LES BOURGUIGNONS
La situation du duc de Bourgogne est des plus singulières : en public, les Anglais le traitent comme l'arbitre du royaume; cependant il est leur feudataire et leur pensionné ; ses troupes sont à leur solde cl employées par eux à Orléans (comme elles le seront à Paris et à Compiègne), contre le roi de France, avec lequel il n'est pas en guerre. Il vient de signer avec lui une nouvelle trêve, prolongeant la précédente, de la Saint-Jean 1428 à la Toussaint suivante, et pendant trois ans au-delà, avec trois mois pour le dédit, C'est le Connétable de Richemont, très en froid maintenant avec Charles VII. qui, par l'entremise du duc de Savoie, a négocié cet arrangement, dont les effets sont si singuliers (1).
(1) DOM PLÀNCIiEH, t. IV, 128.
En 1423, les Anglais allouent à Philippe-le- Boa 2,001) livres de revenu sur le péage de Saint-Jean-tle- Loine et autres produits (1). L'aonée d'après, comme nous l'avons dit, ils lui livrent les comtés d'Auxerre, de Màcon et de Bar-sur-Seine. Dans un document publié sans date par Stevenson, le duc est dit tn {eodo et vadits, feudalaire du régent et ii ses gages, avec une pension de 4,0001. L.(2).
En juillet 1429, il convint avec le régent que 20,000 1. 1. et des joyaux pour une somme équivalente lui seraient remis, en vue de payer les troupes qu'il allait lever sur ses terres et employer contre nous. Le mouvement d'humeur qui lui Ht, en avril, retirer ses hommes de l'armée du siège, comme on verra plus loin, avait duré fort peu. Pierre Surreau porta ses 20,000 1. à Arras (déplacement du 22 au M juillet); mais les troupes étant en pleine période d'enrôlement dans divers pays, il oe put recueillir seloa l'usage les montres et les quittances, ni faire les paiemonts, et remit la sommées bloc à Jean Abonnel, gouverneur de la dépense extraordinaire du duc de Bourgogne (3).
Les troupes du duc recevaient donc, à l'habitude, leur solde des payeurs anglais dans les mêmes formes que les troupes anglaises. Il est dès lors étonnant que nous ne connaissions pas plus exactement leur participation au siège d'Orléans, et les circonstances de leur retrait : même
<1) DoM Plahcher (cité par Vnllet de Vimille, I, 4(S).
(2) Stevenson, vol. III [529]. — Le 8 mars 1430 (n. st.), le roi d'Angleterre donna en apanage au duc de Rourgo^'ie le comté de Champagne et de llrie en récompense de ses services. <Arcb. nai., JJ. 174, r. 153.)
(3) Partie du compte de Pierre Surreau, reproduite par Steveh- SOM, vol. II, lOi.
payées en entier par Andry H'Rspernon, elles ont dâ remellre des montres, des quittances, qui ne devraient pas être toutes disparues.
D'après Dom Plancher, il en serait venu avec Salisbury, pendant que les Anglais en levaient d'autres dans les Étals de Bourgogne ; d'après certains chroniqueurs ou historiens : au l^"", au 30 décembre, en février.
Leur nombre véritable n'est pas déterminé plus exactement, et c'est un peu arbitrairement qu'on a évalué h 1,500 ceux qui quittèrent l'armée du siège au 17 avril. Pour le convoi de février, Monstrelet parle de 1,C00 combattants, dont 500 ou 600 Anglais; tes autres pouvaient être dos Bourguignons, mais il est singulier qu'il ne le dise pas d'une façon expresse (1), Le Bourgeois de Paris dit que, de ce convoi, les Anglais seulement restèrent au siège; que les autres, qui étaient des arcliers et arbalétriers de Paris, y revinrent le 19 février. La Chronique de la Pucelle dit seulement que le départ des Picards, Champenois, Bourguignons, afiaiblit beaucoup l'armée du siège. Le Journal du siège ne précise pas mieux.
EFFECTir TOTAL.
Avant de commencer ce paragraphe, le lecteur doit oublier, pour un moment, tout ce qu'il sait sur les énormes effectifs des armées du commencemimt et surtout de la fin de noire siècle. Au point de vue de l'effet à produire, et par comparaison avec l'ensemble de l'armée, 1 homme d'armes et â archers correspondent à ce qu'est mainte-
(1) MoNSTiiELET. — Vali.et i>e Vmivii.i.E, Chui-len Vil, 17. 37.
[itant le commandement d'un officier, peloton de cavalerie, yseclion d'infanterie, c'est-à-dire à 16 ou 20 hommes à cbeva!, à 25 ou 50 à pied. Qu'il s'agisse d'une ville à garder, par exemple, on emploiera une retenue de 60 combaltanis, là où on voudrait aujourd'hui un bataillon de 500 à HOO hommes, si ce n'est beaucoup plus, pour un même développement de murailles.
L'abondance des métaux précieux, les facilités de transport, le travail accumulé des générations, la connaissance et l'utilisation des ressources de la nature, l'accroissement de la population, ont donné aux grands États d'aujourd'hui un ensemble de forces hors de toute proportion avec ce qu'ils possédaient autrefois. La différence de puissance de l'argenl, entre les mêmes époques, ne peut donner qu'une idée insuffisante de ce qui s'est passé à ce sujet. L'individu a perdu de sa valeur relative plus encore que le sou ou le denier.
L'énumération que nous venons de faire des troupes et des capitaines employés au siège d'Orléans est forcément incomplète. Il faudrait retrouver les corps payés par Andrieu d'Espernon (I). Les 200 lances de France, en particulier, étaient vraisemblablement enrôlées pour quatre mois au début de la campagne, comme celles de Normandie; elles ont dû, après celte première échéance, continuer, elles aussi, à servir et à recevoir leurs gages sur les deniers de France.
Par contre, les finances spécialement anglaises ne paraissent pas avoir soldé d'autre troupe que celle de Salisbury. Ues renforts demandés ne vinrent pas à Orléans.
(1) Le compte d'Andiieu d'Espernon, pour 1428-1429, semble n'exister ni en France ni en Angleterre. L'adrainiatration du Trésor ne parait avoir fait aucun paiement aux gêna de guerre en 1428-14S9.
Nous récapitulons ici nos chiFTres par groupes et dans l'onlre où ils onL figuré. Us se rapportent à la Gn, non au commencement du siège.
Les plus anciennes retenues qui semblent s'être continuées pendant tout le siège, Standyssh, Rampston, Lancelot el Henri de Lisle, Richard Waller. — 1 chevalier banoeret, 120 lances, 34i archers.
Troupes spéciales d'artillerie. — 2 maîtres que nous totaliserons avec les chevaliers bacheliers, 18 hommes d'armes ou assimilés, 71 canonniers.
Mineurs. — 2 maîtres assimilés aux hommes d'armes, 88 mineurs.
Détachements tirés de Rouen et de Gaillard. — â lances, 6 archers.
Garnison des Tourelles connue par nos documents, non compris une fraction de la retenue d'Henri de Liste. — 7-4 lances, 222 archers.
Maison du Régent, services auxiliaires permanents. — Nous n'y comprenons ni les 100 lances du Régent, ni les troupes d'Ogard et de Myneurs, ni les escortes de convois venues accidentellement. Mais nous tenons compte des troupes de Despoy et de Daunou, qui ont un service permanent. — 2 chevaliers bannerets, 70 lances, 213 archers.
Tous les autres corps recrutés en vue du siège, qui n'ont pas été cités dans les postes et services ci-dessus. — Sont comprises les retenues particulières et escortes des 3 commandants supérieurs de l'armée du siège. — 1 comte (SnfTolk), 6 chevaliers bannerets, 14 bacheliers, 584 lances, 1,669 hommes de trait.
Détachements tirés de Pont-de-l' Arche et de Meulan. ~- 2 lances, 6 arciiers.
Les documents indiquenl, pour le moins, 500 archers k cheval, et pas un des hommes d'armes n'est à gage de
demi-lance (à pied). On ne s'explique donc pas comment Jean Cliartier (1) a pu dire que les Anglais élaicnl à pied dans leurs bastilles. La cavalerie leur était bien nécessaire pour battre la campagne, tant qu'ils n'auraient pas une ligne d'ouvrages, sans intervalles.
Le total général comprend: 1 comte (Suffolk), 9 chevaliers hannerets, 14 baclieliers et 2 maîtres d'artillerie, 872 autres hommes d'armes ou assimilés : ensemble 898 hommes d'armes. 2,5G9 archers : soit 3,-467 combattants, auxquels il faudrait ajouter S98 pages.
En assignant un eUeclif à chacun des corps dont nous avions la trace, nous avons toujours choisi la plus élevée des évaluations possibles; et nous l'avons appliquée, un peu au hasard, à toute la durée du siège. Nous avons adopté les chiffres donnés en bloc par M. de Beaurcpaire, quand ils étaient supérieurs aux nôtres; tandis qu'il aurait fallu suivre exactement les mutations dans le compte même de Surreau (2), ne pas comprendre deux corps qui ne semblent pas figurer chez lui, et savoir si quelques retenues ne sont pas, en totalité ou en partie, k Beaugency, Meung, etc. Nous devons donc arriver, pour les troupes à la charge des Onances normandes, à une limite supérieure, plutôt qu'à un nombre précis.
Si on suppose que les finances de France entrelenaitiot un effectif égal*, on trouve un total de 6,9â4 combattants, parmi lesquels on doit, sans doute, comprendre les Bourguignons, que leur nombre fût grand ou petit.
On peut chercher à contrôler ce premier résultat par
(1) Bittoire de Charles VU, Recueil de Godefroy, 17.
(2) Nous nous Bommes abstenus de le faire, noD par crainte d'un Ubeur assez ingrnl, muia parce que, comme nous l'avons dit, ce compte doit Être publié en partie et coniuienlé par un bonuroble membre de la Société archéologiijue.
Pexamen dea dépenses. Les paiements faits par Pierre Surreau s'élèvent à 68.326 1. 15 s. 1 à. l., tant pour le» 200 lances de Normandie et autres retenues que pour leâ délacliements tirés des garnisons. Nous avons dit que ceux-ci ne devraient pas tous être comptés comme ayant grossi l'effectif.
Admettons que les 200 lances de Normandie, jointes à la relenud de Sulisbury, aient été payées sur le compte de 1427-1428, pour les 4 mois d'août, septembre, octobre et novembre, au moyen des aides votées par les ICtats de Normandie de juin 1438. Elles devaient se réunir le 15 juillet, mais certaines montres sont du 8 août.
Les Ëlats du 8 septembre ayant voté l'entretien de 200 lances, pendant 4 autres mois seulement, nous pouvons supposer que l'on a respecté cette fisiation, quant & la durée des paiemeiiLs, et que le compte de Surreau pour l'exercice 1.428-1429 n'a soldé les troupes que pendant 4 antres mois, de décembre à mars inclus.
Pour le mois de décembre, Surreau ne paie que les 200 lances de Normandie; c'est une dépense de 6,000 l. t. (1), et il reste, en nombre rond, 62,300 L, applicables aux trois mois suivants pendant lesquels les deux caisses de Normandie et de France soldent toutes les troupes existantes : la retenue de Salisbury a été dissoute  la (in de décembre. Cette somme de 62,300 \. correspond à un elTeclif moyen do 692 groupes de 4 hommes, soit 2,768 combatlanis.
Avec les troupes à la charge des finances de France, on
(1) Pour la facilité de l'opération, il faut compter par groupée de quatre combattants, la lance et les trois archers cotrespomlants el. par abri^'Viation, la lance. La solde du groupe est de :iO [. t. par mois, 00 I. I, pour trois mois, et, avec la surpaye des archers à partir rie février, 39 I. t.
n'aurait plus que 5,536 combattants. Et il resterait à expliquer sur quels fonds ont été payées, en avril, mai et juin (bataille île Patay, iS juin), c'esl-à-dire pemlanl près de trois mois, les troupes mises jusque-là k la charge de la caisse de Normandie. Même si les fonds nécessaires sont venus d'Angleterre, ils ont dii passer par une des deux caisses existant en France. Nous redisons que ces calculs reposent sur une simple hypothèse, l'égalité des charges entre les caisses de Normandie et de France.
On se rappellera que nous avions donné, pour la retenue de Salishury et les 400 lances qui s'y trouvaient jointes, 4,300 combattants, et qu'une majoration de ces chiffres, possible il est vrai, restait au moins difûcile à préciser.
Effectif indiqcé par quelques auteurs. — Jollois (te Siège d'Orléans, M) a cherché à reconsliluer l'effectif d'après les arrivées de troupe signalées par le Journal du siège : — Garnison laissée aux Tourelles, le 8 novembre, 500 hommes; — renfort du \" décembre, 300; — le 30 décembre, 2,500; — le 16 janvier avec Faslolf, 1,200;
— le 17 février, aprè,' la Journée des Harengs, 1,500;
— le 7 mars, 40 ; — le 8 mars, 200 hommes venant de Jargeau et plusieurs autres dos garnisons An Beauce, évalués par Jollois à 2,000; — le 7 avril, un convoi amenant des vivres et habillements de guerre évalué par Jollois h 200 ; — le 19 avril, un convoi évalué par Jollois à 1 .200. Le total monterait à 9,4*0 hommes ; et, avec les 1,500 du duc de Bourgogne, qui partirent le 17 avril, Jollois le porte i 10.940.
Ces chilTres méritent quelques observations.
M. Jollois estime que les Orléanais devaient être bien renseignés par leurs espions et leurs guetteurs. C'est probable; et ils savaient de plus ce qui se passait sur
les derrières de l'armée, parce qu'ils y allaient fort souvent, et recevaient des personna;,'es importanls, des gens de guerre et d'autres individus qui venaient de tous les côtés. 11 est certain, pour ne citer qu'un exemple, que Xaintrailles et ses deux collègues d'ambassade, pemlant leur séjour de deux mois près du duc de Bourgogne et à Paris, ont eu le temps de pénétrer tous les mystères. On n'est donc pas autorisé à donner aux indicatioDs fournies par le Journal du siège une interprétation trop élastique.
Jargeau fut un cantonnement anglais pendant deux mois d'hiver. On y put laisser, au 30 décembre, des malades, des blessés, en envoyer d'autres dans le courant de janvier et de février. On avait, par la Loire, des moyens de transport faciles ; c'était un lieu assez sijr pour un déprit de convalescents, et autour d'Orléans il n'existait plus de maisons (1). Le convoi de 200 hommes venu de Jargeau s'explique ainsi tout autrement que par un prélèvement sur des troupes de défense. Dans U Beauce, au contraire, les Anglais avaient besoin de maintenir sous l'obéissance des populations qu'ils venaient de traiter très durement, et ils ne devaient pas s'exposer à se voir fermer, en cas de retraite, les portes des places fortifiées, comme cela leur arriva cependant à Janville, après Patay. On sait d'ailleurs ce qu'étaient quelques-unes de ces garnisons de Beauce: Chartres (retenue de Hue des Prex), 30 combattants portés le! 3 janvier à 60; Janville (retenue de Richard Gray donnée plus haut), 60 combattants. Partout les garnisons étaient faibles : en Normandie, Pontorson seulement a plus de 200 hommes; Rouen en a 75; Cherbourg, 160 ;
(1) Il y eut à celte époquR des sièges levés û cause des msladies. Les Anglais furent tr^s éprotivûs, devant Harfleur, par la dyssentsrie, qui fit plus de vicliiuea que les armes. {Siège d'Harfleur.f
llarflcur, Falaise, Dieppe, 60 ; Évreux, 12. On doit donc évaluer les plusieurs autres hommes (et non plusieurs détachemenls), arrivés en même temps que les 200 de Jargeau, à 200, ou environ, non à 1,800.
Le convoi du 7 avril était mené par Stéric (document 56), ou un aulre, qui s'en relourna; il n'est pas à compter.
Le convoi du 19 avril est celui qui fut escorté par les Normands appelés au litre féodal. Ils étaient au maximum 800 combattants (200 lances), mais plutôt 400. Ils ne sont restés que peu de temps au siège, peutêtre G jours seulement. Ils étaient rentrés k Paris le 2S Avril, à l'exception des 6 maladroits qui se firent prendre dans Fleury (1).
M. Jollois.enfin, aurait dû expliquer pourquoi les assiégés n'ont pas vu arriver ces 1,500 hommes du duc de Bourgogne, comme ils les ont vus partir. Si le Journal du siège n'a pas enregistré leur arrivée d'une manière distincte, c'est sans doute parce qu'ils étaient compris dans quelqu'un des détachements cités. Apres avoir totalisé tous les arrivants, M. .lollois additionne aussi ces partants, au lieu de les soustraire: c'est inadmissible.
En opérant les rectifications indispensables indiquées ci-dessus, et en soustrayant, comme il convient, les Bourguignons, on ramène l'efleclir de M. JoUois de 10,940 à 6,M0 avant le départ des Bourguignons, et à 4,940 à dater du 17 avril, si toutefois ils partirent au nombre de 1,500. Il faudrait retrancher encore les morts, les malades et les blessés des premiers mois.
Nous avons dit, plus haut, que le chiffre de 500 hommes.
(1) Lettres du roi du 30 avril 1420, publiées par M. Mantellier. Nous en reparleront; à propos des contingents normands. Pour les six liommeB pris, voir le Journal du sU-ge. (Quicherat, FV, 148.)
comme garnisoQ laissés aux Tourelles le 8 novembre, cliilVre qui esl le premier des élcmenls de M. Jollois, paraissait faible. D'un autre côté le Journal du Siège a pu faire certaines omisfions en enregistrant les troupes anglaises arrivées sous les murs d'Orléans.
M. Vergnaud-Romagncsi, prenant pour point de départ le cliill're de 10,000 hommes où il l'ail entrer li^s Bourguignons, arrive, par des évaluations de perles qui semblent très exagérées et qu'il ne justille pas, à un total de 4,000 combattants au moment de la levée du siège, te 8 mai (1).
On peut chercher à se rendre compte de l'effectif de ces troupes par leur répartition. Si on admet que 500 hommes seulement avaient été laissés, le 8 novembre 1428, pour occuper les Tourelles, leur barricade sur le pont, le boulevard au midi et les Augustins, nous n'avons aucune raison d'en compter davantage pour la bastille de Saint- Loup, à qui le Journal du siège n'en donne que 350 à 400. Ajoutons-en 1,000 pour Saint-Laurent; en comptant 400 hommes, en moyenne, pour les autres ouvrages, grands et petits, beaucoup moins exposés que Saint-Loup, on arrive à 5,200 environ pour le chilfre des hommes nécessaires h la défense des boulevards et bastilles. On ne peut savoir ce que les Anglais avaient en plus, à Saint- Laureni ou ailleurs, à titre de réserve générale.
Après celle qui résulte du Jouituil du Siège, il convient de rapporter ici une autre évaluation, émanant aussi d'un témoin oculaire. La Chrojnque de la Pttcelle porte la
tl) Mémoires sur lea dépenses faites par les Orléanais ])our le siège de i4'29. {Bulletin du Bouquiniste, n"* % â 'J9, dU par H. Wallon.) — C'est cet ulTeclif de 4,000 combattants que dunne le Journal du Siège pour l'armée aiiglaiEe à Palay. La Chronique de la Pueelle le porte à 5,000.
force de l'armée anglaise à 10,000 hommes vers la lia de l'année 1428. Son auteur est le cliancelier du duc d'Orléanii, Guillauniu Cou&inot, qui résida dans Orléans pendant le siège. Un grand nombre d'iiistoriens modernes ont accepté ce ctiilTre. Jean Pasquerel, dans sa déposition ù renquèle de 1456, dit en clTtit que les Anglais étaient « eri grande multiludi; it en grande puissance », lorsque Jeanne d'Are arriva avec son convcy. Et le Bâtard d'Orléans, dans h même enquête, déclara que ni lui ni les autres capitaines ne considéraient l'armée du roi comme sulfisante pour faire entrer de force le convoi dans la ville (1). Il est certain aussi que l'élonnemenl et l'admiration manifestés par les conlemporains après la levée du siège, l'éclat qui en rejaitlil sur le nom de Jeanne d'Arc, la Iradilion qui s'en est conservée à travers les siècles, nous portent, à défaut de documenta plus précis et plus concordants que ceux qui nous sont parvenus, à admettre, pour l'armée des Anglais, un elTeclif en rapport avec l'importance du résultat qu'ils voulaient ulitenir, comme avec l'élendue et la population de la ville assiégée.
VU
LE SIËGE.
1,'étude du siège ne doit pas être séparée de l'eitamen des conditions matérielles et morales où il s'est produit. Elles nous étaient spécialement défavorables. Des années de revers, le peu d'énergie du roi, les intrigues de ses conseillers, avaient enlevé presque toute énergie, tout res-
(1) QuicHEHAT, m, 5 el 403,
Sort, non seulement au gouvernement, mais à la nation. Les hommes de guerre eux-mêmes, qui, penJanl les luttes conlre l'Angleterre, avaient péché souvent par excès de bravoure, ont perdu de leur ancienne conûance; ceux qui restent près du roi sont pourtant des meilleurs. Ni leur nombre, ni les secours envoyés à Orléans par les villes que l'ennemi n'a pas encore soumises, ne sont en rapport avec le danger public. lUest vrai que la misère est grande partout, el que l'état des finances du roi est des plus fâcheux.
L'armée anglaise, aussi, est loin d'avoir la force imposante et d'ôtre menée avec l'énergie qui caractérisaient les premiers sièges faits par Henri V, Mais elle n'en garde pas moins une supériorité incontestable. Sa force estdans la facilité qu'elle a de réparer ses pertes et de se ravitailler presque indéfiniment ; la faiblesse des Orléanais, dans leur isolement, l'absence de secours suffisants et suffisamment énergiques, et surtout l'énorme quantité de bouches qu'il faut nourrir. Les munitions aussi arriveront à faire défaut.
On sait, de plus, combien il est difficile à une ville assiégée de se délivrer elle-même; une fois éloignées des remparts, les troupes de sortie perdent leur assurance et leurs avantages.
Nous avons donné, avec quelques détails, les faits qui précèdent le 30 décembre, parce qu'ils précisent à l'avance quelle sera la nature du siège ; ceux qui suivent ont défrayé les chroniques contemporaines. On les trouve surtout dans le Journal du siège. Quelques lenlatives faites depuis pour abréger, dramatiser ce récit, et y introduire des expressions plus modernes, sont restées bien au-dessous du modèle. D'ailleurs, ce qu'il nous faudrait, c'est une narration anglaise, el^il n'en existe aucune. Il sullira
donc (le bien caractériser, s'il est possible, l'ensemlile des épisodes et la situation générale.
Une série d'événements singuliers faillit terminer le siège d'une misérable façon. Ce grand convoi amené de Paris par Faslolf, et échappé de nos mains dans la plaine de Rouvray-Saint-Denis, le 12 février, était parvenu à l'armée du siège. Celle-ci était ravitaillée pour longtemps. Le comte de Clermont ne voulut pas rester dans Orléans; après celte fâclieuse et peu honorable alTaire, il emmena ses troupes. Au point de vue militaire, il put sembler que la partie allait être tôt ou tard définitivement perdue ; on essaya de la diplomatie.
Dom Planctier (1) dit, positivement, que les plus prudents du Conseil de Charles VII s'avisèrent qu'on enverrait, au chef des assiégés, un pouvoir de remettre la place entre les mains du duc de Bourgogne, pour la garder comme en séquestre. Quelques chroniqueurs prétendent que les Orléanais voulaient seulement faire lever le siège, en payant une forte rançon, ou par l'intervention désintéressée du duc de Bourgogne. Cela prouve simplement que les conditions de la négociation ne furent pas connues du public. Les Anglais ne devaient pas, pour être logiques avec eux-mêmes, fixer la rançon à moins de ftOOjOOOl. t., puisque leurs dépenses se seraient élevées, en avril, à 300,000 l. au moins. Le désintéressement du duc de Bourgogne, pas plus que son affection pour Charles d'Orléans, ne pouvaient être escomptés.
H fallait donc, pour pouvoir réussir, faire des offres sérieuses. Comment imaginer que les Orléanais eussent pris sur eus d'ouvrir de semblables négociations; que Gaucourt et le Bâtard, dont ni l'intelligence, ni le cou-
(l) Histoire de Bourgogne, l. IV, p. 127.
— l-*6 rage, ni le dévoùment au pays, ne peuvent èlre mis en (loule, se fussenl prélés à cette entreprise, et surtout ù sa Gonclusioa possible, sans le consentement du roi? C'eût été une traliison. De la part du roi, c'était un jeu plein de dang;er, mais assez en harmonie, il est vrai, avec la politique habituelle de ses conseillers. Le résullat, que l'on devait croire problématique, lut de diviser momenlanéinent Redford et Pliilippe-le-Bon ; mais combien de villes, comme Chartres et Paris, n'étnient-elles point passées des mains de la faction lie Bourgogne dans celles des Anglais? Et, dés lors que le traité de Troyes faisait du roi d'Angleterre le souverain légitime de la France, le duc aurait-il pu se refuser longtemps, sauf à faire quelques dillicullés pour la forme et pour en tirer avantage, à livrer son dépôt au monarque anglais, son suzerain, comme il lui livrait ses soldats?
On sait que l'archevêque de Reims, Regnault de Chartres, chancelier de France, se trouvait à Orléans, après la joumée^des Harengs, sans qu'on ait pu assigner ni une date ni un molifàson arrivée. Il partit le IS février avec le comte de Clermonl et ses troupes. Ce que l'on connaît du personnage n'empâcbe nullement de croire qu'il ail pu donner un pareil conseil au roi, et se charger d'organiser cette singulière ambassade; elle est, à coup sur, un des signes les plus évidents, mais non le seul, du désarroi des esprits à ce moment et de l'incohérence des résolutions.
L'ambassade (lartil de suite, trouva le duc de Bourgogne très disposé à la faire aboutir, mais occupé d'autres affaires. On se rendit plus tard ensemble près du régent i Paris. La perspicacité de celui-ci, sa froide et adroite diplomatie, furent en défaut celte fois. Pendant ces préliminaires, le temps avait marché; on parlait déjà de la Pucelle; les approvisionnements anglais avaient dû être
renouvelés, et le succès (léCnilir semblait encore loin; loiit commandail les niénagemonts. Le régenl parut, au contraire, ne vouloir rien entendre. l'iiilippe-le-Bon, qui avait là une précieuse occasion de jouer le rôle d'arbitre entre ses deux maîtres, l'ancien et le nouveau, s'irrila de ne la pouvoir saisir, et rappela ses troupes {17 avril), comme il a été dit plus liaul.
En d'autres temps, cette demi-rupture, qui ne devait durer que trois mois, n'aurait pas eu de conséquences. A ce moment du siège, elle était d'un mauvais présage pour les Anglais.
Il est peu utile de reclicrclier quelles quaulilés de vivres et de munitions entrèrent dans Orléans. Il y vint au début des troupeaux entiers, et les arrivages ne cessèrent Jamais. L'important est de constater que ces ravitaillemenls partiels ne pouvaient faire équilibre à la consommation,
Les coups de maiu hardis ne manquent pas; nous n'en citerons quu deux: le 4 avril, quelques l'ratiçais vont courir à Meun^r, tuent le capitaine anglais, et ramènent quarante-trois têlcs de gros bétail; le 8 avril, d'autres rentrent dans la place avec vingt -siï bètes aumailles qu'ils ont été prendre en Normandie (1). Des faits analogues se passent jusqu'à l'arrivée de -leanne d'Arc; il semble même qu'ils soient plus fréquenls ]iend.inl les derniers jours; une ch.irrelle île poudre entre le 23 avril (2); des détachements pénètrent aussi, sans qu'ils paraissent avoir livré combat à l'assiégeant. C'est que, depuis quelque temps déjà, le l)ruil de l'arrivée de la Pucelle avait relevé les courages ; le départ îles liourguignons avait modifié les
(1) Journal du niéye. Quichehat, IV, 143, iH. (3) Com]>tti de lorleresEe de la ville d'Orléans UW-li-M {a. -. iMtinaementlII.)
situations respectives, peul-étre changé iI'udc manièrë~ sensible l'assielle mali^rielle de l'inveslissenienl. L'aurore d« la délivrance a commencé à poindre.
Il est certain que la disette existait, ou au moins était très menar-ante, car les chroniqueurs en parlent ; ils la foiU même remonler irop loin (février) pour qu'on puisse croire qu'elle fût alors très vi^vement resîentîe. Ils ne mentionnent pas de rationnement imposé aux habilants et ne donnent pas ces détails poignants qui caractérisent la famine véritable. Il n'est important de savoir, ni depuis combien de temps on commençait à manquer de vivres, ni pour combien de temps il en restait encore à la lin d'avril : on n'avait pu. sans doute, s'approvisionner pour un nombre indéfini île mois, puisque l'ennemi battait déjà la campagne sur la rive droite au moment . des récoltes de 1428.
Les sorties, soit contre les ouvrages en construction, soit contre ceux déjà terminés, montrent que les assiégés ne s'endormaient point; de leur cùlé, les assiégeants tentèrent plusieurs fois, mais sans succès, l'attaque de vive force sur la porte Regnarl. k ne considérer que la coDllguration de la ville, il semble que l'assaut eût été plus facile au saillant que formait l'enceinte à la porte Dernier (Bannier). Mais à la porte Etegnart le mur était, dit-on, moins élevé.
Comme nous l'avons indiqué, la mine ne parait pas avoir été employée contre l'enceinte même.
Les formidables ouvrages d'approche dont parlent quelques historiens n'auraient été que les bastilles de l'investissement, non des travaux d'attaque proprement dits, c'est-à-ilire se rapprochant progressivement des murailles.
Combat d'artillerie vivement poussé, mais incapable.
étant donnée la puissance du lir à celte époque, d'amener à lui seul une solution, soit par l'ouverture d'une brèche, soit par un bombardement assez meurtrier pour forcer la capitulation ; — investissement seulement progressif, et resté imparfait, mais efHcace dans une limite suffisante ; — incidents qui prouvent que la force des armes ne pourra rien décider, malgré le courage des assiégés et la solidité des troupes d'attaque ; — tel est le caractère de ce siège. Il semble qu'il pouvait se prolonger encore de quelques semaines ou de quelques mois; mais l'inertie du reste de la France, que le nom de la Pucelle n'a réveillée qu'en avril, et la disette prochaine au-dedans des murailles lui assignaient, pour une échéance inévitable, une issue fatale à la France.
Le nombre des bastilles et boulevards qui furent élevés autour d'Orléans a été porté jusqu'à soixante ; on a assigné quelquefois, k celles dunt les noms étaient connus, des emplacements qui ne peuvent convenir. (Voir le plan.)
La Chronique de la Pucelle en compte et en désigne 13: — sur la rive gauche, les Tourelles, le boulevard de devant, les Auguslins, le Champ Sainl-Pryvé, le guet de Saint-Jean-le-Blanc ; — sur la rive droite : Saint- Laurent, le Colombier, la Croix-Boissée, Londres (à ta Grange- Cuivret ou aux Douze-Pîerres), Haro ou Rouen (au Pressoir-ars), Paris ou Sainl-Pouair (entre Sainl- Pouair [Saint-Paterne] et Saint-Ladre), Saint-Loup, Charlemagne (dans l'ile, aujourd'hui disparue, de ce nom, en face de Saint-Laurent).
Le Journal du siège, sans en donner explicitement le chiffre, les fait connaître, soit par la date approximative de leur construction, soit par celle des attaques dont elles furent l'objet. Les Anglais, ayant conquis les Tourelles et leur boulevard, élèvent de suite les Auguslins ; ils s'éta-
Missent k Saint-Laiirpot, le 30 dé''embre ; avant le iO jnnvier, ils ont construit les boulevanl^ de l'île Cliarlemagnn et (In cliamp Saïnt-Pryvé ; le 17 janvier, ils tirent lie la Croix-Boissée sur le lioulevard de la porte Bernier ; te 3 mars, ils étaient occupés h faire un fossé pour aller k couvert de la Croix-Boissée à Saint-Ladn d'Orléans, quand les assiégés font une sortie contre eux; le 10 mars, ils s'élablissenl à Saint-Loup; le 21 mars, les assiégés exécutent une sortie contre les ouvrages faits au droit de la Graitge-Cuivret (ce ne peuvent être que Londres et le Colombier); aux environs du 9 avril, les Anglais font on boulevard et fossé près rlu Pressoir-ars (c'est Rouen ou Haro); le 15, ils parfirent une belle et forte bastille entre Saint-Pouair et Saint-Ladre (Paris); vers le 20, ils fortifient Saint-Jean -le-Blanc.
A ces ouvrages, nous donnons la place déterminée par Jn)lois(1), et acceptée dnpuis. ils laissent une lacune de près de 4 kilomètres entre Saint-Ponair et Saint-Loup. Berrial-Saint-Prix. qui écrivait avant Jollois, avait placé sur le chemin de Fleury une des treize bastilles, sans lui attribuer aucun des noms connus. 11 s'appuyait sur la Chronique de la Publie, d'après laquelle les Anglais en établirent sur tous les chemins passant?.
Jollois et plusieurs historiens après lui pensèrent, au contrairç, que la lacune exi^uait dans l'inveslissement, hu moment de l'arrivée ils Jeanne d'Arc ; qu'elle résultait de l'inachèvement de travaux sans doute projetés, le départ imprévu des Bourguignons n'ayant pu qu'accroître le retard .
(I) M. Jollois n'a JI.1S fuit Hgiirer Kur son plan le bi}Ulevnrd du Colomliier, dont rpxinlence paraît pourlant démonirre par les deui( CÎtnIions failes plus haut.
En 1857 la présence d'un ouvrage, d'origine assurément rnilîlaire, était constatée dans un vieux taillis, à hauteur du village de Fleury-aux-Choux, Ji plus de 3 kilomètres au nord d'Orléans (I).
Il se compose de deux enceintes concentriques, coavrant un espace de plus d'un hecLire. Les fossés de l'enceinte extérieure ont 7 mètres d'ouverture et 2"', 50 de profondeur : ils enferment un quadrilatère irrégulier, dont deux faces sont légèrement brisées ■. une excavation s'y remarque vers le nord. L'enceinte intérieure a des fossés également larges et profonds, indépendants des précédents; le terreplein centrai est élevé de 2", 50 au-dessus du sol. Les entrées des deux enceintes sont en face l'une de l'autre, et regardant le sud, Presque sur le prolongement de la face nord, no remarque vers l'est les traces d'une tranchée très large, qui devait barrer la route forestière de Chanteau. De l'autre côté, une autre tranchée bien conservée, de 38 mètres d'ouverture, sur ■4i",50 de prorondeur au-dessous de ses bords actuels, se dirige vers le village de Fleury à l'ouest, sur une longueur de 403 mètres. Son prolongement rencontrerait, à 600 mètres plus loin, l'ancienne route de Paris.
Cet ensemble, au dire du savant arcticologue Orléanais, Daniel Polluclie, portail encore au xYii» siècle le nom de camp des Anglais.
Dans un mémoire présenté à la Société archéologique, l'auteur de la découverte signalait cet ouvrage et L'attribuait à l'armée anglaise de 14^28-1430. La Société nomma une
il) Déuouverle faile par M, Boucher de Molandon. Voir son mémoire inlilulé : Élude sur une bastille anglaise du XV' siècle, retrouvée à Fleary, par M. Boucher de Molandon; «1 le flop;)o7-( fait à ta Société archéologiiiue de l'Orléanaia, par M. K. Colli.s. (Extrait du tome IV des Mémoires de la Soeiété arclièologifjae de l'Orlàa-nnitf 1858, et tirage à pari.)
ïûramission. Acceptanl l'opinion déjà formulée par l'auteur, la commission admJl que l'état de conservatioa de la bastille ne permettait pas de lui assigner uoe origine galloromaine ; qu'elle se trouvait au point où les exigences militaires du siège de 1429 réclamaient un ouvrage; que sa construction ne pouvait se rattacher à aucun événement postérieur,
Ces conclusions ne furent pas adoptées par M. Vergnaud- Romagnési (i). Il rapporta l'origiae de l'ouvrage à l'occupation d'Orléans par les protestants, pendant les guerres de religion.
En 1875. M. Wallon (2) déclarait la bastille trop éloignée de la ligne d'investissement, dont la plus grande force devait être, selon lui, sur la Loire et le côté ouest de la ville, et aflirmait que son existence est peu en rapport avec plusieurs textes contemporains. Pour lui, l'inveslissemenl était inachevé à l'arrivée de Jeanne d'Arc.
Nous ne faisons que mentionner quelques-unes des raisons données de part et d'aulre. Pour les connaître toutes, le lecteur voudra bien se reporter aux ouvrages que nous avons cités.
La forme des ouvrages anglais n'est que présumée. M. .loUois leur attribue une forme carrée avec des tambours arrondis aux angles, qui figurent des soubassements de tours. Nous avons dit que leur profil devait être tel que l'escalade ne fût possible qu'avec des échelles.. Il n'est pas démontré qu'il y eût toujours, dans ce qui fut appelé bastille, un boulevard enveloppant un réduit intérieur ;
(1) Siège d'Orléans en i4S9, défenses faite* par les Orlèanait. F.ylrail dn Bulletin du Bouquinitte, n"» 96, 98 et 09, 18GI. — Et Uhnoire adressé à la Sociélé de» AnliquaireK de France en 1858,
(2) Jeanne d'Are, 5« édition, Appendicu VI, 350.
mais cette disposition existait quelquefois: le réduit était foi'mé par Jes bâtiments, comme Saint-Laurent et l'église des Augusiins, avec ou sans un fossé particulier. Certains ouvrages, comme le boulevard placé au sud des Tourelles, n'avaient pas ce réduil; aussi les contemporains ne leur donnent-ils pas le nom de bastille (1). Ils devaient comprendre un fossé, un parapet et des abris ou taudis.
D'après la Note de Guillaume Giraut (2), qui les vil de suite après le dépari des Anglais, les bastilles de Saint- Pouair à Saint-Laurent étaient closes et reliées entre elles par des fossés. D'autres textes parlent également de ces fossés de communication, et indiquent leur prolongement au-delà de Sainl-Pouair.
En s'en tenant à l'interprétation qui semble la plus plausible au point de vue technique, on doit penser que les mots fossés doubles d'investissement (3) doivent s'entendre de fossés organisés pour la défense de deux ciHés, conlre la ville et contre les secours du dehors. Les mois baslilles closes à deux parts, ou à deux parties, de fossés {A), doivent signilier : closes du côlé d'Orléans et aussi de l'autre pari, de l'autre côté. Ces ouvrages, exposés aux attaques du
1,1) Ce tierail par l'existence du réduit que la bastille se distinguerait du boulevard - toutcrois ces deui mots ont Été souvent pria l'un pitur l'autre.
(2) Note de Guillaume Giraut, Quigherat, IV, 282. — Voir aussi une étude de M. Boucher de Molandon. [Mémoires dt la Société archéologique de l'Orléanais, t. IV, et tirage â part.)
<3) Jean CHinriEB, Recueil de Oodefroy, 17.
(4) On a lu de quatre façons la Note cllée plus haut de Goillaume Giraut, laquelle est peu dëchiiïrable et porte des abréviations : boitille* dotes à deux parts, à deux parties, en partie, à II paires de foa$ie. La dernière lecture ne roncorde guère avec ce que l'on sait et ce que l'on peul iraagincrsur des ouvrages de tortificalion temporaire.
dehors comme h celles des assiégés, ne devaient pas avnir des fossés seulement sur la Tace que les Orléanais avaient vue devant eux pendant le siège et sur leurs flancs, mais aussi sur la lace opposée, qu'ils ne purent voirqu'aprés le départ des Anglais.
vni