BEDFORD. — LE GRAND CONSEIL
Le directeur suprême des opérations, c'est le Régent, qui agit et parle en maître sous l'autorité nominale d'un roi de six ans (1).
Jean, duc de Bedford, troisième lils de Henri IV (2),
(1) Henri de Lancastre, ni^ \e G décembre HSl, de Henri V et de Catlierine de France, Tille de Charlee VI etd'lsabeau de Bavièj'e.
(2) Les quatre fils dt Henri IV fureni Henri V, le duc de Clarence, tué à la bataille de Baugë, U21, le duc de Bedford, le duc
de Glocesler,
[ avait hérilé rlu lempéramenl Pt lie la finesse île son père, i I Jeune encore, il rendit de grands services dans le nord ' Ide l'Angleterre, où il Tut gouverneur de Berwick et des I frontières de l'est, près de l'Ecosse. Henri V le nomma I gouverneur d'Angleterre, pendant que lui-même était en I France, et du vivant de son niné, le duc de Clarence ; puis, [ lorsqu'il se sentit mourir à Vinceones, en iWii. il le d^sik gna comme régent de France, à défaut du duc de Bourt gogne qui en effet refusa cette charge.
Brave soldat, prudeift capitaine, habile diplomate, ayant I l'expérience des camps et de la cour, il se voua tout * L entier à la conquéie délinltive de la France II y eut tpieux [ réussi avec un appui plus sincère du duc de Bourpogne, [ dont pourtant il payait les services personnels el les troupes, I et sans la légèreté el la turbulence de son frère Glocesler, I qui lui créa des embarras incessants. Il sut dans ces cir- I constances ilifficiles faire violence k un caiactère froid et , [oïste, au fond orgueilleux et arrogant, et se montrer j I conciliant avec les apparences de la bonne grâce.
Le 19 novembre 1422, il lit proclamer roi de France sotl • \ neveu Henri VI (1), conformément aux clauses du traité de 1 [ Troyes. An printemps de l'année suivnnie. il réunissait lea I I ducs lie Bourgogne et de Hrelagne pour contracter avec ] leux une alliance olVensive et défensive, et la sceller par | t lieux mariages : le sien avec Anne, l'une des sœurs du duc ' t de Bourgogne, et celui d'Arthur, comie de Richemond, 1 frère du duc de liretagne, avec l'autre sœur, Marguerite.
En 1-42-4, il remporte la victoire de Verneuil, qui surve- [ nanl après celle de Gravant (1-123) fut pour la France I comme un deuxième Azincourt.
(1) Aux termes du Irnilé de Troye-, du vivant de Charles VI. le ^roi d'Angletei'ie ne devait être que régent du royaume de Fi-ance.
Ces succès diplomaliques el mililaires ne le distraient pas (les soins du gouvernement intérieur. Administrateur dans un iJcgrô bien supérieur à son siècle, il cherche à ramener un peu d'ordre et rie prospérité h Paris el dans les provinces à demi désertes, el ravajçées par des bandes de pillards.
Les dispositions militaires les plus sévères sont prises dans ce but, comme on le verra plus loin.
En même temps, il fait tous ses eflorls pour rétablir la ' circulation monétaire, notamment en Jixanl un tarif des monnaies, proportionnel à la valeur réelle du métal ; il favorise le commerce et l'industrie ; aflranchit le travail ; veille à la salubrité publique ; relève la justice; confirme les privilèges de l'Université de Paris, dont les services d'ailleurs méritaient bien ce salaire, et fonde .^ Caen une école pour les droits civil et canonique (1).
Tel élail l'homme que la France eut pour adversaire pendant 13 ans (2).
(1) Bedfoi-d renouvelle les privilèges accordés aux marchand» d'Oporlo, qui faisaieni le commerce avec Ilarfleur, et ajoute, qu'en cas de guerre entre les Anglais et leur nation, ils ne soufFrironl aucun dominage. — Il décide, malgré l'opposition des habitauts de Beauvais, que tout ouvrier de bonne râputation paun-a s"y ùtalilir, jouir des privilèges nouvellement iiccordés. — Il lixe les lieures du Iruvail de six heures du matin i sh heures du soir, pendant une partie de l'année, el du lever nu coucherdu soleil pour l'autre partie; ce qui, dâduclion faite des repas indispensables, ne s'éloigne guère, au iDoinu comme moyenne, des huit heures de travail à propos desquelles se fait tant de tapage. — Il oi'donno que le bétail qui aura mai-ché pendant plus de cinq huures, ne pourra Aire aballu. pour être vendu par les bouchers, qu'après ii'élre rnpoaé pendant une nuit ; et il fait faire des inspections quotidiennes au marché des bouchers, etc.. (Stevenson. Préface.)
(2) Bedford mourut k Chanleraine, près Rouen, à la fin de 1435, le cœur briité par la traité d'Arrav qui sanctiannaJl le l'elèvement de la France.
il est au-dessus de cette rude époque ; du chef d'état, du conquéraDt il possl^de toutes les aptitudes, toutes les qualités, sauf le désintéressement et la grandeur d'dme qui font entrevoir les buts nobles et généreux ,et rendent les défaites honorables. Si martyriser ta Pucelle était J odieux et mesquin, vouloir dépouiller la France de sa na> tionatité était inique, presque insensé. L'esprit niodernoj se révolte contre cette entreprise au nom du droit desfl nations ; l'opinion d'alors la voyant basée sur un trailél scandaleux ne la devait pas moins réprouver, au nom dal droit des rois (1),
Bedford avait été pourvu de grands biens, et s'en était] pourvu lui-même au nom de son neveu.
Par lettres du Si février 1426 (nouv. st.), le roi qui | avait cinq ans, concédait à Bedrord toutes les mines d'or tt d'argent du royaume d'Angleterre pendant dix ans, à charge de payer à l'Église le dixième de l'or et de l'argent, au roi le quinzième de l'or pur el le quinzième de l'argent pur, au propriétaire du sol la vingtième partie (Rymer).
Nous avons parlé de l'Anjou et du Maine, dont il d louchait directement les revenus. Au paiement d'une I partie de sa pension étaient affectés les produits des fiefs confisqués sur le duc d'Orléans et autres, en Normandie et ailleurs, et qui étaient : le comté de Dreux, jadis
(1) Pour comprendre la valeur que pouvaient avoir au moyen Age cet; mois, le droit des roi», il suflil de se repoiler aux inKlruclioas que Ee Ht donner M. de Talleyrand parlant pour le Congrès de Vienne, et qu'il relate dans ses Mémoires récenunenl publiés. Après des bouteversemente inouïs et la chute de tant de trûnes, la France de 1814 n'avait nen de mieux à invoquer que cet antique droit pour se refaire elle-même et reconEliluer un équilibre européen qui Tut favorable A sa sécurité et & sa grandeur.
donné en apanage à Louis d'Orléans (1407), ceux d'Har- Cûurl et de Mortain. la vicomlé de Beaumont, les terres de Thiltouville, du Neubourg. d'iiumbie, dS la Haye-du- Puys, de Torcy, de Charlemesnil, elc. Ces recettes montaient h 13,145 l. l. en 1429, et en 1434 à 12,773, en y comprenant les protils de roffice de l'amirauté et du raciiat des guets dans les capilaineries de Caen, Falaise et Alençon (i).
Dans l'année finissant â la Saint-Michel 1428, Bedford reçut pour son état et les dépenses de son liâtel 33,000 francs, ce qui équivaudrait environ à 24,407 livres tournois. (Stevenson.)
L'année suivante, il aur:iiL reçu 52,000 livres tournois pour les dépenses de son bâtel; il lui était alloué de plus 52,400 livres tournois pour l'entretien de sa grande escorte personnelle de 100 lance? et 300 archers à cheval, soil en tout 104,400 livres tournois.
A propos des gains de guerre, nous dirons, au chapitre Vil, quels droits parut avoir le Régent sur ceux faits par l'ensemble des troupes anglaises.
Si donc il mit en gages, pour venir en aide au trésor public, plusieurs joyaux el de la vaisselle d'or et d'argent (2), il faut convenir qu'il n'était guère exposé pour cela à tomber dans la pauvreté.
Les autres Anglais étaient également bien traités, cbacun à proportion de sa position el de ses services. En sorte qu'ils n'étaient pas plus intéressés chez nous à soutenir l'honneur de leur bannière qu'à défendre l'intégrité de leur butin.
(1) Stevenson, vol. II, 2'' partie, 555. — BEAunEfAiRE. — Suffolk se qualifie comte de DreuKÎ (Document 87.) Il ne pouvait aïoir les revenus de cette aeigneurie.
(2) AdminUtration lie la Normandie.
Grard conseil. - Aprt^s le Régent il convient de citer le Grand Conseil, ou (Conseil de la Régence, séant orilinairemeril à Paris, embrassant ilaas ses attributions l'ensemble des afTaires, et surtout les plus importantes ; il ne faut pas le confondre avec le Conseil de Normandie. Ses membres remplissent de nombreuses missions individuelles.
En 1-428 il comprenait seize membres (1).
Louis de Luxembourg, évèque de Tliérouanne, chancelier de France, frère du comte de Saint-Pol. Il mourut cardinal et archevêque de Rouen. ,
L'archevêque de Rouen.
Le chancelier du Régenl.
Le chancelier du duc de Rourgoyne.
Jean de Luxembourg, neveu de Louis.
Jean Fasloif, gouverneur du cumié du Maine, dont nous reparlerons souviml.
Antoine de Vergy, gouverneur de la Champagne el de la Biie.
Les seigneurs de Tournay, de Robois, de Chatillon, Hugues de Lannoy. Jean de Pressie, Jean de Clerq, tous chevaliers.
Jeau lie Courcelles. C'est sans doute û lui que le roi donna les terres d'Ambleville, Maignetot, La Chapelle, Labbeville, Chars de Toully, avec leurs appartenances, dans le vieux Vexin français.
Jean de Saint- Yon, écuyer ; ainsi que Jeau de Courcelles il fut souvent employé h recevoir des montres.
Le procureur du roi en cour de Rome, évêquo de Chicester. C'est le seul avec Fastolfqui soit cité comme de nationalité anglaise; toiis les autres sont donc Français reniés ou Bourguignons.
(1) Stevenso.n, vol. II, 2o purtie, p. 5^.
Les membres Ju grand Conseil louclient aonijellement He 2âO h 2,U00 francs ; Louis de Luxembourg riJi^uil (juur lui seul 5,1^20 l'rancs; soilpour lunl le Conseil 1S,52(I.
Les troupes anglaises cLaienl consliluees suivant le moile complexe usité alors.
Depuis longtemps le service féoital ne pouvait suffire: les guerres loinlaincs et de longue durée n'étaient pas dans son essence ; il fui utilisé toutefois comme appoint au siège d'Orléans, mais avec des conlingenls prélevés sur la France (1). On ne voit pas que l'Angleterre ail rien fourni à cet égard ; et, s'il y eut des archers provenant des milices communales, ce n'était pas, sans doute, par suite de conscription forcée, ni pour former des corps distincts.
Les troupes, soit de garnison, soit de campagne, consistaient en corps de force trèi; inégale, souvent trî'S petits, recrutés à l'aide d'engagements volontaires par leur chef, ou capitaine, et complètement administrés par lui. La dénomination usuelle du corps, par rapport h son cher, est retenue (2) : elle est empruntée sans doute aux usages
(1) Avant, tomme apn^s le siège d'Orléans, il y eut de nombreux appels de nobles el non nobles tenant fiefs ut arriére-llefs. Quelques-uns paraissent faila eeuiemeat dans une région reslreiote, autour d'une place ou d'une armée de siège menacée, et sont très hâtifs. Voir, en particulier, Stevenson, vol. II, 1'" partie, p. 24, 38, 05.
(2) On ne connaît pas encore le nom de compagnie. Être en la compagnie aignirie accompagner.
' féodaux en vertu desquels le vassal, après avoir fourni une certaine période de service gratuit, était retenu et conservé i par son suzerain, moyennant une solde fixée. '
Pour les garnisons dont la solde était assurée au moyen des subsides volés par les États, la durée du service est d'un an, d'une Saint-Michel h l'autre, comme est la période même d'alîeclalion des subsides. Les autres fractions sont en général organisées au moment du besoin. Les endeolares sont signées pour quelques mois ou pour la durée de l'expédilioa ; les nôtres, sauf les premières, sont généralement
î pour le siège entier, avec la faculté d'employer la troupe à
I toute autre action militaire pendant le même temps.
Le lecteur trouvera dans le document I"', qui n'est que
' la transcription de plusieurs endentures, les conditions de recrutement, de fonctionnement, de solde, de discipline, dont la réunion, dans le langage même du temps, forme comme le règlement de service de ces troupes.
Elles comprennent des Anglais en grande majorité, des
' Français, des sujets du duc de Bourgogne, quelques élranf;ers probablement; mais sans que ces derniers forment des unités complètes, avec chefs et soldats de même nationalité, comme la France en prend à sa solde. Au moins
I Dous n'en avons pas rencontré.
Ce sont donc des corps de soudoyés (1}, mais non de mercenaires proprement dits. Us s<int semblables, pour le recrutement, à ceux qui subsisteront chez nous jusqu'à la révolution, avec celle différence qu'ils ne comportent ni cadres, ni effectifs permanents.
L'administration et la comptabililé, comme on le verra dans notre dernier chapitre, sont déjà bien réglées et Fort précises.
(1) Souldoyers, Bouldours, dont on a fait soldat.
Hiérarchie. — Au régime réodal est empruntée une hiérarchie spéciale, qui règle sans doule le rang des personnes entre elles, mais non l'étendue du commandement.
Elle comprend les princes du sang, les ducs, les comtes, les chevaliers bannerels, dont le privilège est de marcher sous leur propre barnière, laquelle est carrée, les chevaliers bacheliers, qui ont un pennon triangulaire (1).
Le roi donne le titre honorifique de cousin à des chefs du rang le plus élevé, Talbol et Scales, par enemple.
La qualificalion d'homme d'armes paraît impliquer la noblesse (car on la donne à des clievaliers et écuyers), aussi peut-elle être étendue au chef de la troupe et à ses lieutenants. Le noble comte de Salisbury figure dans le total des 450 hommes d'armes de sa retenue. Peut-être existe-t-il aussi dans cette catégorie des membres de la bourgeoisie? les endentures ne spécifient rien à ce sujel.
Par contre, dans les contingents féodaux paraissent des archers nobles (Document 101) ; mais jamais ni dans les montres qui leur sont spéciales ni dans les autres, le titre tl'écuyer n'est donné à un arclier.
Aucune indication sur ta situation sociale des archers n'est fournie par les endentures; l'emploi de leur arme nécessitait une longue pratique (2).
Le grade établissant, en dehors des situations nobiliaires, une hiérarchie de commandement fiie et durable n'existe
(1) Voir A. Chehubl, Dictionnaire des inatitutioru de la Ffance, — Oa a fait venir le mol bachelier de a bachelle o, lerre noble d'un rang secondaire ; el aussi de < bas chevalier o, ce qui ne correspondrai! pai à l'état existant en ii'iS, puisque les bacbeliers so'nt audessus des simple» chevaliers.
(2) M. Vallel do Viriville dit que les nrchers de l'armée anglaise étaient les archers des bour);s anglais. {Charles VU, '2" vol. p. 30.)
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j aimées li'alors. Nous ne voyons mèmu pas s que possè
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sous les murs d'Orléans ces hautes i\\i> l'armée française.
I.a (josilion sociale, ta faveur ilu prince, les services rendus, lu fortune, le mérile personnel, les besoins du raomL'nt détermineronl, en la faisant varier souvent, la position militaire. Elle dépend, en grande partie, des moyens que possède chacun de grouper autour de soi un plus ou moins grand nombre de soIJals et d'officiers. Nous employons ici, comme nous le ferons quelquefois, le mot oKicier .lans le sens moderne (1).
Les cominandanis en cbef d'une armée sont dits lieuinants du roi, et aussi gouverneurs géniiraux sur le fait la guerre (2). 11 ne parait pas exister d'intermédiaires itre eux et les nombreux capitaines, chefs des corps (ou ileuues) qui sont les seuls groupements méritant le nom I unité. Il devait en résulti-r peu ilu cohésion et des difficultés dans le commandement. Les capitaines sont bannerets, bacheliers, simples chevaliers ou même écuyers. Dans un corps considérable, il y a des personnes de ces divers rangs, ns doute hiérarchisées entre elles dans le but de donner fractionnement permanent de la troupe.
Le mot (le chef de montre est une désignation provisoire [ui correspond assez bien, et seulement puur une petite l'action, au commandement intérimaire que donne chez lUs l'ancienneté entre les égaux.
(1) En 1428, lu mot oflicier, qui n'a pas été uncore délourné de ion sens primitif, désigne excluaivement le litulaire des ortices ou m^ilois de cour, de justice, de finaitces ; et il n'a pas d'acception
<3} Saliabury. (Montre d'une partie deg 400 lances. Document 4.1 ' i mot chef de guerre, tràa empjriy^ par les clironiqueui's fran- ^is, est pris dans un sens analogue, mais étendu A un plue grand knombre de personnes.
Le cumul des fonctions, les CAPlTAINEniES. — Si
l'armée ant^laise u'a pas d'ernploiâ permanenis, Je t^railes succebsifs et ilétiailifs, si l'instatiitité ost sa loi, comme celle de toutes les autres armées da cette époque, il existe une com|iensation : c'est le cumul 'Ins fonctions, des traitements, des donations, des profits de toule sorte.
Un Anglais de marque sembh être partout î'é la fois, et touche pour le moins des deux mains : il est gouverneur de province, maître d'hôtel ou chambellan du réi^ent, son lieutenant dans une grande ville, capitaine d'une ou plusieurs autres plus petites, bailli, membre du grand conseil ou du conseil de Normandie, gouverneur dus finances, etc., et si on met des troupes aux champs, il aura en outre sa compagnie. On lui accordera quelques suppléments, comme la composition des guets, c'est-à-dire le produit du rachat du service de garde imposé aux habilaots (1), ce qui ne l'empêchera pas d'avoir été fait, après les conûscalions, seigneur féodal en Norman<lie ou ailleurs, A la charge d'um: redevance dérisoire.
Les commandements des garnisons, ou capitaineries, sont de véritables bénéfices militaires, saus obligation de résidence. Ils sont honoriOques ; et on les rend productifs par l'attribution gracieuse au titulaire de la composition des guets.
Le cardinal d'Angleterre, Henri Beautord, grand-oncle du roi Henri VI, évéque de Winchester et l'un des instigateurs du procès de la Pocelle, est capitaine de plusieurs villes (3).
(1) Voir au cliapitre V l'orpmâatian ilu service des guets.
(2) Le cariliaal d'Angleterre a udb retenue pour la garde de Oea. lUontre du 20 septembre 1430, pièce n» 5-2C rtims le vol. des Montres de 142«-t431, Bibl. Nal. Mss. Fonds fr. Vol. aJ,7B'J.
Il est aussi capitaine d'IIonlleur. — ( Monstre de JetimiChetwin,
Le régent n'est pas oublié, ou mieux il ne s'oublie jamais. Il est capitaine en 14â3 et 1434: 1® de la Tour du Falaise ; 2® de Cherbourg, avec deux lieutenants ; 3* de Ca<*n, avec Fastolf, son grand maître d'hôtel, pour lieutenant; 4® de Rouen avec trois sous-ordre, Cursun pour la ville, Nicolas Burdet pour la forteresse, Jean Hannefort pour le pont; 5® de Melanke (Meulan) ; 6° d'Alençon, ayant encore sous ses orilres Fastolf, qui est lui-même capitaine d'une pet te place voisine, Fresnay-le-Vicomte (1).
Aux Kiats «le Rouen, décembre 1435, les Normands font entendre l^urs doléances contre le cumul des capitainerios et le défaut de ré>idence des titulaires. (Étals de Normandie, p. 52.)
Celte multiplicité des capitaineries sous un titulaire unique n'était pas un abus nouveau, ni essentiellement anglais. File était interdite par l'ordonnance de Charles VI, i\ii 25 niai 1413, sur la [mlice du royaume. (Ordonnances des rois de France, tome X, p. 82.) « Si quelques-uns, y est-il dit, ont obtenu plusieurs capitaineries, les autres, sauf une, sont impctrables. »
Infanterie, cavalerie, corps spéciaux. — Il n'existe pas de fraction constituée exclusivement, soit de fantassins, soit de cavaliers ; il n'y a pas deux armes distinctes, l'infanlerie et la cavalerie. Tous les corps sont composés
escuier, et des gens d^armes et de trait estant à la sauvegarde de la ville et forteresse de llonfleur... sous le gouvernement de Révérend Père eïi Dieu, mon trt's redoubté et honouré seigneur. Monseigneur le Cardinal d'Angleterre, Capitaine de la dite ville, — prise au dit lieu de Honnefleu, le 3 février 1430 (t-43i n. st.), — pour ce présent quartier par Durand de Thieuville et Guillaume Le Crissier; — 3 lances à cheval, 8 à pied, 42 archers, avec creue (augmentation) de G lances à cheval et 3 archers. » Môme vol. no 569. (1) Stevenson, vol. II, 2^ partie, p. 540.
a^ommes d'armes à cheval, quelquefois avec un petît nombre d'hommes d'armes à pied, et d'archers à pied ou à cheval. Dans les garnisons, les hommes d'armes à pied sont souvent en assez forte proportion, maïs il arrive parfois que les archers sont â cheval.
Les arbalétriers paraissent peu nombreux ; nous n'en avons (le mention expresse que dans les contingents féodaux normands. Les Anglais se servaient d'arcs en if ile deux mètres; et cette arme, d'un maniement plus diffîcile, était considérée comme supérieure à l'arhaléte (It.
On sait qu'au XV" siècle les chevaliers combaltaienl souvent à pied ; les archers anglais, toujours ; el ils se protégeaient contre le choc des chevaux en piquant devant leur front ces pieux aiguisés qu'ils portaient avec eux.
L'armée anglaise possède ses corps spéciaux analogues à nos armes spéciales, ou des sections spéciales dans les corps peu nombreux ; ce sont : des artilleurs ou canonniers et des mineurs, comme on le verra plus en détail au chapitre 111 ; des ouvriers maçons, charpentiers et autres, sans instruction iiiilitaire, mais exerçant des professions utilisables en campagne (â).
Souvent le premier arclier inscrit dans les montres est qualité trompette (3).
(1) BoiiTAnic, Inslilulions militaires de France, 2ri2.
(2) En novembre 1431, Guillaume Gloucesler, écuyer, ii
uître des
Normandie, i de plusieurs Eiât;es & taire : 2 msîlres IX, 2 maitrea charpentiers, 1 maitre 1 14 hommes de trait, c'est-à-dire sans une archers. — Collection particulière
ordonnances el artillerie di outre de sa retenue el en vu casonniers, 2 aides pour e maçon, 2 maîtres pionniers i doute 14 ouvriers payés cOi de M. Boucher de MoUndon.
<3) Le 4 janvier, les Anglais se présentent devant le boulevard de la porte Regnard pour en donner l'assaut el font sonner leurs trompettes ot clairons, {Joui-nal du siège, QuicHtRAT, vol. IV, p. 108).
Béprbssios jCDtciAinE. — Les «nHeninres pour !« I Iroupes lie cnmpagne (document 1) et celtes pour le; troupes de garoison (document 87) stipulent que lei délinquants militaires sont en toute circonstance, sau réserve et sans retour, livrés par Leur chef à la justice, * c'csl-à'ilire h la justice civile représentée par le bailli ^1 , aurres justiciers. Quelle que soit la qualité personnelle dal bailli, qui semble avoir été toujours un combattant el nftl Anglais, son office est plutôt civil, tout  fait territorial e f.n dehors de la hiérarchie militaire. On devrait être sur-l pris de le voir chargé de la répression des gens dei guerre, h une époque semblable, si on ne savait que les i armées n'avaient point alors cette permanence d'organi- I sation et de cadres qui leur permet de posséder aujoufiJ d'hiii une justice à elles.
On ne l'a pas assez remarqué à propos de la remise <j Franquet d'Arras h la justice civile par Jeanne d'Arc. { fait ne lui fut pas seulement reproché pendant son procès par ses juges (1); il fut auparavant exploité contre elle par les mauvais Français, qui n'étaient point tous dan^ les rangs anglais et bourguignons.
Franquet d'Arras, du parti de Bourgogne, à la fois vaillant liomine d'armes et corsaiie de terre ferme, désolait les environs de Lagny, pendant que la Pucelle était occupée à sa campagne de l'Oise. Klle défil sa hande et le prit.
Mais il faudrait savoir si Franquet s'est livré lui-même par une sorte de capitulation ayant la promesse de la vie sauve, ce qui est difficile & admettre, puisqu'il n'était pas dans une place forte ; s'il s'est rendu h merci, épuisé par la lutte et ne pouvant attendre qu'une mort immédialo, de
(1) QmCIIBRAT, 1, 158,
la prolongation de la résistance; ou enlin s'il a été pris de vive force. Dans ces deux derniers cas, il était à la discrétion du vainqueur, comme l8 Turent, dans maintes capitulations accordées par les An(;lais, tant de malheureux qui étaient exceptés des conditions, et dès lors mis à l'épée de suite 011 condannnés peu après.
Il est possible, mais non démontré, que les populations aient demandé le chdliment de Franquet d'Arras, que le hailli de Senlîs ail réclamé le prisonnier comme son justiciable ; FranqueL fut, en tout cas, remis entre ses mains, jug6 par lui et les ^ens de justice de Lagny. 11 fut convaincu et s'avoua lui-même coupable de meurtres, vols et trahison.
C'est probablement quand il fut condamné à la peine capitale que Jeanne voulut le sauver, en l'échangeant contre un Parisien prisonnier des Anglais; maïs, apprenant que celui-ci était mort, et comme le bailli lui eut représenté qu'elle ferait une gramle injure à la justice en tirant le coupable de ses maîns, elle consentit à ce que le jugement reçût son exécution.
Le roi de France et ses lieutenants auraient eu le droit de traiter comme rebelles tous ceux qui faisaient cause commune avec l'étranger. On ne le lit pas, par politique et pour éviter les repiésailles. Mais Franquet n'était pas seulement en état d'insurrection ; il était coupable, comme beaucoup d'autres, il est vrai, dans les deux partis, de ce que nous appellerions des crimes de droit commun.
En le remettant au bailli de Senlis, Jeanne d'Arc a observé les formes judiciaires des Anglais eux-mêmes; elle ne l'a point soustrait à ses jugr:s naturels.