III. — Fédérations et Confédérations
Le programme du fédéralisme économique n'est plus à tracer, car il est bien connu. Il a même reçu un commencement d'exécution.
Presque toutes les professions voient aujourd'hui leurs syndicats groupés en une ou quelquefois deux fédérations nationales (1). Cela s'ap-
(1) Voif statistique en appendice, page 414 et suivantes.
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pelle tantôt modestement Chambre syndicale du commerce et de l'industrie de telle corporation de France, tantôt syndicat général ou national, d'autres fois encore fédération ou union centrale de telle corporation. Le nom varie, mais la formation est la même et l'objectif identique.
Cependant l'emploi simultané, au gré de la fantaisie du moment, de ces diverses expressions, prises à tort comme synonymes, fédérations, confédérations, unions, finit par créer une amphibologie qu'il est nécessaire de supprimer. Ces divers vocables répondent en effet à des groupements très différents les uns des autres : il faut se mettre bien d'accord sur leurs définitions respectives.
Nous réserverons la formule « Fédérations » pour les groupements de syndicats d'un même métier, qu'il s'agisse de fédérations locales, régionales ou nationales. Les confédérations représenteront les groupements des diverses fédérations de métiers similaires ou voisins, par analogie avec ce que nous avons vu pour les syndicats ouvriers, (fédérations de métiers ou d'industrie). A l'inverse les unions, (aussi bien locales que départementales ou régionales), correspondront au contraire à un amalgame des divers syndicats ou des diverses fédérations d'une circonscription déterminée, réunies simplement entre elles par un lien topographique; c'est exactement ce que nous avons constaté pour les Bourses du Travail, y compris leur tendance à
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déborder le cadre local pour devenir départementales et régionales. On peut même prévoir Une union nationale de toutes ces unions intercorporatives, absolument comme nous avons vu se créer dans la C. G. T. une union des Bourses du Travail.
Il est donc nécessaire, pour éviter tout malentendu, de rectifier désormais tous les anciens qualificatifs impropres et de restituer aux mots leur vrai sens étymologique.
Les fédérations nationales ont presque toutes déjà de la vitalité et de l'ampleur. Elles ont créé pour la plupart, on le sait, des institutions syndicales fort intéressantes et fructueuses. Certaines en sont même au stade de la confédération avec les corporations les plus voisines. C'est le cas, répétons-le, pour la Métallurgie, les Mines et les Textiles, (groupe de la grosse industrie), pour le Bâtiment, pour l'Agriculture, et aussi pour l'Alimentation, pour le Commerce des Vins et Spiritueux, (gros et détail.)
Mais pour l'efficacité complète de l'action corporative, le syndicat est trop petit et la fédération nationale trop loin. Il y a lieu de prévoir entre les deux, un et même deux échelons intermédiaires, la fédération départementale ou sousdépartementale et surtout la fédération de région.
Les exemples de ces fédérations départementales ou régionales sont beaucoup plus rares. On trouve bien quelques fédérations départemen-
taies dans les commerces de l'Alimentation et des Vins, mais pas de fédérations régionales.
Le Bâtiment et l'Agriculture sont les seuls à avoir leur réseau à peu près complet de fédérations régionales (1), mais l'autre échelon fait défaut. Quant aux autres groupes et sous-groupes, rien encore oii presque rien.
Ce sera aux Fédérations nationales à prendre l'initiative de ces créations indispensables, aussitôt après la guerre. Elles n'ont pas à craindre une diminution de leur autorité ou de leur influence. Au contraire, ces organes intermédiaires ne peuvent que consolider le lien fédératif, et leur permettre de remplir plus facilement leur grand rôle de conciliation, de discipline et de propulsion.
Il faudra même que ces fédérations, tant nationales que régionales, se réunissent bientôt par fusion entre elles, suivant leurs affinités, en confédérations régionales et nationales des diverses branches de la production, telles qu'on peut les répartir logiquement, en quatre grands groupes et divers sous-groupes.
En effet, ces groupements confédéraux sont indispensables pour les grands problèmes de capacité commerciale et financière des syndicats, qu'il faudra bien aborder et résoudre quelque jour, si l'on veut que leur œuvre soit complète.
Pas plus que le syndicat n'a diminué l'indivi-
(1) Voir statistique en appendice, pag« 414 et suivantes.
dualisme de ses membres, pas davantage les fédérations ou les confédérations ne portent atteinte à l'autonomie des syndicats. Il se crée ainsi simplement des espèces de personnalités collectives, une extension de la conscience individuelle, où tout le inonde trouve des vues plus larges et une force neuve.