CONCLUSION
Le siège d'Orléans lui une telle menace pour l'unilé franfaise, el sa délivrance le point de départ d'un changement si complet de fortune que peu d'évènemenls ont aulant marqué dans l'histoire d'un grand peuple.
fl nous a paru que rien de ce qui s'y rattache ne devait être négligé, el que nous ne saurions trop mettre en lumière ce que nos ennemis d'alors ont obstinément laissé ilans l'oubli. Nul document nouveau n'a semblé inutile à recueillir et indigne de l'analyse; nul témoignage de chroniqueur, trop autorisé pour être conirôlé par les titres coniemporains; nul ilétail assez petit pour ne p;is int^riler l'attention.
Nous pensons donc avoir assez fait connaître cette armée
(1) Minutes de GuillHUmeGirBul, étude de M. Fauchon,à Orléans.
Scallie ne peut être que Thoiuas deScales, dont le nom s'écrivait en lalin t de Scalye i. D'Hilleuiv l'importance de la somme el le» noms de GauLOurt et de Ueaunjanoir, qui intervimneat dans la nâgo-
cialion, ne laissent pas d'incerliliide.
anglnisc qui pendant lant (l'iinni'fis, foula notre sol. écrasa villes i>t campngnes, rançonna les habitants, pilla, viola; et, après avoir fait de notre patrie comme un désert, rêva d'en faire quelque clio?e He pis encore pour nous, une province conquise.
Nous l'avons vue, levant un traité d'une main, de l'autre son épéc, parodier \h formule séculaire, et crier : < l.e roi de France est mort, viva le roi de France et d'Anjïlelerre. »
Nous l'avons vue, bien organisée, bien payée, riche de notre or, comme cette auire armée si présente encore à nos yeux, dire déjà dans son triomphe : « La France est à nous. >
Fallait-il reculer devant ce spectacle, cacher le nombre et la force de nos ennemis, parce.qu'avec leur succès nous étalions nos misères, taire leurs noms, parce que. parmi eux, il en est quelques-uns de français ?
Ce sont peut-être les noms de nos ancêtres qu'il eût fallu chercher, pour les graver dans le marbre; car il en est beaucoup d'oubliés.
Défenseurs vaincus malgré leur courage, ou libérateurs, l'épéA à la main, île la pairie, on ne leur a point élevé de ces monumenls que les Romains vainqueurs avaient jailis dressés partout, dans la Gaule asservie; à peine quelques croix portèrenl vers le ciel les actions de grâces de la France,
Ils étaient de ce temps où toute célébrité ne réclamait pas une statue ; tout service, un salaire ; toute bonne intention, l'aumône d'un peu de bruit.
Ils étaient de ce temps où des milliers desoMats improvisés venaient de se ruer sur l'Orienl, à la conquête d'un tombeau, laissant ilans l'Ilisluire autant de gloires sans nom que d'ossements oubli4s sur les roules de l'Burope ; où les plus beaux monuments de l'art s'étaient élevés, sans que la
poslérilé qui les admire de siècle en siècle, pût en connaître les auteurs ; où Thomme absorbé dans la paroisse, la cité, la province, ou la patrie, songeait h elles, plus qu'à sa propre gloire, quand de son obole, de sa sueur ou de son sang, il pouvait leur faire honneur ou les sauver.
Un jour, espérons-le, on tirera de la nuit tous ces oubliés, soldats et capitaines. On leur élèvera des monuments dignes d'eux ; nous avons iravaillé à l'assise la plus basse. Là, comme faisaient les anciens au pied de leurs arcs de triomphe, nous avons mis les envahisseurs, devenus devant Orléans les vaincus, soit qu'à leurs cadavres la Loire ait servi de tombeau, soit qu'ils aient fui portant au front le signe de la défaite. D'autres compléteront l'œuvre commencée ; ils inscriront nos aïeux, ceux qui luttèrent sans grand espoir, avant Jeanne d'Arc ; ceux qu'elle conduisit à la peine et à l'honneur, ceux qui achevèrent sa tâche. Et la postérité, qui a besoin de ces exemples, pourra dire : Avec Jeanne d'Arc, ils ont délivré la France.