. Il ne voit pas plus loin que sa machine, et il ignore tout de

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la fabrique et de son fonctionnement compliqué. A plus forte raison ignore-t-il les rouages commerciaux qui viennent s'adapter aux rouages industriels.

Mieux encore. Pour pousser le raisonnement jusqu'à l'absurde, si l'on était obligé de choisir un beau jour entre la main-d'œuvre et la mise en œuvre et d'envisager la disparition inévitable de l'un des deux éléments, c'est la main-d'œuvre qui paraîtrait certainement le moins impossible de sacrifier.

Avec la diminution croissante de la valeur professionnelle, avec la disparition progressive des métiers qualifiés, avec l'extrême division du travail, l'ouvrier n'est plus bien souvent qu'un simple manœuvre, beaucoup moins utile à coup sûr que sa machine. Ne voit-on pas déjà d'immenses usines électriques conduites par trois ou quatre hommes seulement, tout le reste étant fait par des commutateurs? Théoriquement, on peut très bien envisager telle découverte qui permettrait d'exécuter mécaniquement de bout en bout les fabrications les plus compliquées, rien qu'en pressant alternativement quelques boutons.

Quant à la mise en œuvre, elle ne s'improvise pas et elle ne se remplace pas, car il y faut ce que l'ouvrier possède de moins en moins et ce qu'il met de moins en moins dans son travail, — de l'effort intellectuel, de l'application, de la réflexion et de la compétence,

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