‹ L'armée contre la nationChapitre 10 sur 16 · AU JOUR LES DOSSIERS · texte numérisé non relu

AU JOUR LES DOSSIERS

On sait la terreur qu'inspirait M. Wilson à ses collègues politiciens, au moyen des 22.000 dossiers qu'il prétendait avoir formés avec les preuves de leurs infamies diverses. Les honnêtes gens de l'état-major, ayant jugé très ingénieux le chantage de M. Wilson, se mettent à le pratiquer pour leur compte.

C'est dans les dossiers du ministère de la Guerre que M. Judet, l'homme au cadavre, se vante d'avoir puisé la boue dont il couvre Zola. C'est dans les dossiers du ministère de la Guerre que M. Turrel, ministre des Travaux publics, puisait la boue dont il a couvert ses adversaires électoraux. M. Turrel, qui employait des vélocipédistes militaires comme estafettes, et qui avait pris pour chef de cabinet un officier supérieur, est un grand ami de l'armée : il en tire des services de toutes sortes.

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M. Berlioz, officier démissionnaire, commandant le 127" régiment territorial, maire de Fabrejean (Aude), a déposé contre ledit Turrel une plainte en forfaiture, pour détournement et soustraction de documents confidentiels au ministère de la Guerre. Le procureur de la République de Narbonne, qui est évidemment la créature du député-ministre local, a prévenu M. Berlioz que le parquet ne donnerait aucune suite à l'affaire. M. Berlioz a riposté par une seconde plainte contre le ministre de la Guerre, responsable des détournements, soustractions d(^ documents et violations de secret professionnel, commis dans ses bureaux par ses sousordres. Le parquet, naturellement, renouvellera sou déni de justice et refusera d'informer.

Le parquet refuserait aussi d'informer, si Zola déposait une plainte contre MM. Billot et Judet, coupables de détournements, soustractions, communications illégales de documents secrets. Les magistrats ont pour première mission d'assurer l'impunité aux crimes des militaires. C'est dans le même drap couleur de sang qu'on taille la robe des uns et la culotte des autres ; ils travaillent ensemble.

Les policiers professionnels attendent 'généralement leur retraite pour fonder des agences louches et pour faire chanter leurs victimes, avec les renseignements et les documents qu'ils ont emportés

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de « la Boite ». Les militaires,' mouchards amateurs, opèrent en activité. Les violations de domicile, les délations anonymes, les faux témoignages, les usurpations de fausse qualité, les vols de lettres et de télégrammes, la fabrication des faux en tout genre, leur ont donné le goût du métier. Les voilà maitres-chanteurs. Ils tiennent des dossiers pour chantage et pour diffamation. Ils sont complets.

Cependant, il ne faut pas les décourager. Quand ils auront commencé de déshonorer leurs ennemis du dehors, ils ne résisteront pas à la tentation de se déshonorer entre eux. On en verra sortir, alors, des dossiers, et des fameux. Attendons.

Nous avons donné plus haut des exemples de jugements portés par nos chefs les plus autorisés sur leurs camarades, à charge de revanche : ils étaient éloquents. Le dernier échantillon livré au public est une lettre adressée par le colonel Humbertà Tamiral Besnard, ministre de la Marine, au sujet du général Borgnis-Desbordes. inspecteur général de l'artillerie de marine. Le colonel Allaire, le commandant Myrzkowski ont été brisés par les complices et les protecteurs des coquins galonnés dont ils avaient voulu réprimer l'audace. Le colonel Humbert, comme l'infortuné Picard-Destelan, a été brisé par les faiseurs empanachés dont il avait démasqué la fraude. Combattant du siège de Paris, décoré au feu pendant le bombardement du fort de

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