LA. CASERNE. LES CHEFS
Aimer et respecter l'armée, c'est exiger qu'il ne s"y passe rien, ni en haui ni en b-i^, qui nesoit absoluii ent lionn le.
Le cliàtiment des a'-ies malhonnêtes purilie 1 armée et impose à tous le respect auquel elle a droit.
Colonel HuMBERT-
Décrier Vive l'ar)ii/-e ! c'est le droit de tous les citoyens qui prendraient le sac et le fusil au jour de la mobilisation. C'est notre droit, à nous tous qui fournissons de notre travail un milliard par chaque année de paix, et qui serions en temps de guerre la chair à canon.
Si jamais la patrie menacée est sauvée, ce sera par nous ; si des batailles sont gagnées, ce sera par nous ; s'il faut encore payer une rançon, et servir des pensions aux chefs vainqueurs ou vaincus, nous en ferons les frais... Vive Varmée! puisque c'est nous. Certes, notre armée est vaillante, admirable, la première du monde — puisque c'est nous !
Mais ce cri de : Vive Vannée! qui nous appartient, voilà qu'une catégorie de gens l'accapare; voilà qu'on en fait le cri de ralliement d'un syndicat très
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mélangé. Tâchons un peu de voir ce qu'il y a dans le mélange.
D'abord, un certain nombre de personnages qui devraient éviter de parler de larmée, parce qu'ils n'en font pas et n'en ont jamais fait partie : des privilégiés qui se sont jadis « payé un homme », des exemptés, des réformés, tous les Coppée de la garde nationale sédentaire, les embusqués, les rizpain-sel, les cocardiers du magasin d'habillement, la multitude des infirmes qui rêvent l'extermination des hommes valides pour hériter de leurs places et de leurs femmes.
Désormais, à tout individu qui fait la parade patriotique devant le peuple, il faut demander quel est son droit: qu'il montre donc son livret, qu'il prouve son inscription sur les contrôles d'un corps combattant — ou qu'il se taise.
Vive l'armée ! crie une prétendue « Jeunesse des écoles ». Qu'est-ce qui lui prend? Tous ces dispensés, qui chassent éperdûment n'importe quel diplôme de n'importe quelle Ecole pour esquiver deux ans de caserne sur trois, mettent un peu trop d'effronterie dans leur manifestation militariste. Ils n'accomplissent qu'une année de service, eux; ils restent à la porte du foyer paternel, eux; ils sont à l'abri des expéditions coloniales, eux.
Ils font même quelquefois une bonne affaire; sous la loi de 1872, ils payaient à l'Etat 1,500 francs
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pour servir une seule année comme simples soldais ; sous la loi « égalilaire » de 1889, ils n'ont qu'à passer par l'Ecole centrale ou TEcole forestière, qu'à sortir de Polytechnique dans les carrières civiles, pour servir une seule année comme officiers. Au lieu de payer 1,500 francs, ils reçoivent 2,500 francs de solde; ils ont leur appartement, leur valet de chambre, échappent à la caserne et réalisent un bénéfice de 1,000 francs. Quelle patriotique abnéjjjation ! Comme ça leur va de jouer l'enthousiasme ! Vive l'armée! déclament fièrement des gentilshommes qui se disent antisémites pour supprimer un de ces jours leurs créanciers juifs. Mais le drôle d'antisémitisme, qui s'affiche entre M.Arthur Meyer et M. Edmond Blanc ! Ces nobles seigneurs abusent de notre candeur ; ils ne sont pas si brouillés que ça avec la Judenstrasse ; leurs pères ont contracté les premiers liens avec Francfort quand ils trahissaient la patrie à Coblentz. Et ceux d'aujourd'hui font très bien les affaires de Rothschild au Parlement ; ils dînent chez les Juifs, chassent chez les Juifs, reçoivent des jetons de présence dans les conseils d'administration des banques juives, sollicitent pour leurs rejetons la dot des héritières juives; Gyp, aimable indiscrète, assure même qu'ils font volontiers entretenir leurs femmes et leurs ménages par les sous-Rothschild. L'armée doit rougir d'être acclamée dans cet Aquarium.
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Vivr tarniéc! grince Billot, général politicien, <{ui a contribué dans la mesure de ses moyens au\ catastrophes nationales, qui a causé le désespoir de Bourbaki, la perte de Parmée de l'Est, l'efTondrement des derniers espoirs; Billot, à qui ses anciens chefs tournaient le dos à l'Assemblée nationale ; Billot, dont le nom réunit pour l'invective des adversaires acharnés ; Billot, qui a conduit à la déroute les débris de l'ancienne armée, et qui a maintenu l'armée d'aujourd'hui dans la plus anarchique <lécomposition.
F/ve /'armée/ répète M. de Rochefort, ébahi et grisé d'avoir trouvé l'état-major général dans son antichambre. Eternel farceur, anticlérical avec le comte de Mun, antisémite avec l'horrible juif Naquet, anticésarien pour faire le Bas-Empire de Boulanger, il est tout ce qu'on veut. Mais où donc a-t-il été soldat? ne va-t-on pas lui raser son toupet, lui mettre un képi sur la tête, une capote sur le dos, à ce guerrier frénétique ? Où donc s'est-il jamais battu? pas plus dans les rangs de la Commune que dans les rangs de la Défense nationale. Il s'est toujours contenté de faire tuer les autres, pour gagmn- :2,'j2,000 francs de rente à célébrer les conseils de guerre et le huis clos.
Vice Varmi'-c! répond au marquis le comte de Mun. Il est soldat, celui-là. Mais de quelle armée ? Lorsqu'il occupe la tribune, il nous semble, à nous
dont les pères ont toujours combattu de ce côté-ci de la frontière, que nous entendons sonnerie manifeste de Brunswick; et tout notre être en frémit. Quand M. de Mun dit Mvc Vfirmée! l'écho redit Vive l'armée de Condé !
La forte phalange des partisans du huis clos s'avance à son tour: Vive l'armée! Comme si les arguments du huis clos n'infligeaient pas à cette armée une sanglante injure. Nous ne pouvons prononcer le nom de l'Allemagne ; nous tremblons que Guillaume II ne fronce le sourcil; nos vingt-huit milliards de dépenses militaires, et Falliance russe, et tant de boniments sur « le relèvement de la France ■ ou « la reconstitution de nos forces militaires » ne servent de rien. Nous ne sommes pas libres; nous ne sommes pas maîtres chez nous. Pour glorifier l'armée, on lui jette à la face qu'elle n'est pas cap.tblc d'assurer la dignité de la patrie ; on la traite comme un troupeau de sauve-qui-peut ! et ses chefs comme autant de Bazaines et de Trochus. On ajoute Fi/;c /'arotee.' C'est cocasse.
Enfin voici tous les Cornély qui soupirent: « Vive l'armée! » à la fusillade des Mauvais Bergers. Ils comprennent ainsi la mission de l'armée, à la mode de Galliffet. Ils pleurent d'attendrissement autour de « nos petits soldats ». Or, ces petits soldats étaient hier et seront demain des travailleurs de la terre ou de l'usine. Habillés en soldats, on les fia-
gorne; on implore l'assistance de leurs fusils pour défendre la caisse; on les pelote impudemment. Habillés en ouvriers, on les gruge, on les saigne à blanc, on les insulte, on les appelle « ivrognes » et « bourriques » et « vauriens »; on les mitraille. Ce sont les mêmes hommes: on suppose donc qu'ils ont la mémoire défaillante ou le jugement stupide?
Qu'on les égare ou non, les soldats ne doivent pas plus que leurs chefs se mêler des dissensions civiles. L'armée n'a qu'un rôle : s'enfermer dans ses casernes et se tenir prête «aux combats contre l'étranger.
Devant l'ennemi, les chefs sont nos chefs. En temps de paix, à l'intérieur, ils sont de simples fonctionnaires au service de la nation. Leur immixtion dans les querelles civiles, contre une partie des citoyens qui les rétribuent, serait un crime inexpiable.
Quant aux soldats en service actif, non seulement ils ne sont pas la nation, mais ils ne sont pas même l'armée. Au nombre de quatre cent mille, ils ne représentent pas la septième partie de l'armée, qui compte trois millions de citoyens. L'armée active n'est qu'un vaste bataillon scolaire, où chacun subit une période d'instruction, à l'entrée des vingt-cinq ans de sujétion militaire.
Les soldats actifs ne sont ni plus ni moins soldats que nous. Ils sont nos fils ou nos petits frères.
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Nous les aimons comme on aime son fils ou son petit frère. Mais nous ne pourrions pas souffrir que notre fils ou notre petit frère nous fît la loi, sous^ prétexte qu'il a des boutons de métal à son paletot.
En mémoire d'une revue de troupes passée le 17 septembre 1891 par le président Carnot — la. Minerve tutélaire des panamistes — on avait élevé un premier monument à Vitry-le-François; on en a, inauguré un second à Matignicourt. Musique, discours, banquet, vin d'honneur et bal, rien ne manquait au programme.
La Chambre, depuis dix ans, est assaillie de pétitions et de propositions de loi qui réclament la création d'un insigne nouveau, d'une décoration que porteraient tous les anciens combattants de la guerre fatale, en l'honneur des catatrophes de la Patrie.
Nos pères célébraient leurs victoires; nous tirons vanité de nos défaites, et nous nous regardons comme des héros, parce que nous avons fait défiler quelques régiments sur notre propre sol. Il nous faut deux monuments pour une vaine parade, et des médailles d'honneur pour une série de désastres sans nom. ïSous sommes de terribles patriotes, des
patriotes comme on n'en voit pas ailleurs — où le patriotisme comporte un peu de sens moral et de pudeur.
Jamais peuple n'a plus redouté la guerre que celui-ci ne la craint, depuis que tout le monde y va. Ce n'est pas la haine raisonnée de la violence, l'horreur du sang à répandre ; c'est la peur toute crue des coups à recevoir. Au Grand Guignol, chaque soir, le curé de Mademoiselle F?!/i recueillait deux salves d'applaudissements convaincus, en expliquant les avantages et la sécurité de ce qu'il appelle la « protestation du silence ».
Jamais peuple n'a plus exécré la caserne et ses souillures que ne fait celui-ci, depuis que sa jeunesse entière est encasernée.
Jamais peuple, après de plus prodigieux sacrifices, ne l'ut moins prêt à soutenir une lutte que nous ne le sommes aujourd'hui, avec notre fiction de marine et notre décor d'armée.
Le fameux rapport Cavaignac avait prédit « l'effondrement » de toute cette machine de carton au premier choc ; la sinistre expédition de Madagascar a vérifié tout de suite l'oracle. Alors que l'Espagne ruinée a pu, par ses propres ressources, transporter deux cent mille hommes à Cuba, la France aux nombreux milliards n'a expédié quinze mille hommes à Madagascar qu'avec le concours de la marine anglaise. Une guerre pré-
parée pendant une année, à grand renfort de millions, contre une poignée de sauvages qui n'ont pas même combattu, a dévoilé le néant de notre organisation militaire, l'incurable nullité du haut commandement, la stupidité féroce de la bureaucratie. Trait pour trait, en de moindres proportions, le drame de 1870 a recommencé... Hier encore, à Bezons, dans une comédie de défense de Paris, le corps du génie a renouvelé ses exploits du vrai siège ; il n'a pas plus réussi à jeter ses ponts sur la Seine qu'il n'avait réussi naguère à les jeter sur la Marne pour la sortie de Champigny. Après vingtsix ans d'efforts et vingt-huit milliards consumés, tout est au même point.
Or, dans cette épouvante de la guerre, dans cette incapacité de la soutenir, les badauds français redoublent de cabotinage belliqueux. Ils jettent à tous les vents, depuis un quart de siècle, les harangues enllammées et des détis vengeurs. Au caféconcert, entre le couplet sur les belles-mères et le couplet sur les cocus, le pitre entonne la strophe de la revanche sous un tonnerre d'applaudissements. La population de Paris ferait plutôt mourir mille soldats d'insolation que de renoncer à la représentation truquée du 14 juillet. Les distributions de prix résonnent d'allocutions patriotiques, adressées aux jeunes élèves par des personnages officiels qui n'ont jamais port*' l'uniforme et qui saj/ent déro-
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ber au service leurs fils ou leurs neveux. Dans lee» Salons de peinture, depuis vingt-cinq ans, plus de cadavres allemands ont jonché les champs de bataille, plus de prisonniers allemands ont défilé sur les tableaux, que l'Allemagne n'avait mis d'hommes en ligne pendant toute la guerre.
Et le monument de Matignicourt s'ajoutait à propos au monument du général de Miribel, élevé quelques semaines plus tôt. Il est naturel de fêter comme un triomphe la manœuvre de quelques troupes, quand on vient de déifier comme un triomphateur le stratège qui n'a point fait la guerre. Si Miribel avait fait la guerre, si les troupes de Matignicourt avaient fait la guerre, si Miribel avait commandé à la guerre les troupes de Matignicourt, peut-être que nous aurions remporté la victoire. Eh bien, sans risquer le coup, célébrons-la toujours... C'est plus sûr.
A la guerre pour de vrai, Turenne fut battu ; Miribel, jamais. Ne pas livrer de bataille est encore le seul moyen de ne pas en perdre. Il suffit de prouver par des graphiques et des grimoires qu'on les aurait toutes gagnées. Vite une statue à ce chef habile qui, seul de son espèce, n'aura point coûté de larmes à la Patrie. Aussi bien son apothéose est la nôtre, à nous, journalistes qui nous mêlons d'étudier les questions militaires sans avoir commandé des armées devant l'ennemi. On nous traite
de généraux en chambre : nous avons pour patron Miribel.
Un autre statufié de fraîche date, malheureusement, n'a pas exercé sur le papier. C'est Canrobert, érigé à Saint-Céré, dans une pose de bravache que ne justifient point ses actes. En dehors des fusillades parisiennes, la carrière du fameux soldat se résume en deux sièges. Assiégeant Sébastopol, il n'a pas pu la prendre ; assiégé dans Metz, il l'a livrée. Pendant vingt ans, il avait palpé deux cent mille francs de traitement, et des honneurs, et du panache, à condition de « vaincre ou mourir » au jour de la lutte. Morts ou victorieux, tous nos Ducrots ne connaissaient que ça. Ils se sont fait battre ; ils ne sont pas morts : ils se sopt rendus.
Voilà l'exemple proposé aux chefs de l'avenir.
On n'a fusillé ni Bazaine, ni Dreyfus, prétendu coupable; mais on a fusillé Rossel, malgré la camaraderie, parce qu'il avait eu des velléités de résistance à Metz. On a glorifié les hommes qui n'avaient pas voulu défendre Paris ; on a conspué Denfert- Rochereau qui avait conservé Belfort à la France.
Parmi les grands traîtres de notre histoire militaire, Bernadotte est un des plus notables. Dix fois il avait trahi dans les rangs français, avant d'écraser les Français et d'envahir la France à la tête d'une armée ennemie. A Pau, le quartier d'infanterie s'appelle aujourd'hui caserne Bo'uadottp. Et
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l'amiral Duperré, déserteur de l'Année terrible, est devenu grand-croix de la Légion d'honneur après avoir persécuté pendant vingt ans, comme chef suprême, les braves dont l'héroïsme avait soufileté sa honte.
L'apothéose de la capitulation, de la désertion, de la trahison, est la leçon qu'on offre de toutes parts aux chefs, aux soldats, au peuple. « Capitulez ! leur crie-t-on, désertez! trahissez! le Panthéon vous est ouvert. »
Alors, contentons-nous toujours des victoires gagnées aux grandes manœuvres, et des stratèges invincibles sur papier. Nous ne serons que ridicules.
Chaque année, à l'automne, plus de deux cent mille jeunes Français, conscrits ou engagés volontaires, endossent l'uniforme. La caserne va les moraliser.
Si Tatroce Vacher avait égorgé, mutilé, violé cinq cent mille créatures humaines, il serait un héros, l'objet du culte populaire. S'il en avait tué cinquante mille, on le glorifierait encore comme un grand général ou comme un grand ministre. S'il n'en avait tué qu'une, on lui couperait le cou. Parce qu'il en a tué dix-neuf, on l'enfermera dans un asile d'aliénés. Mais s'il lui a manqué une armée pour être Alexandre ou Napoléon, il a du moins commandé une demi-section ; au témoignage de son ancien colonel du 60" de ligne, il a été un excellent sous-offîcier. La caserne l'avait moralisé.
La moralisation par la caserne est le grand argu-
16 l'armer contrk la .nation
ment des adeptes du service de trois ans. Aux propositions de réduction du service, les militaristes n'objectent plus guère de raisons techniques ; presque tous conviennent qu'en peu de mois,, surtout s'il a déjà reçu quelque instruction prépatoire, le soldatpeut être mis en état de paraître sur le champ de bataille. Mais ils veulent le retenir trois ans à la caserne pour lui inculquer l'esprit militaire, les vertus militaires, sans lesquelles ils jugent qu'un citoyen n'est pas complet.
Or l'esprit militaire ne s'acquiert pas à la caserne ; il s'acquiert à la guerre. Les soldats du premier Empire, les modèles du genre, s'imprégnaient de l'esprit militaire dans leurs perpétuelles campagnes^ et non dans les casernes où ils ne vivaient point. Si l'esprit militaire, au lieu d'être une des plus détestables formes de la barbarie, constituait réellement une vertu, ce serait encore l'acheter trop cher que de faire la guerre dix ans pour le ressusciter.
La caserne ne le donne point. Elle est seulement l'école de tous les vices crapuleux : de la fainéantise, du mensonge, de la délation, de l'impudeur, de la débauche sale, de la lâcheté morale et de l'ivrognerie. Depuis que l'Europe entière subit le fléau du militarisme, l'espèce humaine y a descendu de plusieurs degrés. La vitalité surprenante et les progrès en tous genres de la race anglo-saxonne,
dont on cherche des explications plus ou moins ingénieuses, proviennent assurément de ce qu'elle échappe à l'action corruptrice et dégradante de la caserne.
Un récent et cocasse grand-maître de FUniversité, M. Rambaud, racontait que l'alcoolisme « est un legs de la barbarie ». L'alcoolisme universel qui gangrène la race française ne remonte pas si haut ; il est un produit de la caserne. La multiplication infinie des débits et des brasseries, où la nation entière, sans distinction de situations sociales, s'empoisonne maintenant, coïncide avec l'encasernement de la jeunesse. Au régiment, boire est le seul divertissement ; boire davantage est l'objet de toute émulation ; payer à boire est la source de toute considération. A ce régime, un peuple jadis réputé pour sa sobriété a contracté la maladie de- Coupeau. Il faut aux Français des débits de boissons, même en chemin de fer ; ils vont de Paris à Versailles en buvant.
La caserne pourrit la France d'alcoolisme et de syphilis. Et qui donc l'impose au peuple ? Ceux qui n'y vont guère, et ceux qui ny vont point.
La réponse est toujours la même.
Parmi les civils, sont partisans du service de trois ans, c'est-à-dire, de l'encasernement prolongé, de la dégradation obligatoire : — d'abord les exemptés, les réformés, tous ceux qui par fraude ou par
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infirmités se dérobenl au service militaire, et qui poussent à remprisonnement des hommes valides, comme ils poussent à là guerre exterminatrice, pour déblayer le terrain ; — ensuite les législateurs gras, les bourgeois graves, qui n'ont jamais acquitté leur dette militaire et qui, par tous les moyens, savent y soustraire leur progéniture.
Ils ont, pour eux et pour les leurs, le service d'un an. Pour le peuple, ils exigent trois ans de caserne.
Une année de service, à vingt ans, nest pas malsaine; elle dégourdit, elle fortifie le cher garçon ; elle ne l'expose point aux expéditions lointaines. Trois années de caserne, en France, perdent un jeune homme, ou le livrent en proie aux tueries coloniales. Un an, c'est pour les fils de bourgeois, de députés, de journalistes dociles. Trois ans, c'est pour les fils du peuple.
L'encasernement prolongé des soldats pauvi^es est aussi réclamé par beaucoup de militaires professionnels ; non pas par tous, car de nombreux officiers acceptent la réduction du temps de service ; mais par les grands chefs.
C'est-à-dire par qui ?
Par ceux qui ont esquivé la caserne.
11 'faut faire attention que ceci n'est pas un paradoxe ; le sujet est sérieux, et le raisonnement rigoureux.
Presque tous les officiers qui occupent actuelle-
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nient et qui occuperont dans l'avenir les grades élevés, qui pèsent d'un grand poids sur les décisions législatives en fait d'organisation militaire, <;t qui résistent à la réduction du temps de caserne, sont sortis des Ecoles : ils n'ont point passé par la caserne.
On pourrait dire qu'ils n'ont pas accompli de service militaire. Une fois officiers, ils font leur carrière de la même façon que les fonctionnaires civils ; c'est pour eux-mêmes qu'ils travaillent. Le Polytechnicien sorti dans l'arlillerio suit la filière et chauffe son avancement comme le Polytechnicien sorti dans les tabacs. Quant au séjour à l'Ecole, dans des conditions enviables, sous un uniforme élégant et populaire, dans un- milieu intelligent, parmi des travaux et des enseignements précieux, il ne ressemble en rien à un sacrifice civique ; il n'a rien de commun avec le service au régiment.
Dans la réserve aussi, un très grand nombre d'officiers sortent des. Ecoles : de l'Ecole forestière, de l'Ecole centrale, de l'Ecole polytechnique (carrières civiles). Sans avoir jamais été soldats, ils obtiennent l'épaulette, et font une seule année de service effectif en qualité de sous-lieutenants.
Si c'était là le service militaire, il n'y a pas de jeune Français qui ne fût très zélé pour l'accomplir. Un uniforme vainqueur, 2.500 francs d'appointements, un sabre, une chambre en ville, un valet
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de chambre gratuit : quel rêve à vingt ans !... Mais le vrai service militaire, c'est le fusil, le sac terrible, les atroces godillots, les nippes crasseuses, la pelade, la typhoïde, les répugnantes corvées, les vomissements d'ivrognes, la chambrée nauséabonde, les violences et les grossièretés d'un supérieur, l'alternative de se déshonorer en les subissant ou de briser son existence en les châtiant.
Voilà ce que la plupart des officiers ne connaissent pas. Ils ne connaissent pas la caserne : comment peuvent-ils en préconiser les vertus ? Ils n'y sont point allés : comment osent-ils exiger qu'on y enferme les autres ?
En France, en République démocratique, il n'y a qu'un moyen d'échapper à la caserne : c'est de porter l'épaulette ; il n'y a qu'un moyen de ne pas être soldat : c'est de se faire officier.
Le cavalier Jannin, condamné à mort par le conseil de guerre de Versailles pour une peccadille, au commencement de 189H, a été gracié par Félix er> l'honneur de Wilhelniine.
II. est bien heureux pour Jannin que la Hollande possède une reine. L'auguste gendre de Belluot, qui reçoit sur le pouce le président de la République
helvétique, n'aurait pas accordé la grâce de Jannin au simple président d'une République batave. On ne se fait de telles galanteries qu'entre tètes couronnées.
« Qu'ofTrirai-je à Votre Majesté, pour lui être agréable ? une poupée ? un sac de bonbons ? la vie d'un manant? » Cela est tout à fait talon rouge, pour ne pas dire Œil-de-bœuf. Quelle admirable civilisation, quelle haute dignité, que celles du pays où le premier tanneur venu peut ainsi faire des gentillesses avec la peau d'un citoyen ! Nos républicains français en pleurent d'attendrissement.
Chez les sauvages du centre de l'Afrique, il arrive aussi que des voyageurs sauvent un condamné du supplice. Pour un collier de faux corail, pour une bouteille de rhum, pour une chique de tabac, le roi nègre cède à l'explorateur la victime que tenaient déjà les bourreaux. Mais il la cède complètement, loyalement ; il ne remplace pas la mort par une longue torture. Félix est plus canaille que Behanzin : il avait promis à Wilhelmine de ne pas tuer Jannin d'un coup ; mais il s'est réservé de le faire tuer en détail par les gardes-chiourmes de Biribi. Pourquoi Wilhelmine n'a-t-elle pas emmené Jannin comme esclave ?
Peut-être que les huit années de martyre infligées au petit soldat sufliront au patriotisme du
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barreau de Paris. Nos robins d'ici ne se consolaient pas d'avoir été moins bas devant la Botte que ceux de Nancy — de ne s'être mis qu'à genoux quand les autres s'étaient jetés à plat ventre. Ils se sont bien rattrapés. Ces pnvilégiés de l'argent, privilégiés d'un monopole judiciaire injustifiable, privilégiée: du service d'un an, vénèrent dans Tarmée prétorienne la sauvegarde de leurs privilèges. Réfractaires à la caserne, ils préfèrent affirmer leur amour de Tuniforme en réclamant le peloton d'exécution pour le soldat du service de trois ans. Ils n'auront pas ce cadavre : ils ont commis une lâcheté pour rien.
Nos braves officiers le déplorent. Félix n'a pas mesuré la portée de la sentence du conseil de guerre, avant de la briser. Pour une pauvre bonne action qui lui échappe, il encourt de grandes responsabilités; il a dérangé de graves combinaisons politiques.
Il ne s'agissait pas de tuer un Français de plus ou de moins : depuis Madagascar, ces messieurs n'en sont plus à ça près. Mais il s'agissait d'acclimater à nouveau en France le sport de la fusillade, qu'on a si imprudemment relégué en Algérie ; il fallait éprouver, en France, la docilité des soldats français à tuer un de leurs camarades, et la patience du peuple français à voir tuer un de ses enfants. Il fallait fusiller un homme aux portes de Paris, pour
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tàter les Parisiens. Il fallait relever le poteau de Satory, qui peut servir bientôt. Il fallait n)ettre la détonation des douze fusils meurtriers dans l'oreille des jurés versaillais, à la veille du second procès Zola. Rrran !... Le verdict était enlevé.
Pour faire le joli cœur auprès d'une petite fille, voilà que le Vieux Marcheur de l'Elysée dérange tout. L'état-major n'a pas de chance. Il ne peut pourtant pas fusiller l'amiral Duperré, pour désertion devant l'ennemi, ou le général Billot pour ses mensonges, ou l'amiral Besnard pour ses faux ; il ne peut pas fusiller tous les voleurs galonnés que leurs supérieurs prennent la main dans le sac : ils sont trop, et Cochery les utilise comme percepteurs ; il ne peut pas fusiller le lieutenant incestueux, adultère, meurtrier, déserteur, que le conseil de guerre d'Orléans a condamné dernièrement à quelques mois de prison : ces peccadilles, chez un officier, ne comptent pas. On sera réduit à fusiller un journaliste, à moins que la « Petite Place » de Versailles ne fournisse un nouveau Jannin.
Quand il a perpétré son « crime », Jannin était ivre, et sortait d'un mauvais lieu.
Un journaliste de l'état-major a soutenu naguère, en dix chroniques patriotiques, que le vrai soldat républicain se formait à l'esprit militaire dans ces établissements innommables. Telle est, sans doute, la doctrine des chefs sur l'éducation des recrues.
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puisqu'un de leurs plus frénétiques flagorneurs la propageait. Et rien ne sert mieux l'intérêt de la •caste nantie que la dépravation systématique de la multitude exploitable.
Avant d'arriver à la caserne, Jannin était un brave en'ant. Lien élevé par ses parents. La lettre qu'on a publiée, et qui a touché toute la France, sauf les gens du conseil de guerre et les gens du barreau de Paris, témoigne des honnêtes sentiments de cette famille. Soldat, Jannin s'enivre, Jannin se débauche. Il y a des Jannins par centaines de mille. La caserne les a reçus propres ; elles les rend souillés.
La caserne est un instrument de domination, surtout parce qu'elle est un instrument de corruption. La bourgeoisie gouvernante préserve soigneusement ses fils de ce cloaque; ceux qu'elle n'arrive pas à faire exempter, ou à bombarder ofliciers au sortir d'une Ecole, elle ne les livre au régiment qu'une année, coupée de beaucoup de permissions. Les enfants des pauvres y restent trois ans : un an pour apprendre le métier de soldat, deux ans pour apprendre la fainéantise, le mensonge, 1 hypocrisie, la bassesse devant les supérieurs, la brutalité, toutes les lâchetés morales, et pour devenir la proie de l'alcoolisme et de la syphilis.
Peuple vicié, peuple abêti, peuple asservi.
On enseigne à de malheureux garçons que l'ivro-
gnerie et la débauche sont de glorieux signes de virilité. Pour toujours, ils restent les esclaves de leurs vices ; et leurs vices les mettent à la merci de la classe exploitante. Si le principe même du service militaire répond à l'idée de défense nationale, l'organisation du service militaire prolongé outre mesure répond à une idée politique. On déprime le peuple afin de le gouverner.
Le jour où tous les Jannins de France auraient cessé de boire et commencé de réfléchir, ils n'auraient plus à demander grâce à leurs maîtres. Ce serait à eux de voir s'ils doivent faire grâce.
[. Ce qu'ils sont.
Dans un tramway, deux citoyens échangeaient des propos qui témoignaient d'une superstition médiocre à l'égard du célèbre Honneur-de-l'armée ; un officier les écoutait sans souffler mot ; au bout de la ligne, il descendit, requit un mouchard pour filer les deux voyageurs, et rédigea une dénonciation qu'il envoya au gouverneur de Paris. Notre glorieux généralissime porta plainte au parquet, et les deux citoyens furent poursuivis pour offense au Pouvoir militaire.
Il se révèle décidément dans le monde militaire un nombre excessif de vocations policières. Excités par l'avancement que procurent les descentes de police et les perquisitions illégales aux colonels ou aux capitaines de vaisseau, voici que d'autres guer-
riers s'offrent aux besognes de roussins. Parmi les soudards de Napoléon, qui du moins étaient de vrais soldats, on n'aurait pas trouvé cette émulation. Peut-être aura-t-on l'idée de fondre un de ces jours la Grande Muette avec les brigades centrales : en même temps qu'une simplification administrative, ce sera la réalisation du projet de M. de Galliffet, qui réduisait l'armée nationale au rôle « d'une vaste gendarmerie assurant l'ordre à l'intérieur ».
Il ne faut pas prendre les choses trop au tragique, entre concitoyens ; il vaut mieux essayer, d'abord, de dissiper les préjugés chez les hommes qu'ils égarent. Le jeune militaire qui a cru venger les humiliations de nos grands chefs en livrant deux « civils » aux justiciards est probablement un brave garçon ; mais l'élégance de son uniforme et l'éclat de ses dorures l'enivrent au point qu'il n'a jamais médité sur la situation respective des militaires professionnels et du reste de la nation.
Les militaires professionnels sont vingt-cinq mille, et le reste de la nation comprend trente huit millions de Français, dont trois millions de soldats. Les militaires professionnels sont payés ; c'est les autres citoyens qui les payent. A ceux qui payent appartient le droit de parler, de juger, de blâmer, •de commander. Voilà la chose en raccourci.
En France, on ne sait comment, s'est implantée
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cette coutume absurde d'accorder pleine liberté d'insolence et de violence envers le public à quiconque est entretenu par le public. Depuis le plus humble rond-de-cuir, depuis le recors ou le gabelou famélique jusqu'au Budgétivore de l'Elysée, tout parasite nourri à nos frais se regarde comme une espèce de sultan. Pas un patron ne souffrirait de son employé, pas un bourgeois n'endurerait de sa cuisinière, pas un ouvrier ne supporterait de son traiteur la centième partie des grossièretés ou des avanies que nous acceptons tous des fonctionnaires, nos salariés.
Les fonctionnaires militaires sont nos salariés au même litre que les fonctionnaires civils. Et l'on ne voit pas du tout, en somme, sur quoi se fonde la prétendue distinction des fonctionnaires civils et des fonctionnaires militaires. En temps de guerre, tous les Français en état de porter les armes sont militaires ; en temps de paix, tous les Français sont civils.
Ici, comme en bien d'autres matières, nous nous laissons abuser par des mots dépourvus de sens, par des mots qui ne répondent plus à rien de réel, par des mots dont l'ancien objet a disparu. Jadis, on appelait militaires les hommes chargés de se battre pour le reste de la nation, tandis que les civils continuaient de travailler tranquillement,, sauf à fournir quelque supplément d'impôt. Main-
tenant, nous ne ctiargeons personne de se battre à notre place ; nous opérons nous-mêmes ; nous sommes nous-mêmes les militaires, quand il y a lieu.
Alors, les vagues prérogatives que réclamaient les guerriers spécialistes, avec une apparence de raison, sont désormais injustifiables.
Les officiers sont simplement des fonctionnaires que nous chargeons de préparer la guerre, pour le cas improbable où nous nous déciderions à la faire. ■• La plupart d'entre eux n"en veulent pas plus que nous. Ils ont l'existence la plus paisible, la plus sédentaire, la plus réglée qu'un bon employé puisse rêver. Ils nous enseignent le maniement du fusil, l'équitation ou le service en campagne, comme nos professeurs de l'école et du lycée nous enseignaient la géographie ou la gymnastique.
Ils s'ennuient. La monotonie de leurs occupations et la lenteur de l'avancement exaspèrent les mieux doués, atrophient les autres. Dans leurs ménages et dans leurs mess, ils connaissent toutes les misères de la vie médiocre. Les riches n'ont pas la liberté de jouir avec intelligence de leur argent ; les pauvres se débattent dans d'horribles difficultés. Ils comptent dans leurs rangs la même proportion d'honnêtes gens et de gredins que les autres corporations.
Seulement, la terreur perpétuelle des responsa-
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bilités, le respect de la hiérarchie, le poids de la discipline, l'étroitesse des horizons, la nécessité des petites platitudes pour avancer dans la carrière, peuvent entraîner une certaine dépression morale. Et la multiplicité des besognes ingrates, des agitations sans but, empêchant toute étude féconde, peutentraîner aussi une certaine dépression intellectuelle. Ceux qui s'en préservent méritent l'admiration, car ils font preuve d'une rare volonté. Ce n'est point, en tout cas, dans les bibliothèques de régiment qu'ils trouvent à nourrir leur pensée ; les catalogues n'y comportent guère que le roman pour petites femmes : et les ouvrages français intéressant l'armée passent en totalité dans les bibliothèques militaires allemandes... Il est vrai que ceux de là-bas lisent le français, et que ceux d'ici ne lisent pas l'allemand.
En cas de guerre, il faut des chefs. Nos officiers nous en serviront; mais ils ne sont pas plus soldats que nous ; la plupart le sont moins, puisqu'ils n'ont pas fait de service militaire proprement dit, ayant esquivé les dégoûts et les souffrances de la caserne. Le nombre des candidats aux Ecoles militaires a subitement triplé du jour où la loi de 18-9 n'a pas laissé d'autre moyen pour n'être pas soldat que de se faire officier.
Quand les officiers iront à la guerre, c'est que nous irons. Quand nous n'y allons pas, il n'y vont pas.
L'officier qui aura consommé sans produire depuis vingt ans, et l'ouvrier ou l'artiste qui ne s'est jamais relàcfié de son travail productif pour vivre en faisant vivre aussi l'officier, feront la guerre ensemble. Mais l'officier courra plusieurs chances de profit, et beaucoup moins de risques.
Plusieurs chances de profit : les honneurs, les décorations, les grades à l'officier survivant ; la croix, une pension, un emploi, à Tofficier blessé ; une pension à la veuve et aux orphelins de l'officier mort. Tandis que le citoyen survivant trouvera sa femme et ses enfants morts de faim à son retour ; s'il est tué, sa femme et ses enfants mourront de faim ; s'il est mutilé, il mourra de faim ; s'il peut travailler encore, il travaillera pour payer la pension des autres.
A la guerre, on meurt un peu de la mitraille, qui ne connaît pas les grades. Mais on meurt surtout de fatigue et de misère ; on meurt de porter le sai' et de manquer de pain. Lofficier, d'ailleurs bien entraîné, ne porte pas le sac et ne manque pas de pain. A Madagascar, où les fonctionnaires mililaitaires ont fait périr une armée sans combat, il est mort '1 soldat sur 3 ; dans certains corps, o soldais sur 5 ; il est mort / officier sur l 7 .
Par une fiction souvent choquante et ridicule, nous voulons obéir en bons soldats aux officiers qui nous commanderont devant l'ennemi. Cette
fiction est nécessaire, mais fragile ; dans l'intérêt même de la patrie, ceux qui en profitent devraient la ménager.