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V. — Les Commerçants-Détaillants

Quant au commerce de détail son cas est exactement l'opposé de celui du commerce de gros. Il est et il restera le collaborateur indispensable et précieux du fabricant et de l'agriculteur, parce que c'est lui qui assure la répartition de toute production. L'influence du détail-

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lant auprès du consommateur pour ou contre tel produit peut être très grande, puisque seul il a contact direct et journalier avec le public. Aussi ses intérêts sont-ils en harmonie persistante avec ceux de ses commettants dans chaque groupe. Pour mieux dire, c'est le commettant qui a le premier intérêt à ne pas oublier le détaillant, et à tenir autant compte de ses besoins que des siens propres.

Le commerçant-détaillant est l'allié de choix de la production et plus particulièrement de la production nationale. Tout dans son histoire le prédispose à jouer ce rôle patriotique et social. C'est lui en effet, qui a su conserver l'essentiel de l'ancien esprit républicain des corporations. C'est lui qui a été, avec son frère l'artisan, le principal auteur de nos révolutions de 1789 et de 1830, mais ce n'etit pas lui qui en a été le profiteur.

Le détaillant reste encore aujourd'hui une de nos plus grandes forces sociales et un de nos meilleurs rouages avec ses 270.000 établissements. Pourtant, nul plus que lui n'a souffert des vicissitudes du siècle et de l'anarchie professionnelle. Sa position centrale le prédisposait à recevoir tous les coups, d'où qu'ils viennent; ils ne lui ont pas manqué. Ce n'est pas qu'il fût lui-même toujours sans défaut et sans reproche, mais c'est plutôt pour ses qualités qu'il a été attaqué.

Tantôt, aux beaux temps de la spéculation et

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de l'agiotage, le peuple affamé, et ne pouvant s'en prendre à l'accapareur caché, saccageait de fond en comble la boutique du pauvre détaillant, qui n'en pouvait mais. Tantôt la classe ouvrière l'afîamait à son tour avec ses coopératives de consommation, excellentes sans doute en principe, mais mal comprises et inefficaces, sauf contre le malheureux boutiquier. D'autre fois, il était mangé jusqu'aux os par la commandite financière et la concurrence au rabais des grands magasins ou des sociétés à succursales multiples.

Mais l'adversité lui aura finalement rendu service. Elle lui a appris le bienfait de la solidarité professionnelle et l'efficacité du groupement des forces corporatives. Le commerce de détail a fait ainsi son apprentissage syndical et sa concentration, depuis quelque quinze ans surtout, bien plus vite et bien mieux que tous les autres éléments patronaux. C'est lui qui sert d'exemple maintenant à tous ses grands confrères. Il n'a plus à regretter ses souffrances passées; elles lui ont porté leurs fruits.

Si nous étions moralistes ou philosophes, nous ne manquerions pas d'y trouver matière à une émouvante dissertation sur la fécondité de la douleur. Constatons plus simplement que rien de durable ne se fait sans le concours du temps, que la patience et l'esprit de suite produisent toujours leurs résultats, et que la violence d'une crise est en raison inverse de sa durée.

Notre Révolution de 1789 n'aurait probablement pas abouti à changer la face du inonde, précisément à cause de sa trop grande violence, si quinze ans d'Empire n'étaient venus ensuite en confirmer les conquêtes et les rendre définitives. De même la guerre actuelle n'aboutira peut-être à la transformation économique et sociale complète que l'on commence à entrevoir, que parce qu'elle s'est prolongée au delà de quatre mortelles années.

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