‹ L'armee anglaise vaincueChapitre 18 sur 86 · LA DÉLIVRANCE · texte numérisé non relu

LA DÉLIVRANCE

La Pucelle est arrivée avec son convoi jusqu'en Tace d'Orléans sur ta rive gauche ; elle y est reçue par le Bâiard. Elle se plaint îi lui d'avoir été, contre son i;ré, menée par celte rive; comme, quelques jours plus lard, elle le menacera, en ne plaisantant qu'à demi, de faire tomber sa tête, s'il lui caclie l'arrivée de FaUlolf; comme elle dira le ià juin, au duc d'Alençon, ainsi qu'à un simple chef d'étal major : « Je veuil demain, après disncr. aller voir ceulx de Meun ; faîtes que la compagnie soit preste h partira cette heure. >

Ces généraux, dont l'histoire compte les noms, avaient-ils plus il'autorilé? Les jolies batailleuses de la Fronde avaient-elles plus d'aisance que cette bergère, à peine arrivée de son village 1

Devant Orléans, la jeune Itlle inspirée, jusque-là plus persuasive qu'impérieuse, fait place, non au simple chef de guerre, comme elle se nomme, mais au vrai chef d'armée, couvrant le roi d'une protection dévouée, Irop respectueuse pour le contraindre, mais n'obéissHnt qu'aux voix d'en haut: s<- considérant comme une sorte de tieuLeoanl du Christ, pour le royaume de France.

Le siège entre dans une phase nouvelle, qui n'est sans

tlonte pas sarnaturelle par tous ses événements, mais qui relève (te l'ejcamen psynhnlogique, plus que de toute élude historique ou militaire. Matériellement, rien n'est survenu qui ait pu bouleverser les situations ; il n'y a que quelques troupes et une jeune fille de plus pour défenilre Orléans. Moralement tout est changé, et les rôles sont intervertis. Si les hommes continuent à halaiUer, ils ne le font plus de la même Taçon et Dieu dispense autrement la victoire (1).

Jeanne d'Arc n'avait pu mesurer encore dans le combat ni l'elTet de son prestige ni celui de sa taclique; mais elle avait conscience du chemin parcouru et de l'ascendant conquis par elle : faire accepter sa mission à Vaucouleurs, à Cbinon, à Poitiers, était autrement dinicile que de relever le courage ilo quijlques soUats fid4les, les meilleurs lie la France à cette époque.

D'ailli^urs, l'Anglais était un peu immobilisé dans ses bastilles ; il ne pouvait les dégarnir, ni faire passer sans danger beaucoup de troupes d'une rive ^ l'autre. Le trajet par la rive droite n'était donc pas trop aventuré, malgré l'embarras du convoi que l'on amenait de Blois. Le 58 avril, le jour m^-me oij la Pucclle paraissait sur la rive gauche, Florent d'illiers éiait entré dans la ville avec /iOO hommes, venant de Ghâleaudun; la veille, 60 combattants étaient venus de Beaune en GiUinais, menant avec eux des pourceaux ; et le lendemain 29, arriveront 50 hommes â pied, provenant également du Câlinais. Aucune de ces petites troupes ne paraît avoir été obligée de livrer un combat pour entrer. Il est manifeste que la Pucelle a mieux jugé la situation que les chefs qui lui

Vlj Voir, pour le sirge et la délivrance d'Orliians, les eicellenla ouvrages sur Jtiiinne d'Arc de M. Wallon et de M. Marius Sepel.

tmposent leurdireclion. D'ailleurs, en cas d'insuccès, elle élail assurée de o'êLre pas poursuivie.

Son entrée ilans la ville, le soir du 29 avril, au milieu de l'enthousiasme des assiéjiés, ouvre pour les Anglais une série d'échecs comme l'histoire en a enregistré de semlilables. mais qui n'en accusent pas moins un renversement complet de la situation morale des armées en présence. Les Anglais, on doit le reconnaître après evamen, ne paraissent commettre aucune faute ; ils ne démentent pas la réputation de solidité dans le combat qui leur était acquise; seulement ils doivent compter autrement qu'ils n'ont fait jusque-là. Tout enfant de quinze ans, toute feuime, tout vieillard encore valide ne demande, à partir d'aujourd'hui, qu'à prendre, sur les murailles, la place d'un soldat. Tout homme qui peut porter une faux, une broche, un épieu, une échelle, une fascine enduite de graisse et enOammée au bout d'une fourche, est un assaillant à redouter pour les bastilles.

On attaque sans attendre les ordres. Le 30 avril, La Ilire, Florent d'illiers et quelques-uns des plus déterminés de la garnison et de la ville culbutent un poste avancé sur la place Sainl-Pouair, en-deçà de la bastille de ce nom. Ils voulaient poursuivi'c leur succès, mais les Anglais se mirent tous en ordonnance (se portèrent au parapet dans la bastille, et sortirent sans doute des boulevards voisins]. Il y eut une longue et forte escarmouche. Ce n'était pourtant pas, sans doute, un combat ordonné par les chefs, appuyé et soutenu avec ensemble.

Le 2 mai, les Anglais laissent la Pucelle circuler librement à cheval hors des murs, et reconnaître de loin leurs bastilles. Le i, ils la voient sortir avec 5U0 combattants pour aller au-devant de la seconde partie du convoi de Blois, ils laissent rentrer le tout sans combat. Cette inertie

nous étonne, parce que nous jugeons, après coup, de l'avantage qu'ils auraient eu à liier ou prendre la Pucelle. Mais ils n'en étaient pas encore à s'avouer qu'ils la reOoutaient, et leur conduite pendant tout le siège indique qu'ils ne voulaient ni fatiguer leurs troupes, ni les engager dans des actions de détail, où ils eussent perdu du monde sans profit sérieux.

Le même jour, le 4, on va attaquer SainL-Loup, sans avoir reçu d'ordres, et d'abord sans succès. Les Anglais étaient sortis de Saint-Pouair pour prendre les assaillants à revers ; mais d'Orléans on arrive rapidement, gens de guerre et citoyens, au nombre de 600, et les Anglais se retirent. La bastille est prise enfin, grâce à la Pucelle, qui vient au secours des noires. Mais ce n'est pas sans un combat acharné.

L'ennemi hésite évidemment beaucoup â se mettre aux champs, comme on dit alors, en dégarnissant ses bastilles ; mais il s'y défend aussi solidement que jamais.

Perceval de Cagny prétend que les défenseurs de Saint- Loup demandèrent à se rendre à la Pucelle, mais qu'elle ne voulut pas les recevoir à rançon, disant qu'elle les prendrait malgré eux (\.) Cet incident, qui n'est rapporté ni dans la Chronique de ta Pucelle ni dans le Journal du Siège, est cerlainemenl dénaturé par Perceval de Cagny. Jeanne d'Arc ne demandait aux Anglais que de retourner en leur pays. Elle eût reçu h merci ceux de Saint-Loup, mais ne voulut pas, sans dcTute, accepter des conditions qu'ils n'étaient point en mesure d'imposer.

Le projet de la Pucelle était d'attaquer Saint-Laurent. C'était vouloir en finir d'un seul coup par une entreprise aussi décisive qu'elle était diflicilc. Celte bastille, la plus

(1) QUICHEIIAT, IV, 7.

éluniiue ei h plus forle sans linule de celle rive, avait ses abords au sur] enserrés par la Loire, et iUnqués ft 500 ou 600 mèlres en arrière par le boulevard Cliarlemagoe, sis au milieu du Heuve. Au oord était la Croix-Goi!;sée. et les autres ouvrages sur la inême ligue un peu concave. A moins que les Anglais, trop confianls.n'eusseni point suflisammcnl rorlilié la face méridionale, les assaillanls. gânés par le fleuve, en seraient réduits h la seule attaque de front.

Pour s'emparer des Tourelles, il fallait recommencer le siège fait par Salisbury, et prendre d'abord les Augustin». Le guet de Sainl-Jean-le-Blanc ne devait pas lître un obslnde bien sérieux; et en effet, il fut. ou défendu assez faiblement, ou abandonné. Do moins, aux Tour»>lles, on pourrait se déployer à l'aise, et faire une attaque en règle, s'il était nécessaire.

Jeanne d'Arc, par condescendance plutôt que par conviction, adopta ce dernier projet, qui était celui des chefs.

Le 6, la basiitle desAupuslins fut piise ; le lendemain, le boulevard et le fort même des Tourelles tombèrent, non sans une énergique défense. De l'autre rive pas un homme ne vint à leur secours, pas un ne bougea non plus, pour faire une diversion sur l'enceinte d'Orléans. C'était toujours la même prudence, peut-être esagérée, mais qu'ils avaient montrée dès le début.

La perte des Tourelles était un désastre pour les Anglais, comme leur occupation avait été, sept mois auparavant, la promesse d'un succès presque assuré. Les vivres, les renforts, allaient affluer dnns Ork'ans Attendre un jour de plus, c'était donner aux Orléanais le temps de commencer, au moins, l'enlèvement successif dos ouvrages de la rive droite, après lequel pouvait venir une poursuite en règle à travers la Beauce. Un prompt dépaii, en bon ordre, si humiliant qu'il parût, pouvait seul éviter d'autres

échecs: il eut lieu le lendemain; et la Pucelle, croyant que la logique, la justice et la prudence avaient quelque action eu ce monde, remit à une autre Tois de donner h l'armée du siège une dernière leçon, si elle ne profitait pas de celle-ci. Ce fut l'aiTaire de In journée de Palay.

Le 12 juin, Jargeau est enlevé et le comte de Suiïolk tombe entre nos mains. I,g 15, le pont de Meung est pris el, dans la nuit du 17 au 18, le pont et le château de Beaugency capitulent. Des renforts venus de Paris el l'ancienne armée du siège restée dans la Beauce s'étaient portés au secours de Meiing, et n'avaient pu s'emparer du pont; ils se résignent à la retraite (18 juin).

On les rejoignit avant Patay. l-^t les nôtres, qui depuis dix ans avaient perdu l'habitude de vaincre en bataille rangée, ne prirent même pas la peine i d'assembler >, n' ne laissèrent à l'ennemi le temps de le faire. Talbot, Scnles, Rampslon, furent pris avec une bonne partie des leurs; les autres, lues ou mis en pleine déroute. L'exemple était donné; el si l'on eût voulu, la victoire eût toujours marché de celte allure.

DÉTACHEMENTS. SUBSIDES ET CONTINGENTS FÉODAUX TIRÉS DE LA NORMANDIE Eï DES PAYS DE CONQUÊTE.

Traiter en rebelles les Normands (iJèles à la France, puis essayer de faire de leur pays une province dévouée à ses nouveaux maîtres, lelle semble avuir été ta politique cruelle el peu logique de l'Angleterre. Dans les fiefs, comme dans les villes, on installe de force des Anglais, à la pl3>:e des légitimes possesseurs qui ont porté les armes et n'ont pas prélé serment de fidélité. En échange, on

donne à ceux qui restent un peu de sécurité, un semblant d'autonomie, par la constitution d'un conseil spécial à la Normandie, par la réunion fréquente ries États, et même par l'organisation de troupes locales de police (1). Cependant, aux termes du traité de Troyes, les conquêtes d'Henri V ne restaient propres aux Anglais que durant la vie de Charles VI. Elles devaient ne plus faire qu'un avec le royaume de France, quand le monarque anglais cesserait d'en être le régent pour en devenir le roi. C'était donc contrairement aux conventions qu'on isolait ainsi la Normandie : Henri V, à son lit de mort, avait recommandé de ne point l'abandonner, quand même il faudrait, après des revers, renoncer à tout le reste.

Le pays, en tout cas, se maintient soumis sous une occupation militaire assez faible (troupes des bailliages et des garnisons) ; el il paie beaucoup : c'est surtout ce qu'on lui demande. Quelques Normands d'ailleurs reconnaissaient, et on leur faisait dire, qu'ils étaient communs de sang el d'origine avec leurs voisins d'oiitre-raer. Ces bonnes dispositions s'évanouiront quand l'Anglais cessera d'être le plus fort.

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