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IV. — Les Chambres de Commerce

Mais il y a toute une autre série de groupements corporatifs nécessaires, parallèles aux fédérations mais distincts, qui ne sont encore qu'à l'état embryonnaire.

Ce sont les unions intercorporatives de tous les syndicats des diverses professions d'un même département ou d'une même région. C'est à des organismes analogues, les Bourses du Travail, que les cégétistes ont dû tout leur succès, nous l'avons dit et répété, mais on ne saurait trop s'en souvenir.

Nous avons déjà 29 unions régionales inscrites à la statistique (1), mais leur dénomination est impropre. Ce ne sont que des unions de départements et même d'arrondissements pour certaines, (6 sur 29.) Il faudrait déjà, pour compléter le cercle de cette première concentration géographique, en créer dans les soixante départements qui n'en ont pas.

C'est là une œuvre difficile pour laquelle les

(1) Voir statistique en appendice, page 419 «rt suivantes.

militants manquent un peu partout. On ne peut cependant y suppléer avec des commis-voyageurs en syndicalisme venus des grands centres, comme le brave Pelloutier pour ses Bourses du Travail. Les questions locales et les intérêts particuliers jouant ici le plus grand rôle, il faudrait des personnalités locales.

Il ne s'agit plus de faire de la propagande et du recrutement d'effectifs. Cette période héroïque du sydicalisme est à peu près terminée. Ce qu'il faut maintenant, c'est galvaniser tout ce troupeau, le prendre en mains, l'instruire, le discipliner et en faire une véritable armée prête pour la bataille. On ne manque pas de soldats, ce sont des états-majors qu'il faut désigner et des chefs qu'il faut choisir.

Les Chambres de Commerce nous paraissent toutes indiquées pour accomplir cette œuvre. Déjà la plupart d'entre elles prêtent asile et attention aux syndicats. Elles les regardent un peu comme des parents pauvres, c'est vrai, mais le contact n'en existe pas moins. Elles ont l'autorité et la compétence. Si elles veulent bien perdre un peu de leur morgue officielle et de leur vieil esprit capitaliste, devenir un peu plus industrielles et un peu moins commerciales, leur influence et leur exemple seront décisifs.

Elles ne seront peut-être pas très flattées au début d'être comparées à des Bourses du Travail. Mais elles comprendront très vite qu'il y va de l'intérêt général et que leur nouvelle fonction

a sa grandeur. D'ailleurs si elles ne comprenaient pas la situation, et si elles ne savaient pas prendre la tête du mouvement, il leur arriverait bien vite la même aventure qu'aux fameuses Chambres consultatives d'agriculture, lesquelles sont restées purement théoriques, malgré la loi, parce que l'action syndicaliste les a dépassées.

Les Chambres de Commerce sont une des plus anciennes institutions économiques de France et une des plus remarquables. Elles remontent à 1701 et elles ont pris tout de suite une grande extension. Marseille fut la première en date; les autres grandes villes vinrent rapidement après.

Actuellement il y a 156 Chambres de Commerce en France et 31 Chambres de Commerces françaises à l'Etranger. On compte en outre des Chambres consultatives de Commerce aux Colonies et des Chambres consultatives des Arts et Manufactures, dont les attributions et le statut légal sont un peu différents, mais qui pourraient parfaitement jouer le même rôle syndical.

Les Chambres de Commerce les plus importantes et les plus connues sont comme il convient, celles de Paris, Bordeaux, Marseille, Lyon, Le Havre, Lille, Nantes. De leurs origines, elles ont conservé une tendance particulière à s'intéresser surtout aux affaires d'exportation. A plus forte raison encore, les Chambres de Commerce françaises à l'étranger, parmi lesquelles il faut

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citer celles de Londres, Turin, Buenos-Ayres, New^York.

Les Chambres de Commerce sont des établissements reconnus d'utilité publique. Elles sont consultées par le gouvernement pour toutes les questions économiques importantes; elles savent d'ailleurs très souvent faire entendre leur voix et exprimer leurs desiderata, même sans être consultées. Leurs présidents se réunissent périodiquement en conférences spéciales et constituent ainsi une sorte de comité suprême.

Elles tiennent de la loi des pouvoirs très étendus. Elles ont notamment à leur disposition des fonds considérables provenant d'un impôt spécial et de subventions diverses. Elles entreprennent fréquemment d'elles-mêmes des travaux publics importants ou tout au moins y participent, Dans nos grands ports leur autorité est prépondérante. Elles ont créé aussi et elles surveillent, chacune dans sa région, les Ecoles de Commerce, les Ecoles supérieures de Commerce, et à Paris l'Ecole des Haute:; Etudes Commerciales.

Ce sont ces grands personnages que nous voudrions voir tendre la main à nos petites unions de syndicats et les prendre sous leur puissante protection, Ils y rencontreront du reste beaucoup des leurs et se trouveront tout de suite en pays de connaissance.

Ce labeur est bien moins ingrat qu'ils ne supposent, parce qu'il ne s'agit pas seulement de

former des unions départementales et de les grouper chambre par chambre. Il s'agit surtout de les fédérer ensuite entre elles en véritables unions régionales, organisme plus vaste et réellement influent, dont la Chambre de Commerce du chef-lieu de région formera tout naturellement le Comité Directeur.

Il y a un autre motif pour lequel le concours et le patronage des Chambres de Commerce seront vraiment indispensables, c'est pour la solution du problème financier et l'organisation des Banques corporatives de départements ou de régions.

'Le véritable crédit industriel est encore inexistant en France. On en constate pourtant de plus en plus l'utilité. L'après-guerre en démontrera l'urgence. C'est aux Chambres de Commerce qu'il appartiendra de le fonder et de le contrôler, en collaboration avec la Banque de France et avec les grandes fédérations professionnelles.

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