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CHAPITRE Vil

LA MAISON DU ROI

Son origine et sa constitution. — L'ordre de préséance. — Les Gardes du corps et les Gardes de la manche. — Le prix des charges. — Les Gendarmes de la garde et les Chevau-légers. — Les Mousquetaires. — Les Grenadiers à cheval. — Les Cent-Suisses. — Les Gardes de la Porte. — La Gendarmerie. — Les exploits de la Maison militaire. — Causes de sa décadence. — Ce qu'elle était en 1775. — La réforme du comte de Saint-Germain.

De tout temps les rois se sont entourés de corps d'élite, français ou étrangers, pour l'éclat et la sécurité du trône. Si la Maison du roi a reçu de Louis XIV sa constitution régulière, les difTérents corps qui l'ont formée existaient bien avant l'ordonnance du 6 mai 1667. Chacun de ces corps avait son origine propre, ses traditions et son histoire. Mais en les groupant autour de lui, en leur assignant leur rang et leurs privilèges, le roi en a fait une véritable institution militaire dont l'histoire ne se sépare plus de l'histoire de la monarchie. « La Maison du roi, dit le duc d'Aumale, était àla fois une cavalerie d'élite, une pépinière d'officiers et une institution qui remplaçait les derniers débris de l'organisation féodale. »

Quand il a réglé en 1667 l'ordre de préséance des corps désormais attachés à sa personne, Louis XIV les a élevés au

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premier rang de la « Gendarmerie de France », c'est-à-dire des compagnies d'ordonnance instituées par Charles VII. En tête de toutes les troupes de sa Maison, figuraient les quatre compagnies des Gardes du corps et, au premier rang des quatre, la « compagnie écossaise ». Les trois autres prenaient rang selon ancienneté de leurs capitaines. Venaient ensuite dans l'ordre de préséance :

Les Gendarmes de Sa Majesté; Les Chevau-légers ; Les Gendarmes écossais ;

La première compagnie de Mousquetaires à cheval ; ^

La seconde compagnie de Mousquetaires à clieval ; Les compagnies de Gendarmes qui avaient le roi pour capitaine ; Les Gendarmes de la reine ; Les Ghevau-légers de la reine;

Les Gendarmes et les Chevau-légers du Dauphin, de Bourgogne, d'Anjou, de Berry et d'Orléans.

Cet ordre a subi quelques modifications dans le cours d'un siècle. Quelques-uns de ces corps ont disparu. D'autres, comme les Cent-Suisses ou les Grenadiers à cheval, ont pris un rang qu'ils n'avaient pas à l'origine. Mais si les rangs ont changé, les privilèges attachés à la Maison du roi ont duré autant qu'elle.

Les compagnies des Gardes du corps qui ont l'honneur de servir auprès du roi sont naturellement les plus recherchées. Les capitaines des Gardes appartiennent aux plus illustres familles. Depuis Louis XIV, ces charges ne sont occupées que par des maréchaux de France ou par des officiers en situation de le devenir. Lieutenants, aides-majors des Gardes du corps, sous-lieutenants ou guidons des Gendarmes de la garde ont rang de mestre de camp. Les porteétendards, brigadiers, sous-brigadiers des Gardes du corps, Gendarmes, Chevau-légers, Mousquetaires avaient le grade de lieutenant.

Les questions de rang et d'étiquette tiennent une très

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grande place dans les rivalités de ces corps à privilèges. Soii-

Garde du Roi.

Fac-similé d'une gravure d'Eisen pour la « Maison militaire du Roy » (Ribliothèque nationale).

vent, malgré toutes les précautions prises pour régler la préséance, de longues contestations se sont élevées entre

Gardes du corps et Gendarmes, par exemple, au sujet des places à occuper autour du carrosse du roi. 11 faut une ordonnance pour trancher le différend et décider que les chevaux des Gardes du corps seront « à la hauteur des roues de derrière, » les chevaux des Gendarmes « à la hauteur des roues de devant ».

Mais de toutes les faveurs, la plus enviée peut-être parce qu'elle contient en substance toutes les autres c'est le privilège de tous les chefs de corps de la Maison de ne rendre de comptes qu'au roi seul et de recevoir directement ses ordres.

Ils échappent ainsi à l'autorité des secrétaires d'Etat de la guerre. Ils ont l'expédition des brevets, des lettres d'anoblissement, des pensions, des décorations. Ils règlent sans contrôle le recrutement, l'organisation, la discipline de leurs compagnies. Ils participent à la distribution des grâces, comme on disait jadis, et leurs charges sont à la fois sources d'honneurs et de profits.

Des quatre compagnies des gardes du corps la plus ancienne et la plus recherchée était la « compagnie écossaise ». Elle avait été instituée, disait-on, par le comte de Buchan, fait connétable en 1423 pour services rendus à Charles VII. Jusqu'en 1561, la compagnie eut des capitaines originaires de l'Ecosse. Elle avait l'honneur de faire seule le service du soir à la porte du lieu où résidait le roi, à l'exclusion des trois autres compagnies.

C'est dans cette compagnie d'élite que sont choisis les vingt-quatre « Gardes de la manche » et leur chef, le « premier homme d'armes de France ». Dans leur costume d'apparat, les Gardes de la manche portent un justaucorps recouvert d'un corselet ou hoqueton à fond blanc brodé d'or. Sur le corselet brille un soleil avec la devise : « Nec phiribus impar. » iVrmés de la pertuisane, ils se tiennent auprès du roi dans les cérémonies, au sacre, aux lits de justice,

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(Fac-similé d'une gravure d'Eisen.)

aux entrées solennelles dans les villes. A la chapelle, le roi

a toujours un Garde de la manche à sa droite et un autre à sa gauche. L'institution des Gardes de la manche remontait à saint Louis qui, dans son voyage aux Lieux saints, avait confié à vingt-quatre Écossais la garde de son corps. Charles V y ajouta soixante-seize archers et Charles Vil en fit la première compagnie des Gardes du corps. Les Gardes de la manche avaient la tâche de veiller le roi mort, de déposer le corps dans le cercueil et de le conduire aux caveaux de Saint-Denis. Le a premier homme d'armes », établi par Charles VIL était choisi parmi les gardes les plus anciens.

Les autres compagnies des Gardes du corps avaient été créées : la seconde, sous Louis XI, en 1479, la troisième sous Louis XII, en 1514, la quatrième sous François P"", en 1545. Les Gardes du corps portaient Fhabit bleu, la culotte et les bas rouges. Chaque compagnie avait son étendard. Celui de la compagnie écossaise était de soie blanche; la deuxième com- })agnie avait l'étendard vert; la troisième bleu, la quatrième jaune, tous ornés d'un soleil et de la devise du roi-soleil.

Les Gardes du corps ne doivent le salut qu'au roi, à ses fils, à ses petits-fils, aux princes du sang, au général d'armée, s'il est maréchal de France, et au général de la cavalerie, une fois seulement quand il arrive et une fois quand il part. C'était, du reste, règle commune à tous les corps de la Maison. Le marquis de Nouant, à la tête des Gendarmes, refusa un jour le salut à Villars parce qu'il n'était encore que commissaire-général de la cavalerie.

En principe, les places de simples gardes ne devaient pas se vendre, mais on renouvelle si souvent les ordonnances contre leur vénalité que cet abus semble avoir eu la vie dure. La noblesse n'est pas non plus une condition rigoureusement indispensable. Dans une circulaire adressée aux chefs de corps et aux gouverneurs de province, Louvois demande seulement qu'ils soient « catholiques, grands, bien faits, barbus, âgés de plus de vingt-huit ans, tous, s'il se

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peut^ gentilshommes, ayant servi ceux-ci au moins deux ans, les autres au moins quatre ». Une ordonnance de 1758

Etendards des quatre compagnies des gardes du corps Roy.

1. Compagnie écossaise, étendard blanc, bandoulière blanche. — 2. Compagnie française, étendard vert, bandoulière verte. — 3. Compagnie française, étendard bleu, bandoulière bleue. — Compagnie française, étendard jaune, bandoulière jaune.

D'après Montigny: Uniformes de l'Armée française (1772).

exige un « maintien convenable, cinq pieds cinq pouces de taille au moins » ; ils seront gentilshommes « ou de familles vivant noblement ». Quinze ans de services donnent droit à

une commission de capitaine de cavalerie, assurent au roturier la noblesse militaire et permettent d'entrer comme officier aux Invalides.

En revanche, les moindres grades se vendent et se vendent même si cher qu'on a peine à trouver, pour les occuper, des sujets dont la naissance aille de pair avec la fortune.

La charge de capitaine de la compagnie écossaise monte à 180.000 livres; les autres compagnies coûtent en moyenne 150.000 livres. Les compagnies de Chevau-légers vont de 125 à 135.000 livres.

Une sous-lieutenance de Gendarmes estestimée 100.0001.

Une sous-lieutenance de Chevau-légers 95.0001.

Les enseignes et les cornettes 62.0001.

Les d.euxièmes cornettes 50.0001.

Et ces prix étaient toujours dépassés par les arrangements particuliers qui survenaient entre les familles.

Les Gendarmes de la garde, tirés de la Gendarmerie par Henri IV, ont été formés en compagnie en faveur du dauphin son fils. C'est donc l'élite d'un corps d'élite. Bien que cette création ait suivi celle des Chevau-légers de la garde, les Gendarmes ont pris rang immédiatement après les Gardes du corps, en vertu de la vieille tradition qui donnait à la « Gendarmerie » le pas sur tous les autres corps de cavalerie légère. Ils avaient môme jusqu'en 1665 le pas sur les Gardes du corps. A une revue passée à Vincennes, Louis XIV leur fit prendre la gauche et ils ont gardé depuis le second rang.

Tous les princes elles grands seigneurs avaient autrefois leurs Gendarmes, mais, dans la seconde moitié du xvii' siècle, on les attacha exclusivement au service personnel du roi et de la famille royale.

Les Gendarmes sont écuyers et commensaux de la Maison du roi; ils ont droit de Commitiïmus. Leur costume est ma-

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Fac-similé d'une gravure d'Eisen.

d20 . L'ARMEE DE L'ANCIEN REGIME

gnifique, tout écarlate avec parements de velours noir et des galons d'or sur toutes les coutures. Ils sont montés sur des chevaux gris. Ils portent Tépée, les pistolets, quelquefois la carabine. Sur leur étendard de satin blanc brodé d'or, on voit la foudre qui tombe du ciel avec la devise : « Quo jiibet iratus Jupiter. »

Compagnons de Henri IVauquel ils furent amenés parM.de la Curée avant que le roi n'eût reconquis son royaume, les Chevau-légers restèrent garde royale après le couronnement.

Une lettre de Henri IV les décharge eux, leurs femmes et leurs enfants, de tailles et emprunts. Quand ils pourront prouver qu'ils ont servi cinq ans sans discontinuer, « ils seront tenus et déclarés nobles » et jouiront des privilèges attachés aux gentilshommes de la Maison du roi. L'effectif de la compagnie fut porté à deux cents hommes après la paix de Vervins et maintenu à ce chiffre par Louis XIV.

Les privilèges des Chevau-légers ne diffèrent pas sensiblement de ceux des Gendarmes. Ils sont écuyers, commensaux, jouissent du droit de Committimus et ont l'honneur d'avoir le roi pour capitaine.

Ils portent, eux aussi, l'habit d'écarlate avec parements de velours noir et galons d'or mêlés de quelque argent pour les distinguer des Gendarmes. Sur leur étendard est représenté Jupiter foudroyant les géants avec la devise : « Sensere gigantes. »

En souvenir de la fraternité d'armes qui unissait les premiers Chevau-légers à Henri IV, tous les officiers appelaient les simples Chevau-légers « mon compagnon ».

De tous les corps de la Maison du roi, les deux compagnies de Mousquetaires étaient les plus populaires. La première avait été formée originairement du corps des Carabins du roi. Louis XIII, en 1622, changea leurs carabines en mousquets et se fit leur capitaine en 1634. Cassée en 1646, à

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Fac-similé d'une gravure d'Eisen,

1 instigation de Mazarin, elle fut réorganisée en 1657. La

seconde compagnie, levée en 1650 pour la garde du cardinal de Mazarin, passa, en 1661, dans la Maison du roi qui s'en fit aussi le capitaine.

Fantassins à l'origine, les Mousquetaires étaient encore rangés dans l'infanterie en 1665. Même quand ils furent montés, ils gardèrent quelques traces de leur ancienne origine. Ils servaient à pied et à cheval. Jusqu'en 1663, ils eurent des tambours, des fifres et des trompettes. Ils perdirent les trompettes et les fifres, mais ils conservèrent les tambours et battaient à cheval. Ils avaient à la fois l'étendard et le drapeau. C'étaient, en quelque sorte, les voltigeurs delà cavalerie, destinés, en campagne, à marcher en avant des Chevau-légers. Tout d'abord les Mousquetaires n'avaient pas « bouche à la Cour », comme on disait autrefois. Ils n'étaient employés chez le roi qu'à défaut des Gardes du corps. Mais ils deviurent bientôt commensaux, jouirent du droit de Commitîimus et de tous les privilèges attachés aux autres corps.

Habillés par le roi, les Mousquetaires devaient s'armer et s'équiper à leurs frais. Ils portaient des habits d'écarlate^ des soubrevestes bleues et galonnées sans manches et ornées de deux croix de velours blanc, l'une devant, l'autre derrière. Louis XIV leur avait enlevé la casaque primitive qui était gênante en campagne. Les deux compagnies, depuis 1673, avaient le même uniforme. Toutefois, l'uniforme de la première était galonnée d'or et les flammes qui se trouvaient aux angles des croix étaient rouges. La seconde avait les galons d'argent et les flammes feuille morte. On appelait quelquefois aussi les Mousquetaires de la première compagnie « Mousquetaires gris », ceux de la seconde « Mousquetaires noirs », à cause de la couleur de leurs chevaux.

Sur le drapeau des Mousquetaires gris, on voyait une bombe tombant sur une ville et la devise : « Quo mit et lethum. » Sur le drapeau des Mousquetaires noirs, un

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Fac-similé d'une gravure d'Eisen.

faisceau de douze dards empennés, la pointe en bas, et l'inscription : « Alterius Jovis altéra tela. ■»

Le prix des charges dans les deux compagnies avait triplé depuis Louis XIV. Les moindres emplois d'enseigne et de cornette dépassaient 200.000 livres. Il fallut plus de deux millions et demi pour les rembourser à la fin du xyiii' siècle. C'est dans les Mousquetaires que s'était formée longtemps la jeune noblesse. La plupart des officiers généraux, depuis Louis XIV, ne connurent pas d'autre école militaire.

Mais si le service des Mousquetaires était toujours très prisé de la noblesse, le prestige du corps avait sensiblement baissé. Ils étaient devenus moins sympathiques et quelque peu ridicules aux yeux de la population parisienne depuis qu'on les avait employés à renforcer la police et à porter les ordres d'arrestation aux membres du Parlement. Leur suppression, en 1775, excita moins de plaintes que de railleries, témoin ces couplets :

Aimables mousquetaires, Favoris des amours, Déchirez vos bannières Et brisez vos tambours.

Ils ne vous servent plus qu'il battre la retraite. On vous exile de Paris.

Sur la requête des maris Votre réforme est fuite.

Ralliant les Gendarmes Et les Ghevau-légers, Briguez d'autres alarmes Et de plus doux dangers.

Dans le cœur de Gypris portez la soubreveste. Gonsolez-vous, jeunes guerriers ; On vous arrache vos lauriers Mais le myrte vous reste.

Les Grenadiers à cheval furent créés et introduits dans la Maison du roi en 1674. On les tirait des grenadiers à pied déjà recrutés eux-mêmes parmi les meilleurs soldats de l'infanterie. On choisissait de préférence les plus beaux

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Fac-similé d'une gravure d'Eisen.

hommes, « grands, forts, braves et portant moustache ». Les Grenadiers à cheval formaient une compagnie de centcinquante maîtres. Une seule charge était vénale, celle du commissaire des guerres, qui valait à peu près cent mille livres. Ils portaient à la fois l'épée, les pistolets et le fusil. Sur leur étendard était représentée une pièce d'artifice crevant en l'air avec la devise : « Undiqiie terror, undique lethum. »

Des six mille Suisses que Louis XI avait pris à sa solde il en avait choisi cent, remarquables par leur taille et leur belle prestance, pour les attacher à son service particulier.

Cette compagnie de Cent-Suisses ne figure pas dans l'ordonnance de I6G7 qui règle l'état de la Maison du roi. Ils furent longtemps une garde plus domestique que militaire. Mais ils ont pris part aux campagnes de Louis XIV. Ils faisaient dans les marches et dans les sièges le même service que les quatre compagnies de Gardes du corps. Aussi, en \ 776, les officiers des Cent-Suisses furent-ils assimilés, pour les grades, aux officiers de l'infanterie française.

Le capitaine des Cent-Suisses précédait le roi dans les cérémonies, montait avec lui en carrosse en l'absence de la reine, servait la viande sur la table royale le jour où l'on faisait des chevaliers du Saint-Esprit.

Comme troupe d'apparat et d'antichambre, les Cent-Suisses se distinguent par le luxe et l'éclat de leur double costume : l'un ordinaire à la livrée du roi; l'autre composé d'un pourpoint et d'un haut-de-chausses à l'antique, tailladés de taffetas incarnat, bleu et blanc. Ils portaient la hallebarde dorée et l'épée à garde de cuivre doré. Ils avaient une musique de tambours et de fifres. Leur drapeau était forme de quatre carrés bleus séparés par une croix blanche avec la devise ; « Ea est fiducia gentis. »

Ce n'est qu'à la fin du xvni' siècle qu'on a donné aux Gar-

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Grcnaâitir a CJia'al

jCu Cvnf.itjnie ./<-.■ l',rma.lur.i a chenal Je la m^son du î^'l.crccc par Âcniù XII^ en i^'^, cl ccni^vi<jii iL- ifo L^nimr.'^u ainifirv laolficia-jJ'iJ>alteme.'Xitr^onne,fialrutLtc, Jcuhli&c,vcjte et paccmeru nm^cj heriie.' •! .ir,fent,J<irinicrLr,li<niL>ru <■/ tcutimnimj an/ji J',ir,)mt,tHiruùniLirr Je tufU il arqait,CaMuronJ t^J^ M nùnu ,hynntL iviiqr ,/anu de pctiu d'ourjm rimT^l'cr diirqcnl,cuL'tUet htU rir>uic!£e.^uipajc du <-Junil,Je Jrap Heu,tjTJiJUr,jtnljCeiu:3am\fiii.'nl l&jaJTe.le /ùsd,la biu/ oncJic et i. piitoltùr

Fac-similé d'une gravure d'Eisen.

des de la Porte une sorte d'organisation militaire. Ils n'avaient ni drapeau, ni étendard. C'était moins une troupe qu'un corps de police chargé de veiller sur les issues intérieures des palais et de rendre les honneurs de la cour du Louvre. Néanmoins leurs officiers, assimilés à ceux de l'armée, jouissaient de toutes les prérogatives assurées aux officiers de la Maison du roi.

La Gendarmerie est bien le corps militaire le plus ancien de la monarchie puisqu'elle descend en ligne directe des compagnies d'ordonnance qui furent le premier noyau de l'armée permanente. De très copieuses controverses ont mis aux prises, pendant un siècle et demi, les Gendarmes proprement dits avec les autres corps de la Maison du roi et bien des apparences semblent justifier les prétentions des Gendarmes. Leurs cadres nous présententungrandluxe d'officiers, issus de très vieille souche, aspirant, comme ceux de la Maison du roi, aux grades d'officiers-généraux. Comme dans la Maison du roi, les capitaines, sous-lieutenants et enseignes se prétendent assimilés aux mestres de camp, les maréchaux des logis aux capitaines, les simples maîtres aux sous-lieutenants de cavalerie.

Mais ils ont contre eux l'ordonnance de 1667 et la volonté de Louis XIV qui, en assemblant autour de lui, dans un ordre prémédité, les divers corps de sa Maison, a rejeté à Farrièreplan la Gendarmerie qui avait été longtemps le plus brillant de tous.

A la veille de la Révolution, la Gendarmerie comprenait encore dix compagnies et les quatres premières — Ecossais, Anglais, Bourguignons et Flamands — avaient le roi pour capitaine. Les six autres avaient à leur tête la reine, le dauphin, le duc de Berry, le comte d'Artois, le comte de Provence et le duc d'Orléans. Depuis 1767, les Gendarmes résidaient au château de Lunéville qu'ils entretenaient et meublaient à leurs frais.

LA MAISON DU ROI

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Fac-similé d'une gravure d'Eisea.1

Jadis exclusivement réservé à la noblesse, ce corps avait

Gendarmerie de France, d'après Montign y: uniforme de l'armée française (1772).

Etendards. — 1. Compagnie écossaise, en 1422. Etendard blanc, bandoulière jaune. — 2. Compagnie anglaise, 1567. Etendard blanc, bandoulière violette.

Uniforme. — Habit, parements, revers, collet de drap écarlate, brodé d'un galon d'argent, boulons argentés, doublure, veste et culotte, et gants couleur de chamois, ceinturon et drapeau bordé d'argent. Cocarde blanche, cravate noire, bandoulière et épaulette bordée d'argent et garnies d'une soie de couleur atVectée à la compagnie. Manteau de drap écarlate doublé en entier de serge rouge et parementé de couleur chamois.

été lentement envahi par la bourgeoisie aisée. En 1774, sur un effectif de près de dix-sept cents hommes, on ne comptait

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que deux cent quatre-vingts gentilshommes. Les autres appartenaient à la classe moyenne et, en très grande majorité, à des familles de magistrats et d'avocats.

Le prix élevé des charges indique assez combien ceux qui

Prise de Valenciennes par le roi Louis XIV, d'après le tableau de Jean Alaux (Musée de Versailles).

avaient la fortune à défaut de la naissance cherchaient à se pousser par-là dans la noblesse. Une compagnie valait 150000 livres, une sous-lieutenance 120000 livres, un simple brevet de guidon 60000 livres. Le remboursement des quarante charges du corps était estimé un peu plus de quatre minions.

L'histoire militaire des deux derniers siècles est illustrée à chaque page par les exploits de la Maison du roi. « Si j'avais dépareilles troupes, disait le prince d'Orange à Senefîe,je me croirais invincible. » Et Malborough : ;< On ne peut battre la Maison du roi, il faut la détruire. » Ce sont les Mousquetaires qui montent en plein jour à l'assaut de Valenciennes, qui mettent pied à terre à Nerwinden et sautent dans les retranchements ennemis, qui, moins heureux mais tout aussi braves, sauvent l'honneur à Ramillies. Ce sont les^Grenadiers à cheval qui, en 1677, emportent le chemin couvert au siège de Valenciennes et prennent cinq étendards au combat de Leuze. Ce sont les Chevau-légers qui se fonttuer en masse à Dettingen. M. de Chaulnes, leur commandant, se fit à ce moment défendre par le roi d'y recevoir des sujets ayant moins de deux cents ans de noblesse et, au début de la campagne suivante, la compagnie était complète. Ce sont les Gardes du corps qui protègent la retraite à Malplaquet. C'est, à Leuze encore, les vingt-six escadrons de la Maison du roi qui culbutent les soixante-quinze escadrons du prince de Waldeck. C'est, à Fontenoy, toute la Maison réunie qui parvient à rompre cette formidable colonne de 14.000 hommes que commandait le duc de Cumberland et qui tenait déjà la victoire. Mais Fontenoy marque le terme de ces brillantes destinées et, pendant la seconde moitié du dix-huitième siècle, on songe plus aux vices de l'institution qu'à son glorieux passé.

On lui reproche de n'être plus qu'une. troupe d'apparat et d'antichambre. Autrefois récompense des officiers qui avaient brillamment servi dans la cavalerie, elle est devenue le refuge des jeunes gens de la plus haute noblesse qui ne cherchent à la Cour que les plaisirs, la dissipation, l'éclat des fêtes et les intrigues. Elle échappe aux règles ordinaires de la discipline. Ses chefs traitent directement avec le roi pardessus le secrétaire d'Etat de la guerre dont ils affectent d'ignorer l'existence. Les militaires, au xviii' siècle, tout en

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respectant son glorieux passé, prétendent qu'elle n'est plus qu'un meuble de luxe aussi encombrant qu'inutile. Par les variations de l'effectif d'un corps à un autre, les disparates de l'armement et de l'équipement, la cohue des valets, des chevaux, des équipages à la suite, la Maison du roi ne peut plus entrer dans les cadres d'une armée en campagne sans gêner sa marche et contrarier la rapidité de ses évolutions. Les ordonnances, qui ont changé de fond en comble la constitution intérieure de l'armée, le recrutement et les manœuvres, n'ont pas atteint les corps privilégiés. Et elles ne pouvaient les atteindre qu'en bouleversant leur organisation intime, qu'en effaçant les traits distinctifs de leur physionomie, qu'en altérant leurs traditions, leur originalité, tout ce qui était précisément leur raison d'être.

En 1775, la Maison du roi, qu'on appelle depuis quatre ans, la Maison militaire, n'est plus militaire que de nom. C'est le fantôme d'un corps glorieux qui n'appartient plus qu'à l'histoire. A ce moment, elle comptait encore :

4 compagnies de Gardes du corps, fortes de 1.427 hommes.

1 compagnie de Cent-Suisses 118 —

1 compagnie de Gardes de la Porte 55 —

1 compagnie de Gardes de la prévoté 109 —

1 compagnie de Gendarmes de la garde 226 —

1 compagnie de Ghevau-légers de la garde 222 —

2 compagnies de Mousquetaires 454 —

1 compagnie de Grenadiers à cheval 145 —

Venaient ensuite la Gendarmerie, les Gardes-françaises, les Gardes-suisses, les Gardes du corps de Monsieur, les Suisses de Monsieur, les Gardes du corps du comte d'Artois.

Saint-Germain en arrivant aux affaires prit à son compte toutes les critiques dirigées contre l'institution. Il n'aimait pas les corps privilégiés. La Maison militaire coûtait de dix à douze millions par an et n'était plus en état de paraître sur les champs de bataille. Il n'y voyait qu'une garde domestique et, dans sapensée, les princes ne devaient avoir de garde

que (( ce qui est indispensable pour Futilité du trône. » Si le maintien de l'ordre, ajoutait-il, en exigeait davantage, pourquoi ne pas appeler à tour de rôle auprès du roi les différents corps de l'armée régulière?

Mais Saint-Germain dut, pour deux raisons, se relâcher sur ce point de la rigueur de ses principes : l'impossibilité de rembourser toutes les charges, la vive opposition des privilégiés qui parvinrent à ébranler les résolutions du roi.

Le ministre fît supprimer assez facilement les Mousquetaires et la compagnie de Grenadiers à cheval. Mais il ne put faire dans les compagnies de Gardes du corps que des changements sans grande portée. Et encore ces changements excitèrent-ils à la Cour la plus vive irritation ? Un de leurs capitaines, le vieux maréchal de Noailles, écrivit à Louis XVI: « Mon âge, Sire, mes quarante-cinq ans de services dans la charge de capitaine des Gardes me donnent plus qu'à tout autre le droit de représenter que nous éprouvons de sa part ce que Louis XIV et Louis XV ne nous auraient jamais fait éprouver. » Le ministre se borna à quelques réductions dans l'effectif. Il ramena à dix les vingt-quatre Gardes de la manche. Il supprima un ou deux escadrons du régiment des « Carabiniers de Monsieur ». Il affaiblit aussi l'effectif des Gendarmes et des Chevau-légers de la garde. Il aurait bien voulu les supprimer comme les Mousquetaires. Mais ils furent mieux défendus. Ils avaient pour capitaines le duc d'Aiguillon, neveu de Maurejjas, et le maréchal de Soubise. De plus, il fallait, pour les réformer, rembourser 800000 livres au premier et 1200000 livres au second. La détresse financière vint à point au secours de la faiblesse naturelle du roi. Gendarmes et Chevau-légers furent réduits mais non supprimés. « Pourquoi, demandait ironiquement la reine au ministre, conserver encore quelques Chevau-légers et quelques Gendarmes? C'est sans doute pour accompagner le roi aux lits de justice. —

LA MAISON DU ROI 135

« Non Madame, répondit Saint-Germain, c'est pour figurer aux Te Deum? »

Bien qu'en partie sauvée en 1776, la Maison du roi ne se releva pas du coup qui lui avait été porté. Elle n'est plus qu'une ombre au moment où la Révolution l'achève. Corps militaire, elle n'a depuis longtemps plus rien de militaire. Garde royale, n'est-il pas naturel qu'elle disparaisse avec le Roi?

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