‹ L'armee anglaise vaincueChapitre 21 sur 86 · DÉPENSES POUR LE SIÈGE D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

DÉPENSES POUR LE SIÈGE D'ORLÉANS

LeR Anglais en avaient été souvent réduits aux expéilienls pour soWer les dépenses de la guerre de France; et on comprendra qu'il ne pouvait en être autrement quand on comparera les dépenses du siège d'Orléans avec l'ensemlile des receltes normales et extraordinaires faites sur la Normandie, qui était la plus riche province.

RETEnUE REMBOURSABLE SUR LES GAGES DES OFFICES. —

C'était un expédient assez singulier, en efTet, que la retenue faite par ordre, mais à charge de remboursement ultérieur, d'une partie des gages de tous les fonctionnaires. Le procédé toutefois n'était pas nouveau. En 1426, alors qu'on était sous le coup de la défaite de Verneuil, Charles VH, par une ordonnance expresse, avait révoqué tous les dons faits jusqu'à ce jour, et déclaré retenir pour un an tous les gages de ses officiers (1).

D'après les lettres d'iienri VI, du 3 mars 1429 (n. st.), toute personne, de quelque état qu'elle soit, conseiller ou autre, prenant gage sur les finances de France et de Normandie, doit subir, à charge d'en être remboursée ultérieurement, une retenue d'un quartier d'an qui sera alTectée aux dépenses du siège d'Orléans (3).

(1) Vai-let de VitiiviLLE, BiblioUtèquc de l'École des Charte», XXXm, année 1872, p. 55.

(3) Lell]-es du roi [luhlliies par M. Mantellier ISiége d'Orléans).

Il paiait lout indiqué que les chefs militaires, qui n'élatcnt nullemenl qualiriés officiers à cette époi{ae, furent en dehors de la

Si quelqu'un <les onicJers du roi se reruse â ce prél d'un quarlier, il sera privé de ses Rages pour une demiannée (2 quarliers) ; c'éliiil rendre l'ohéissance nvanlogeuse, sinon agréable.

La mesure fut exécutée immédialemenl ; et, en même temps que les ordres généraux élaîenl donnés, on expédia les mandemenls individuels de relenue, visant chaque tiltilaire d'oTfice. Nous donnons ceuK qui concernent Denis Gaslinel et Jacques d'Orléans. (Documents 105 et 106.)

Denis Gaslinel, licencié en lois et en décret, doyen de l'église de Noire-Dame d'Andely, conseiller de Normandie en 1424, l'était encore en l■'^34, aux gages de 100 I. l. par an (1). Il lut chanoine de la cathédrale de Rouen, et vicaire général du diocèse en 1436. Il avait élé l'un des Juges de Jeanne d'Arc, et des plus liosLïleâ. Par une monstrueuse ironie du sort, les restes de ce misérahle qui ne se repentit peut-être jamais, reposent encore dans la cathédrale de Houen.

Jacques d'Orléans était conseiller de Normandie aux mêmes appoinlemenls, en 1429; et n'existait plus en l-Wi.

La restitution ne se lit pas attendre, puisque, le 24 jan* vier 1430 (n. st.), par lettres datées de Paris, les trésoriers et gouverneurs généraux des finances prescrivaient Si Pierre Surreau de reverser à Denis Gastinel ses 25 livres (document 105 bis auquel est joint le document 105 comme jusiifieation) (2). Cependant quelques remboursements restèrent en souffrance, Thomas HoIriII, écuyer, naguère conseiller du roi en Normandie, avait suhi une retenue de 50 I. l. Les occupations de sa charge et le service de la

(I) IlEAlillEl'AlKE, SrtVENSOS,

(■2) Le nii:rae jour il étnit ordonnt' Je remliourser Jiici|in!s il'Or- Icans. British Miiicum, addji. Chail., 10,972.

Reine mère (1), dont il a élé chancelier, ne lui avaient pas permis de se Fuire faire la lestilution. Les aulres ineinlires (lu Cunseil de Normandie l'ayant déjà obtenue, le roi, sur sa deniandt;, prescrivait, le iâ novembre \A3\, de lui donner satisfaction. (Document 107. )

Ainsi, tandis que l'armée française dans Orléans ne recevait que des à-cornples assez maigres (2), Bedford, méthoilique et énergique tout ensemble, sacrifie k la sienne les non-coni battants, dool il a moins besoin.

Le produit de celte retenue, pour touii les titulaires d'office payés par Surreau, fui de 3,330 I. t.; peut-être le Ldouble sur l'ensemble de la France ; c'était une goutte I d'eau.

Dépenses faites roun le siège d'Ouléans. — Il est limpossible de donner un chilTre précis. On a cité souvent, ■(pour Ir dépense mensuelle, celui de 40,000 francs qui ■iest mentionné par le roi lui-même, dans les lettres du 1:3 mars 1429 (n. st.). Le franc paraît devoir être pris ici I pour la livre tournois, comme dans le décompte de la somme rpajée au duc de Bourgogne en juillet.

La solde de la seule retenue de Salisbury s'est élevée l^'après la liquidation à 16,468 livres sterlings pour 6 mois, ■mit par mois 18,300 livres tournois environ. Les 400 lances coûtaient 12,000 l. par mois; ajoutons ;! à 4,000 I. pour les dépenses courantes de l'artillerie, sans parler de l'achat des pièces; comme il y a beaucoup d'autres dépenses, transpurts par mer, vivres, charrois que l'on ne peut évaluer, on doit admettre que le cbiiïre indiqué par le roi est exact. Il peut même servir de base h une

(1) Catheriui! do France, lUle de Gliarles VJ, femme d'Henri V. &) M. Loi^tLEUH.

évalualion de l'elTeclir, par un calcul semlilable â ceux qui oui élè faJEs plus liaut.

Dans la gestion de Pierre Si]iTe;;u (lour 1428-1420, les dépenses groupées sous la ruliriquc i pour le sië(;e d'Orléans > s'élèvent à 71,087 l. (Beau repaire.) Mais nous ne savons pas au juste quelle période elles embrassent. Si nous admettons le chiiïre (proposé plus haut à propos du calcul de l'elTectir) de 6^,300 pour les dépenses de 3 mois, à la charge de la Normandie seulement, nous retrouverons, en y ajoultmt les dépenses supposées des finances de France, les 4U,O00 1. menlionnées par le roi. Noire cliillre de 62,300 I. ne lut peut-être pas strictement limité ù une période de trois mois ; mais, d'un autre côlé, il ne comprend pas les indemnités payées à certains fonctionnaires, les dépenses pour les vivres, celles pour l'artillerie, etc., qui, n'étant pas inscrites avec la solde, n'entrent pas dans le total de 71,087 livres.

M. de Beaurepaire dit en eiïel que cette somme doit être triplée ou quadruplée. Nous irons plus loin. Nous comptons que, si les lettres du roi ont pu exagérer un peu le total alors connu, plusieurs dépenses étaient eiTcore non évaluées ou non prévues.

L'expédition, qui eut Orléans pour objectif, commença au 30 juin pour Salisbury et ceux qu'il amena avec lui ; dans le courant de juillet, pour d'autres; et les derniers paiements eurent lieu après le 18 juin (Patay) ; c'est donc onze mois qui, à 40,000 l. par mois, feraient 440.000; c'est-à-dire environ 6 fois plus que la dépense enregistrée sous la rubrique « pour le siège d'Orléans » par Surreau, et l'équivalent de toutes les recettes de la Normandie pendant une annép.

Au milieu d'avril 1429, quand liedlord répondit au duc de Bourgogne au sujet d'Orléans qu' « Ll ne voulait pas

avoir battu les buissons pour que les autres eussent les oisillons » 300,000 I. étaient déjà englouties ilans l'enlreprise. On est frappé de la disproportion qui existe entre tes dépenses et les ressources extraordinaires mises par les Étals à la disposition du Régent. Ils avaient accordé seulement 30,000 1. en juin,el, en septembre, une somme indéterminée à prélever sur 40,000 I.. On dut prendre tout le rfislc sur les tailles ordinaires et détourner de leur allectation (siège du mont Saint-Michel, entretien des garnisons) des sommes considérables.

-Quelque minimes que semblent ces chiffres, en comparaison des milliards que comportent actuellement les budgets lie toutes les nations, on voit que le siège d'Orléans fut pour les Anglais un désastre financier.

Page 1