‹ L'Armée de l'ancien régimeChapitre 17 sur 25 · LE GÉNIE · texte numérisé non relu

LE GÉNIE

L'état des forteresses à la veille de la Révolution ne diffère pas beaucoup de ce qu'il était un siècle plus tôt. La plupart des écrivains militaires s'accordent à les trouver trop nombreuses. « Si l'on n'y prend garde, dit l'un d'eux, on fortifiera toute la terre. » Et comme un abus ne va jamais seul, on entretient, pour garder ces places inutiles, un état-major qui achève d'obérer les finances.

Il est bien certain qu'à l'intérieur du cercle de fer tracé par Vauban on avait laissé debout nombre de bicoques que semblaient défendre quelques compagnies d'invalides ou quelques débris des compagnies bourgeoises. « La France sera perdue sans ressources, dit un mémoire de Maillebois, quand elle sera réduite à d'aussi faibles barrières et à de pareils défenseurs. »

Mais ceux qui se montraient prêts à sacrifier les forteresses inutiles, ceux qui pensaient avec Carnot qu'un rôle passif ne convient pas au caractère français faisaient une exception pour les places frontières, aussi utiles pour l'attaque que pour la défense. Et l'événement leur a donné raison.

Vauban, dit Napoléon, a organisé des contrées entières en camps retranchés couverts par des rivières, des inondations, des places et des forêts, mais il n'a jamais prétendu que les forteresses seules pussent fermer la frontière. Il a voulu que cette frontière, ainsi fortifiée, donnât protection à une armée inférieure contre une armée supérieure. Et ainsi dans la période des revers, nos places frontières ont arrêté ou ralenti les succès de l'ennemi; dans la période offensive, elles ont été des abris, des centres de ravitaillement et des pivots d'opération. Elles ont favorisé l'alliance des forces inertes et des forces mobiles, alliance qui nous a plus d'une fois donné la victoire. « Que ceux qui conservent quelque doute sur l'utilité des forteresses, a écrit le duc d'Aumale, relisent l'histoire des campagnes de 1713 et de 1793. Deux fois nos places fortes ont sauvé la France. »

Quant aux officiers du génie, ils n'ont été inférieurs ni à l'estime qu'ils inspiraient aux autres, ni à la bonne opinion qu'ils avaient d'eux-mêmes. Les généraux de la Révolution et de l'Empire — et au premier rang Bonaparte, — ont mis à profit les mémoires et les plans de campagne amassés au Dépôt de la guerre par plusieurs générations d'ingénieurs. Et quand, membre du Comité de salut public, l'ancien officier du génie, Carnot, fut chargé de défendre la France contre l'Europe coalisée, c'est parmi les élèves de Mézières, ses compagnons d'armes, arrêtés à temps sur la route de l'émigration ou de l'échafaud, qu'il trouva les d'Arçon, les Clarke, les Montalembert et les Marescot qui travaillèrent sous ses ordres à préparer les victoires de la Révolution.

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