PROVINCES SOUMISES AUX ANGLAIS
En 1428 les Anglais, par eux mêmes et par leurs alliés, les Bourguignons, étaient maîtres de la plus grande partie de la France du Nord jusqu'à la Loire. Mais l'occupation était loin d'être établie d'une façon homogène et partout également assurée.
Bien que la Normandie eut été enlevée aux successeurs de Guillaume le Conquérant et réunie au domaine royal de France depuis deux siècles (1204), les Anglais ne la considéraient pas moins comme une province à eux. Henri V avait qualifié de rebelles et traité comme tels, c'est-à-dire chassé, dépouillé et mis à mort les plus marquants parmi ceux qui la défendaient contre lui.
Dans les pays de la conquête d'Henri V, réunis pour l'administration à la Normandie, on faisait figurer ceux dont le roi s'était personnellement emparé et d'autres occupés plus tard.
D'une partie de l'Ile-de-France située au nord de Paris, on avait ainsi fait le baillage de Mantes, qui devait comprendre Meulan, Poissy, Saint-Germain, Pontoise, Chau-
monl-en-Vexin. Ces villes commandaient le débouché de la capitale en cas de retraile, ainsi qne les cours de la Seine el de la Basse-Oise, c'est-à-dire les communiciilions par eau el par terre de Paris avec Houen.
Le comté d'Alençon, réuni â la couronne de France en 1221, puis donné en apanage, venait d'être érigé en duché-pairie en faveur de Jean 111, quand celui-ci (ut tué à Aifincourt. Son fils. Jean IV, prisonnier des Anglais de 1424 {halaille de Verneuil) à 1429, valeureux et lirillant chevalier, sera te dévoué compagnon d'armes de la Pucelle. De ce duché les Anglais avaient fait le baillage d'Alençon. •
C'est de la Normandie et de ces paya de conquête que l'administration el l'organisation nous sont le mieux connues.
D'autres contrées, d'aulre^ villes avaient été remises enire les mains des Anglais par leur alliée, la Tactioa de liuurgogne. enlre autres Chartres et Paris, qui ont tant d'intérêt pour le siège d'Orléans,
Le traité de Troyes, 21 mai 1420, avait donné une apparence rie droit il ces résultats déjj acquis de la guerre el de ta trahison, et accordé par avance une sanction égale à tous ceux que tes mêmes moyens pourraient encore procurer à l'ennemi.
Au nord-est d'Orléans, la lîrie, un des centres d'approvisionnement, et la Champagne étaient gouvernées pour les Anglais par Antoine de Vergy.
L<i Maine el l'Anjou avaient été attribués en apanage au duc de Bedford (21 juin 1424), mais à cliarge de les conquérir. Le Mans occupé en 1425, fut perdu et repris ; mais Angers était encore h YolanJe d'Aragon, duchesse d'Anjou, comtesse du Maine, de iVovence, reine de Naples, de Jérusalem, de Sicile, la belle-mère el l'habile conseillère
(le Charles Vil (1). Bedrord se réservaîl VadministraLion el les revenus de cesdeun provinces, à charge d'y entretenir les garnisons nécessaires. Il était encore seigneur du comté de Dreux, conquis en 1421, comme de beaucoup de domaines importants compris dans la Normandie.
Les provinces situées au nord, à l'est et au sud-est de Paris nous inléressent moins : elles étaient partagées «ntre les Bourguignons et les Anglais (2), qui avaient encore la Guyenne, celle-ci trop éloignée pour être en communication avec leurs autres possessions, autrement que par mer.
Le comté d'Auxerre, si voisin d'Orléans, ainsi que ceux de Màcon et de Bar-sur-Seine, avaient élé donnés à Philippe de Bourgogne, en même temps que Bedtbrd recevait le Maine el l'Anjou.
Les contrées sur lesquelles peut s'engager la lulte entre Français et Anglais, comme se trouvant comprises entre leurs points d'appui les plus solides, sont tenues, de distance à autre, par une înliaité de places (petites villes, églises et châteaux fortiliês). Pour la plupart ces soi-disant places fortes sont incapables de résister à un efTort sérieux : aussi sont-elles sans cesse prises et reprises, par ruse ou à main armée. Nous verrons bientôt Salisbury se vanter d'en avoir emporté quarante, avant d'arriver sous Orléans. Entre elles, la campagne n'est à personne, si ce n'est aux bandes irrégulières et aux brigands.
Sur les bords de cette zone, qu'on a comparée justement à un champ clos, et qui s'étendait tout autour d'Orléans sur la rive droite de la Loire, se trouvait Montargis qui était à nous, Paris, la lisière de la Normandie,
(1} CbarU» VU, par Vallet i>e Virtville, l. I. p. 463.
(2) C'est le iluc de Beiironl lui-in^me igui esl nommé le 5 décembre 1428 capitaine de Calais et gouverneur des Marches de Picardie. {Rolles françaù, Thomas Gabte, vol. Il, p. 266.)
du Maine et de l'Anjou, Chartres que le Dauphin n'avail pu reprendre en 1 421 , Cliilteaudun qui tenait pour la France, Nogent-le-Rolrou et Mondoubleau que nous avions repris récemment.
La Loire, avec Orléans, Blois, Tours, Angers et un grand nombre de villes plus peliles, couvrait les provinces restées françaises. C'était la barrière qu'il importait aux Anglais de forcer et de retourner contre nous. Tout ce qui était au nord du fleuve, leur eut été acquis sans retour. Et de ses rives, ou plutôt des télés de poit solides qu'ils auraient occupées et renforcées, ils se seraient avancés sans crainte dans les provinces du centre et plus tard dans celles du midi.
Ce devait être la deuxième et dernière phase de ta conquête.
four ce point de passage important à acquérir sur la Loire, l'ennerni hésitait entre Orléans et Angers. Angers fut choisi tout d'abord.