‹ L'armée contre la nationChapitre 12 sur 16 · AU JOUR LES DOSSIERS I · texte numérisé non relu

AU JOUR LES DOSSIERS I

a-l on besoin de voir plus clair que dans l'histoire contemporaine, dans l'histoire que nous vivons tous les jours?

<' Pour ne pas éveiller les susceptibilités » — comme disent nos camarades du Sifflet en mettant un masque à leurs personnages aquatiques — prenons un exemple dans le passé.

De 1673 à 1679, la France a soutenu contre toute l'Europe continentale une lutte redoutable, d'où elle est sortie glorieuse mais affaiblie. Pourquoi? parce que la campagne de 1672, qui devait mettre du premier coup la Hollande à la merci de Louis XIV, avait échoué. Pourquoi? parce que les troupes d'avant-garde avaient été paralysées par l'imbécillité de leur chef, le lieutenant-général marquis Henri de Rochefort. Et pourquoi, malgré les maréchaux et les princes, le commandement de l'avant-garde avait-il été donné au marquis Henri de Rochefort ? Parce que ce marquis était un mari c.omplaisant. La marquise, sa femme, était la maîtresse de Louvois, et l'entremetteuse ordinaire des amours royales ; elle y prêtait jusqu'à son canapé ; parfois elle tenait la chandelle : « Belle, écrit Saint-Simon, encore plus piquante, peu ou point d'esprit, avec toute la bassesse nécessaire pour être de tout et en quelque sorte que ce fût. »

C'est de la vie privée. Cependant, les mœurs de la marquise de Rochefort ont valu à la France de

rudes épreuves. Impossible d'étudier la guerre de Hollande sans noter que le marquis Henri de Rochefort fut un des plus funestes Sganarelles de l'histoire... Dans ces grandes familles, la force des traditions est surprenante.

Pour éveiller encore moins de susceptibilités, prenons un autre exemple au théâtre. Dans l'Aventurière, Augier met en scène un sujet ancien comme le monde, un des spectacles les plus lamentables de la triste humanité : l'aventure d'un vieillard que son vice fait tomber sous la coupe d'une fille et d'un ruffian. Monte-Prade était autrefois un homme ; il a joué un rôle dans son pays ; il a servi ses concitoyens ; depuis qu'il est au pouvoir de Clorinde et de son frère, il a perdu la mémoire, la raison, le respect de soi-même ; égaré, affolé, reniant son passé, trahissant les siens, il roule au dernier degré d'ignominie. Vie privée ! sans doute. Mais si ce malheureux était un conseiller du peuple, ne faudrait-il pas apprendre au peuple d'où lui viennent les conseils?

xNOS PATRIOTES

Parce que nous nous sommes indignés qu'un homme, fùt-il juif et fùt-il coiqjable, ait été attiré dans un guet-apens judiciaire — parce que nous avons refusé d'incarner dans un Esterhazy l'honneur de larmée française — parce que nous avons llétri les menteurs, les faussaires et les parjures, même chamarrés de galons et de croix — parce que nous avons haussé les épaules avec mépris devant les injures et les menaces de la tourbe césarienne — parce que nous n'avons pas voulu que la France avilie devînt pour le monde un objet de dégoût — on nous a traités depuis huit mois de mauvais Français et d'antipatriotes.

On a répété chaque jour que nous étions vendus à l'Allemagne. Le sire de Rochefort se porte garant de la chose. Donc, elle n'est pas douteuse.

En ces derniers temps, le sire de Rochefort a

révélé à ses intelligents lecteurs que Babylone est actuellement le port le plus fréquenté de TOrient, que l'Egypte est un désert peuplé de bêtes féroces, que le général de Bourmont a gagné la bataille de Waterloo, que les juifs cherchent à faire appliquer en France le décret Crémieux, que l'empereur d'Allemagne a touché du Sultan six millions, de la main à la main, pour les afifeiires d'Arménie. Pas de discussion, pas de contestation possible. Les preuves sont entre les mains de Brididi, rue Pergolèse. Là-dessus, l'Europe peut se faire une bonne idée du public français et des oracles qu'il écoute. Dans l'afTaire Zola, c'est douze millions qu'a versés le Syndicat : pas un sou de plus, pas un sou de moins. Le sire de Rochefort a la photographie des chèques. On ne peut pas lui en remontrer. Ayant passé sa vie à palper des 160.000 francs dans tous les Panamas, ayant usé ses loisirs sur les champs de courses entre les bookmakers, cet honnête homme atteste qu'un écrivain n'écrit jamais sans s'être vendu d'abord. Il en répond.

Eh bien, puisque nous sommes les antipatriotes, il faut voir un peu qui sont les patriotes.

Sur les Patriotes de la presse, inutile d'insister. Débris de la basse Boulange, du Panama, des affaires de chantage, dispensés du service militaire par fraude, exemptés, réformés, payant à l'étatmajor le prix de l'inique faveur qu'ils ont obtenue

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