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CHAPITRE II

Coivq d'œil rétrospectif sur l'armée prussienne avant 1870.

A peine arrivé au pouvoir, Frêdëric-Guilinwiie, le grand-électeur, réorganise son armée ; il maintient le service obligatoire introduit dès 1616 par Jean Sigismond (1), porte le nombre de ses régi-

(1) En 1619 fut créé «un régiment à pied » qui devint le noyau du *i" régiment de grenadiers delà

menls d'infanterie à 1 2 et ceux de cavalerie à 1 i \ puis, avec le secours des Suédois, il bat 'es Polonais, tombe ensuite sui' ses alliés de la veille, les force à signer la paix d'Oliva en 1660, et les anéantit ensuite à la bataille de Febrbellin, le 16 juin 1 673. Moins heureux dans sa lutte contre Louis XIV, il se venge de ses insuccès en donnant asile dans ses Etats à 20,000 réfugiés protestants que la révocation de l'Édit de Nantes avait chassés de leur pays et qui portèrent en Prusse nos arts, les secretsdenos manufactures et surtout une haine profonde de la France.

Sous Frédéric Ier, reconnu roi de Prusse à Kœnigsberg, en 1701, le royaume s'agrandit aux dépens de l'Autriche, dont il' devait bientôt contrebalancer la puissance.

Frédéric-Guillaume Ie1' eonsacral'argcnt que son père dépensait pour l'entretien d'une cour brillante et ruineuse à réorganiser son armée et à obtenir pour son pays, a l'aide d'une forte organisation militaire, une place que lui refusaient, parmi les autres Etats européens, l'étendue de son territoire et le chiffre total de sa population. Il eut la manie d'avoir des soldats de haute taille ; sesembaucheurs parcouraient l'Allemagne et l'Europe pour trouver des géants, et il ne reculait devant aucun sacrifice pour arriver à ses fins ; il dépensa des sommes énormes pour son régiment de grenadiers : i! prenait plaisir à rassembler ses soldats, a les compter, à les faire marcher, c'était sa joie, son bonheur; il était comme un enfant qui

Prusse orientale » qui remonte ainsi déjà à deux cent cinquante ans. (Von Dossow.)

s'amuse a jouer avec des soldats de plomb, les comptant, les plaçant et les déplaçant à chaque moment : il haïssait la guerre parce qu'il aurait craint d'entamer sa petite armée et de ne plus ivoir pour parader le même nombre de géants, de colosses -, c'était sa seule distraction, son unique préoccupation.Toutesses troupes étaient continuellemen l exercées aux gran des manœuvres et pen dan i tout son règne elles furent soumises àla discipline rigoureuse des camps; d'ailleurs, pour bien se rendre compte des forces militaires que Frédéric- Guillaume 1er, surnommé le « Roi serpent. » , légua a son successeur, on ne saurait mieux faire que de relire les Mémoires de Brandebourg, dont nous détachons les passages suivants :

« Toute l'armée, tant infanterie que cavalerie, fut mise en quartier dans les villes. Afin d'y introduire et d'y maintenir la discipline, le roi publia un règlement militaire qui instruisait chaque officier de son devoir; il y tenait la main lui-même. Dans les commencements, les officiers n'enseignaient ces nouveaux principes et ces théories qu'à coups de bâton. On purgea dans chaque régiment le corps d'officiers de ces gens dont la conduite ou la naissance ne répondait point au métier des gens d'honneur

» On rangeait les bataillons sur 4 files, mais ils chargeaient sur 3 ; les bataillons contenaient h divisions, chaque division 2 pelotons, la compagnie de grenadiers à part.

» Le prince d'Anhalt s'était aperçu qu'on ne. tirait pas des fusils tout l'avantage qu'on pouvait en attendre, il imagina des baguettes de fer et trouva le moyen d'apprendre auxsoldatsà charger avec une vitesse incroyable; depuis l'année 1733,

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le premier rang chargea la baïonnette au bout du fusil.

» L'exercice se taisait de la façon suivante : on commençait par le maniement des armes, ensuite on chargeait par pelotons et par divisions, on avançait lentement en faisant le feu, on battait en retraite de la même façon, après quoi on formait

deux carrés .

» Le roi abolit les manteaux, raccourcit 1 habillement de l'infanterie et affecta \ chaque compagnie deux chevaux de bât pour porter en campagne les tentes et les couvertures des soldats ; il institua dans toutes ses provinces des magasins

d'approvisionnement Dès 1733, les provinces

furent partagées en cantons qui furent assignés aux régiments ; ceux-ci en pouvaient tirer par an 30 hommes en temps de paix et 100 en temps de guerre.

» La cavalerie était absolument négligée, elle se composait de très grands hommes montés sur des chevaux énormes : c'étaient des colosses sur des éléphants, qui ne savaient ni manœuvrer ni combattre.

» Les fortifications de Magdebourg, de Wesel s'achevèrent , celles de Stettin furent commencées ; on créa un corps de trente ingénieurs »

L'armée était forte de 66 bataillons, 60 escadrons de cuirassiers, 45 escadrons de dragons, 9 de hussards, 2 bataillons d'artillerie : en tout, 90,000 hommes.

Frédéric II, à qui l'histoire a si justement donné le surnom de Grand, sut utiliser les ressources militaires que son père avait accumulées; nous allons voir les perfectionnements qu'il introduisit dans l'armée, les augmentations qu'il

apporta peu a peu dans les effectifs, les change-' ments nombreux qu'il opéra dans l'état militaire

ments nombreux qu'il opér..

du pays, et enfin la tactique nouvelle qu'ilemploya et à laquelle il dut ses succès inouïs sur les Busses, les Autrichiens et les Français.

L'année fut divisée en trois parties : les régiments de campagne, les régiments de garnison les bataillons francs.

Les régiments de campagne étaient formés dé tous les régiments d'infanterie connus sous le nom de Fcld-régimcnts et comprenant des bataillons de gardes, d'infanterie, de fusiliers et do grenadiers Ils avaient été organisés par le prince Léopold d'Anhalt-Dessau ; leur recrutement était médiocre, on y trouvait beaucoup de déserteurs. Ces régiments comptaient 2 bataillons à 6 compagnies dont une de grenadiers. Deux pièces de canon marchaient avec chaque bataillon .

Les régiments do garnison étaient destinés h la garde des places et au dressage des recrues poulies régiments de campagne. On les divisait m régiments d infanterie, régiments de fusiliers et régiments d'artillerie.

Les bataillons francs (Frcgbalaillons) n'existaient pour ainsi dire qu'en temps de guerre : ils étaient chargés de la garde des avant-postes ' des opérations de petite guerre ; ils étaient d'ordinaire levés à la hâte et généralement ma! composés

L'artillerie de garnison était réparie dans les places de guerre ; de plus, il y avait un corps d artillerie à cheval a Polsdam qui servait d'école d'instruction.

La compagnie était de 200 hommes, commandée par un capitaine, deux lieutenants, deux en- '(M';nes. Le porte-drapeau de la compagnie. Fahv-

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jnul.iT, devait cire gentilhomme. Des sapeurs étaient chargés de la garde du drapeau et de la manœuvre des canons du bataillon. La baguette cji fer avait été introduite dans l'armement dès 4730; le pas cadencé fut en usage dans toutel'armée.

(tuant aux feus, ils devinrent un des principaux modes d'action : les feux do ligne, les feux a commandement, les feux de peloton sur trois rangs de pied ferme ou en marche (feu de charge ou feu de retraite, suivant qu'on allait en avant ou en retraite) ; le feu de parapet fut remplacé par le feu de deux rangs.

Généralement, les feux produisaient un effet plutôt moral que matériel, et, malgré la rapidité de la charge qui était triple de celle dos autres nations, les résultats obtenus n'étaient guère sérieux; cependant, Frédéric aimait à employer les feux: « Attaquer l'ennemi sans les avantages du feu, disait-il, c'est se battre contre des armes avec des bâtons. » Pourtant, il y eut certaines occasions où il défendit de se servir du feu. témoin la bataille de Hohen-Friedberg,où l'infanterie s'avança fièrement et en ordre en croisant la baïonnette.

Pendant la paix, au camp permanent de Potsdani, Frédéric exerça son infanterie aux manœuvres d'ensemble, "représentant toujours quelque bataille gagnée ou perdue. L'armée prus: sienne acquit une régularité automatique, qui était toute nouvelle et qui donna aux Prussiens une grande supériorité sur les autres puissances.

La formation de bataille était nue formation déployée et linéaire : les bataillons étaient séparés par des intervalles où l'on mettait des canons ; une deuxième ligne se trouvait à 450 mètres eu

IV)-

arrière. Les manœuvres favorites du roi étaient le changement de front et le développement des colonnes sur la droite ou sur la gauche ; c'est cette manœuvre qui constitue l'ordre oblique employé si souvent avec succès par Frédéric et auquel il dut ses victoires de Lissa, de Rosbach, de Frevbei'g. J

La cavalerie fut entièrement créée par Frédéric ; elle se composait des gardes du corps °-ens d'armes, carabiniers, cuirassiers, dragons hussards. Les cuirassiers (5 escadrons par régiment) formaient la véritable cavalerie de bataille- les dragons (10 escadrons par régiment) étaient exerces au combat à pied; les hussards composaient la cavalerie légère et irrégulière. L'effectif de 1 escadron était de 160 hommes sur deux ran°-s L'ordre de bataille de la cavalerie était sur trois rangs et 1 on chargeait sur deux. Il n'y avait aucun intervalle entre les escadrons de la première ligne; ceux delà seconde ligne avaient ordinairement des intervalles égaux à leur front, quelquefois aussi plus grands. Lesofficiers étaient toujours hors du rang. '

La cavalerie chargeait toujours au grand galop.

Frédéricfut aidé dans son œuvre de réorganisation par des généraux dont les noms sont restés célèbres : beidhtz, Zitten, Warnery. Sous le règne précédent, la cavalerie avait été bien montée et bien équipée, mais elle n'était nullement manœuvrièreon employait exclusivement le fou et les allures lentes. Frédéric interdit l'usage du fou et le remplaça par le choc à l'arme blanche et aux grandes allures : ce l'ut une tactique nouvelle, une révolution complète, La cavalerie, dont le recrute-

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13 — ment était supérieur a celui de l'infanterie, comprenait plus de nationaux que les autres armes; Frédéric sut l'employer habilement dans les batailles et, chaque fois, elle Uu rendit de grands services : en 1745, à la bataille de Hohenfriedberg, un régiment de dragons enfonça 20 bataillons, prit 64 drapeaux et fit 2,000 prison-

ni0uaiital*artiUerie, ellerecut elle aussi une grande impulsion. L'artillerie se divisait en artillerie de bataillon et en artillerie de réserve. On se servit treuuemment des ohusiers de campagne. Frédéric 11 créa l'artillerie il cheval pour appuyer la cavalerie dans ses mouvements; elle rendit de grands services d'abord à labataillc de Kosbach (1757), puis, en 1762 à la bataille de Rcichembach.

C'est avec ces troupes disciplinées et manœuvrières que Frédéric put triompher de ses ennemis battre successivement les Français, les Russes, les Autrichiens et jouer en Europe un rôle prépondérant. C'est grâce aussi au développement de l'esprit militaire en Prusse que le roi put obtenir les résultats surprenants qui ont signalé son regue. Les officiers avaient des prérogatives exceptionnelles et une discipline sévère et rigoureuse maintenait constamment les soldats dan s le devoir . Frédéric qui a son avènement s'était trouvé a la tête de 70 000 hommes, augmenta rapidement lettectit de 'ses troupes ; pendant la guerre de Sept:Ans, U eut 150,000 hommes et, a la fin de son règne, il avait mis sur pied près de 200,000 soldats.

Un manuscrit du duc de Choiseul nous donne des renseignements intéressants sur l'état militaire de la Prusse en 1770.

L'habit de l'infanterie a de grandes basques,

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celle de roilcier. WS g0nei'aux; fe<*^tare,

■ïJ™ui? ^^end sis inspections; La cavalerie en a qualre.

gnies f°rme siï bataill°^ et 41 compa-

J-'armfcprtsrfaw, est habillée de neuf tous le.

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Cavalerie. . . 6,336,114

Récapitulation de la forcc c,„ , ,„..,. . '10>803=330 Rt. „ , , CAVÀ.t,BRJE

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