CHAPITRE XI
LE GEiNIE
Le démanti-Icment des cliàtcanx-furts. — La fortification nouvelle. — Transfonnalion des travaux de défense et d'attaque. — L'œuvre de Vauban. — Les cavaliers de tranchée. — Le tir à ricochet. — Les ingénieurs militaires. — Les contlits entre l'artillerie et le génie. — Fusion et disjonction. — L'école du génie de Mézières. — L'ordonnance de 1776. — Le génie et l'état-major. — Les officiers du génie et les plans de campagne de la Révolution.
Au début du xvii' siècle, le royaume se trouve encore hérissé de chàteaux-forts et de citadelles. Contrarié par les guerres civiles, par la résistance des pouvoirs locaux et la coalition des intérêts privés, le démantèlement des forteresses à Fintérieur a été beaucoup plus lent qu'on ne suppose. Longtemps on a pu suivre sur la carte de la France monarchique les principaux linéaments de la France féodale. Les hautes tours crénelées, mâchicoulis, donjons, fossés protègent encore les demeures seigneuriales, les communes ou les marches des provinces. Mais, après les dernières convulsions des guerres religieuses, la vie se retire peu à peu de ces corps de pierre. Une ordonnance de 1626 constate que le nombre excessif des places fortes est une « permanente excitation à la guerre civile » et demande aux gouverneurs et aux gens du Parlement quelles sont celles qu'il faudrait
démolir. En 1629, après l'édit de grâce, nouvelles et plus expresses défenses de fortifier places et châteaux sans permission du roi ; ordre à tous de remettre aux arsenaux les canons et les armes avec défense d'en faire fondre ou fabriquer d'autres à l'avenir.
Les châteaux-forts à demi-ruinés qui échappent à la pioche des démolisseurs ne sont plus que les vains fantômes d'un passé disparu. Désormais leur rôle est fini. Plus encore que les ordonnances, les progrès de l'artillerie ont contribué à les rendre inutiles. Car les plus redoutables forteresses, celles qui, des hauteurs où elles se dressaient, regardaient le plus fièrement le plat pays, sont précisément les plus exposées au canon.
On évitera désormais de servir de point de mire à ses coups. Les hautes tours disparaissent, les murs crénelés s'abaissent et s'enterrent. C'est à peine si l'on peut deviner au loin l'approche d'une place forte, car les murailles nouvelles, presque à fleur de sol, sont elles-mêmes recouvertes de terre et de gazon. Il s'agit d'écarter l'ennemi du corps de la place et la plus forte sera celle qui, sans signes apparents, le tiendra plus longtemps à distance!
L'art de l'ingénieur se confond désormais avec l'art du géoniètre. Toute place forte est un polygone dont les angles rentrants et sortants ont été calculés de telle sorte qu'ils se prêtent un mutuel appui. Elle comprend deux sortes d'ouvrages : r ceux qui tiennent au corps même de la place et forment sa première enceinte ; 2' les ouvrages détachés qu'on appelle quelquefois « les dehors ».
Le vieux château-fort, en se transformant, est devenu le « corps de place ». Les tours qui se flanquaient mal sont changées « en bastions » dont la figure a la propriété de ne laisser devant chacun d'eux aucun point qui ne soit vu des deux bastions voisins. Leurs terre-pleins ofl'rent en même temps un espace assez large pour recevoir et manœuvrer les
Place forte ancienne (Garcassonne)
pièces d'artillerie. L'ancienne muraille crénelée est désormais (( la courtine » qui joint les bastions entre eux et gagne en épaisseur ce qu'elle a perdu en hauteur. La courtine est elle même protégée par des « tenailles », ouvrages à deux faces
Place forte, d'après les plans de Vauban. (Valenciennes). (Bibliothèque Nationale.
avec angles rentrants vers la campagne. Sur le terre-plein du rempart qu'une rampe en pente douce fait communiquer avec la ville, s'élèvent des « cavaliers de rempart » tout prêts à recevoir et à protéger les batteries.
Sous le nom de « dehors » on désigne tous les ouvrages détachés, élevés au delà du fossé principal et qui établissent en quelque sorte autour du corps de place une deuxième, une troisième 'et quelquefois une quatrième enceinte. C'est
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