V. — Les charges de guerre de l'Allemagne
Il est facile d'imaginer quel nouveau bond formidable cette dette publique et privée a dû faire depuis la guerre, où l'Allemagne a eu à supporter non seulement sa propre part de charges
militaires et financières, mais à suppléer périodiquement aux défaillances de tous ses alliés, hongrois, autrichiens, turcs et bulgares.
Le total officiel des six emprunts de guerre germaniques atteignait en effet, à la fin de la troisième année, le chiffre coquet de 75 milliards 400 millions de francs. Et nous ne connaissons pas le montant des divers artifices de trésorerie, bons du Trésor, et autres éléments de la dette flottante. Mais d'après ce que nous savons des moeurs fiscales de nos ennemis, et d'après le chiffre des crédits votés par le Reichstag, nous pouvons estimer le montant global réel de leurs charges de guerre, aux environs de 150 milliards à fin"l018. "
Ce que nous savons assez bien en revanche, ce sont les procédés employés par les dirigeants ennemis pour arriver à couvrir leurs emprunts.
Ils ont consisté à accepter du papier en paiement des souscriptions, délégation sur appointements futi'rs des fonctionnaires, même sur bénéfices futurs des industriels et commerçants, reconnaissances de prêts sur valeurs mobilières ou ménagères, sur warrants de marchandises, sur outillage industriel, etc.
En représentation de ce premier papier, l'Etat
donne du papier d'emprunt, qu'il remplace aux
échéances des coupons, par un nouveau papier
fort, c'est-à-dire par un nouvel emprunt,
capitalis! rit ainsi les intérêts avec le principal,
n'aveir rien à débonrser. Les fournisseurs
militaires sont aussi payés en papier d'emprunt, pour une part importante et tarifée de ieurs fabrications. Cela s'appelle en bon français l'art d'allonger la courroie et de faire de la circulation fictive, mais « l'argent frais »., comme on dit en argot de bourse, fait nettement défaut.
Tout cela vaut évidemment ce que vaudra le papier allemand après la guerre, c'est-à-dire pas grand'chose s'il y avait eu partie nulle, et encore moins depuis leur défaite caractérisée. Leur ministre des finances, von Hellferich, ancien Directeur de la Deutch Bank, l'avait reconnu implicitement devant le Reiclistag, le jour où il a déclaré s'engager à faire durer la situation financière jusqu'à la fin de la lutte, mais qu'ensuite il ne pouvait répondre de rien.
Ajoutons que les Empires Centraux ont élé obligés d'acheter à l'étranger, aux neutres, pendant quatre ans, une quantité considérable de produits et de matières premières qui leur manquaient. Ces importations provenant surtout de Hollande, Danemark, Suisse, Norvège, Suède, et antérieurement d'Amérique, surtout d'Amérique, étaient payées très cher, par suite des risques du blocus, et représentaient des sommes de plus en plus fortes.
Naturellement les paiements étaient exigés en espèces par les vendeurs. Ils nécessitaient des sorties d'or correspondantes, qui diminuaient chaque jour davantage l'encaisse métallique déjà fort réduite de la Mittel-Europa, (2 milliards 401
millions marks seulement en juillet 1917, en diminution constante).
De plus l'un de ces neutres, et le plus considérable, l'Amérique, est devenu depuis le printemps 1917 ennemi déclaré des Germains, prenant désormais, lui aussi, des mesures extrêmement sérieuses pour le resserrement du blocus.
Remarquons enfin que la crise économique privée n'a pu que s'aggraver depuis 1914, avec la fermeture subite de tous les marchés mondiaux, le blocus persistant et croissant, la mise sous séquestre par les Alliés des propriétés et des navires teutons, et la perte des créances commerciales sur l'étranger.
Les répercussions de cet état de choses sont d'autant plus dangereuses pour nos ennemis, que la plus grande partie de leur commerce, et la plus active, résidait dans l'exportation, (plus de treize milliards en 1913).
La première conséquence de la déclaration de guerre du 4 août 1914 aura donc été de rayer, d'un trait de plume, treize milliards de l'actif germanique. C'est même le seul résultat qui soit définitivement acquis à l'heure actuelle.