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CHAPITRE XV

Le logement des gens de guerre. — L'encombrement des casernes, — Comment on couche le soldat. — Le soldat à l'hôpital. — Les friponneries des entrepreneurs. — Une variété de passe-volants. — L'ordonnance de 1747. — Création du service de santé. — Les chirurgiens militaires. — Les écoles d'instruction et la hiérarchie.

On garde encore l'habitude au xvii" siècle de licencier à la paix la plupart des corps levés pour la guerre. Les quelques troupes qui restaient sur pied étaient logées dans les places frontières ou dans les bourgs fortifiés de l'intérieur. L'accroissement des armées permanentes a rendu fort lourde la charge du logement des gens de guerre. Il n'en est pas, à coup sûr, qui ait causé plus d'appréhensions aux habitants. Point de ruses qu'ils n'imaginent pour s'en dispenser. Quelquesuns, à l'approche des troupes, allaient jusqu'à enlever les cheminées et les tablettes de leurs appartements pour qu'ils soient inhabitables. Et ce qui rend cette charge plus onéreuse encore, c'est que, comme pour la milice, les gens aisés réussissent à s'y soustraire. Ecclésiastiques, gentilshommes, trésoriers, receveurs, commis des gabelles, maîtres des eaux et forêts, changeurs, maîtres de poste, officiers, et ouvriers des monnaies, recteurs, régents et principaux de collège, directeurs des bureaux de lettres, chirurgiens, médecins, com-

mis aux vivres se font exempterpar des ordonnances. Et cette liste d'exemptions n'est jamais close. Elle se grossit de la foule des amis, parents, créatures des consuls, échevins et syndics qui établissent l'assiette des logements, ce qui tourne, comme bien l'on pense, « à la foule et oppression » des misérables.

Vivement réclamée par les municipalités, la construction des casernes, commencée àlafm du xvif siècle, fut très activement poussée au siècle suivant, surtout sous l'administration de Leblanc et du comte d'Argenson. Elle a été pourl'habitant une véritable délivrance, mais il ne paraît pas que le soldat s'en soit aussi bien trouvé. Ce soldat, dont le brillant uniforme cache une si poignante misère, est, en temps de paix, emprisonné dans les casernes comme une sorte de malfaiteur. Il n'en peut sortir qu'à certaines heures. Il lui est défendu de passer les limites assignées sous peine d'être arrêté et envoyé à la chaîne des déserteurs. Privé d'air et de lumière, il vit avec ses camarades dans une répugnante promiscuité. Il n'a le repos de la nuit qu'autant qu'ils y consentent, car, jusqu'à la Révolution, il a été impossible d'assurer au soldat la jouissance exclusive de son lit. C'est déjà une sorte de privilège que d'avoir un lit pour deux ; c'est un avantage réservé aux bas-officiers, aux « maîtres » dans la cavalerie, et quelquefois aux grenadiers. Mais les fusiliers couchent trois à trois. « Il est affreux, écrit de Calais un commissaire des guerres, de loger les soldats dans de petites chambres basses, mal aérées, humides, malsaines, en face d'égouts où séjournent des eaux croupissantes, démettre dix-sept lits dans une petite chambre et surtout trois soldats dans un petit lit. » Tout le monde reconnaît que cet usage prive les soldats de sommeil qu'il rend les chambres malsaines qu'il est aussi contraire à la moralité qu'à l'hygiène. Et pourtant on en est encore, en 1775, à chercher les moyens de faire coucher les hommes deux à deux.

La fourniture des lits militaires et du mobilier des ca-

sernes est à l'entreprise. Mais, aux termes mêmes de leurs contrats, les entrepreneurs ne sont astreints à changer les draps que tous les mois. Ces contrats ont en général une durée fort longue et les traitants, qui ont fait des avances au Trésor, tiennent presque toujours les secrétaires d'Etat à leur merci. Les commissaires des guerres déplorent des maux qu'ils ne peuvent empêcher. Dubois de Crancé, commissaire-ordonnateur, écrit de Valenciennes : « Beaucoup de couchettes sont mal assemblées et pourries par les pieds. Les paillasses sont en lambeaux, les matelas mal garnis, les fournitures mal fabriquées. »

Puis, comment pourrait-on assurer au soldat les quelques pieds carrés nécessaires à l'établissement de sa couchette ? Les officiers de l'ancienne armée logent à la caserne avec leurs familles et accaparent une grande partie des locaux vacants. Ils gardent ces avantages quand ils sont réformés. Ils les gardent même quand ils sont morts, car ils les transmettent à leurs veuves et h leurs enfants. A Philippeville, un M. de Saillant, officier en réforme, occupe huit chambres et deux écuries, de quoi loger, dit un commissaire des guerres, seize officiers et vingt-quatre chevaux, quatre-vingts dragons ou cent vingt fusiliers. Et ce M. de Saillant, protégé de M. de Soubise, tient en échec le commissaire des guerres et l'intendant du Hainaut qui veulent le réduire.

A Givet, une partie de la caserne est accaparée par la veuve d'un aide-major, une autre par la veuve d'un concierge. Quatre chambres sont prises par le préposé du roi à la manœuvre des citernes. A Landrecies, une demoiselle Moulison, fille d'un ancien colonel, occupe la maison du petit gouvernement. A Valenciennes, cent huit chambres sont réservées pour les officiers et quatre-vingts pour les domestiques. On trouve logés dans les corps de garde, sous les prétextes les plus variés, des charpentiers, des sculpteurs, des experts, des commis au poids de la ville avec leurs ménages.

A Lille, les officiers détiennent cent quatre-vingts chambres pour leur usage et quatre-vingt-quatre pour leurs domestiques. A Cambrai, il y a vingt-sept chambres occupées par des musiciens et les femmes du régiment de Monsieur. En un mot, dans les casernes il y a place pour tout le monde excepté pour les soldats. On relègue ceux-ci dans les parties basses, obscures et malsaines où ils sont « logés comme des porcs, à demi-nus, mourant de faim ».

Le soldat est-il mieux traité dans les hôpitaux ? On ne connaissait, à Forigine, que les hôpitaux ambulants puisque les troupes étaient licenciées à la paix. Le service des ambulances se confondait d'ordinaire avec celui de l'aumônerie et il était, sous Louis XIII, confié à des religieux: « Il y aura dans chaque armée, dit une ordonnance, des jésuites et des cuisinières qui donneront des bouillons et des potages à tous les malades et de plus un chirurgien et un apothicaire pour saigner et secourir ceux qui en auront besoin. » Louvois a, le premier, établi des hôpitaux fixes dans les places de guerre. Mais l'administration de ces hôpitaux est abandonnée, comme celle des vivres, à des compagnies de traitants et de sous-traitants qui se signalent par leurs rapines. Donner la préférence à l'entrepreneur qui faisait les rabais les plus considérables, c'était mettre au rabais la conservation de la vie des hommes.

Chaque journée passée à l'hôpital est payée à l'entrepreneur par une retenue faite sur la solde du malade. La retenue varie selon les grades. On retient seize sols à un sergent major, douze sols à un cadet, huit sols à un fusilier. Quand la solde est insuffisante, c'est l'Extraordinaire des guerres qui fournit le supplément. Sous Louis XIV, la journée d'hôpital est en moyenne de huit sols. Elle atteint quatorze et seize sols un siècle après.

L'entrepreneur avait, pour administrer un hôpital, un

directeur et des commis chargés, bien entendu, de veiller à ses intérêts bien plus qu'à ceux des malades. Il devait entretenir un nombre suffisant d'infirmiers, fournir les médicaments, les aliments, le linge. Mais cette organisation -donne lieu à des pirateries sans nom. On vole sur les fournitures. On dresse des états frauduleux. Comme le régiment, l'hôpital a ses passe-volants. Le roi paie pour des soldats qui n'y sont jamais entrés ou qui sont morts depuis longtemps. Les

Estropiés de la guerre allant a l'hôpital, d'après Callot.

malades y sont amenés sans aucune précaution, le plus souvent sans paillasses sur des chariots àdécouvert. A l'hôpital, ils manquent des choses les plus nécessaires. Il faut de graves blessures pour avoir droit à un lit. Mais les malades, même atteints d'affections contagieuses, galeux, typhiques et autres, couchent encore partout deux à deux. « Le roi, dit Necker, dans le temps de mon administration, avait ordonné que les malades couchés dans un même lit seraient désormais séparés. » Mais cette mesure n'est pas encore réalisée en 1784. En 1779 àl'hôpital Necker, on reçoit dix-huit cents malades, et il n'y a que cent vingt-huit lits !

Comme dans les casernes, les bâtiments des hôpitaux sont occupés souvent par des étrangers ou accaparés par le

personnel chargé de la surveillance. Voici, d'après une lettre écrite du Quesnoy en 1775, la description d'une fête donnée par la supérieure de l'hôpital-général : « La fête a commencé par le dîner le plus exquis et le plus rare. Il y avait beaucoup de monde, tant officiers que jeunes demoiselles de la ville. Le dîner a été suivi d'un bal où les religieuses ont dansé pêle-mêle avec les autres. A 9 h. 1/2, on s'est mis à table pour souper. Le souper fait, on s'est remis à la danse jusqu'à minuit. Au nombre des convives étaient le commissaire des guerres et sa dame. Ces grandes fêtes se sont souvent répétées pendant le carnaval, ce qui n'est pas édifiant, ajoute le correspondant, pour les malades et les gens de la ville. >>

On s'explique la terreur du soldat à la seule idée d'être envoyé à l'hôpital. Celui qui en sort frémit à l'idée qu'il y pourrait retourner. Il faut souvent l'y transporter de force. Il préfère grelotter la fièvre au corps de garde.

La grande ordonnance de 1747, sans enlever à l'entreprise les hôpitaux militaires des villes, a pourtant contribué à améliorer le sort des malades. Des précautions sont prises contre les fraudes. Pour combattre l'abus des passe-volants, le commissaire des guerres donnera lecture à la troupe assemblée de la liste des hospitalisés. Le signalement du malade doit porter le nom de famille et le nom de guerre du soldat, le lieu de sa naissance, de sa généralité, l'inventaire de ses bardes et ustensiles. Le soldat qui dénonce une fraude reçoit séance tenante son congé et cent livres de gratification. L'aumônier doit viser le contrôle des soldats décédés. On prescrit diverses mesures de salubrité, le balayage et le blanchissage des salles à la chaux, l'obligation pour l'entrepreneur de changer les draps et la paille avant de mettre un malade dans un lit que vient de quitter un mort. On donne au commissaire des guerres le soin de visiter les cuisines.

de s'assurer de la qualité des aliments, de vérifier les provisions de linge et de charpie, et de punir d'amende toutes les infractions aux marchés conclus. On relève enfin la condition et l'autorité des chirurgiens et des apothicaires.

Longtemps les chirurgiens dans les hôpitaux n'ont été que les commis des entrepreneurs ou des sous-traitants et, par suite, plus attachés à leur place qu'à la conservation du soldat. Dans les corps de troupe, le capitaine qui avait la propriété d'une compagnie avait, par suite, la charge de veiller à la santé de ses hommes. D'ordinaire il remettait ce soin à quelque frater, élevé, pour la circonstance, à la dignité de médecin. En temps de guerre, le roi entretient des chirurgiens à la suite des armées, mais ils sont toujours subordonnés aux entrepreneurs. Dans les premières années du xviii" siècle, on voit figurer à l'état-major des régiments d'infanterie un chirurgien aux appointements de 180 livres, traitement que Choiseul porta à 500 livres lorsqu'il reprit les compagnies au compte du roi. Ce chirurgien est déjà un militaire. Il porte l'uniforme mais ce n'est pas encore un officier. S'il entre aux Invalides, c'est confondu dans les rangs des bas-officiers.

A partir de 1759, le roi prend aussi à sa charge les médecins et chirurgiens des hôpitaux jusqu'alors aux gages des entrepreneurs. Ce n'est toutefois qu'à la veille de la Révolution que le service de santé est devenu une véritable institution militaire.

Les règlements de 1775 et de 1777 ont établi trois grandes écoles pratiques de médecine et de chirurgie, auprès des hôpitaux militaires de Lille, de Metz et de Strasbourg. Dans ces écoles, véritables cliniques militaires, on admettait les jeunes gens déjà formés soit dans les écoles de Paris, soit par un apprentissage auprès d'un maître-chirurgien. Des cours destinés aux apothicaires étaient annexés à ces écoles.

Les places de chirurgien ou d'apothicaire devaient être données au concours établi entre tous les élèves. Ainsi dé-

sormais le service de santé avait sa constitution régulière. Au sortir de l'école on devenait chirurgien appointé, puis, par voie de concours également, chirurgien-major dans les troupes ou aide-major dans les hôpitaux.

Ce personnel est dirigé par les médecins-inspecteurs des provinces, chargés de visiter les hôpitaux, de contrôler l'exécution des marchés, de sévir contre les défaillances ou les écarts de chacun. Au sommet de l'échelle hiérarchique, se trouve l'inspecteur-général, le véritable chef du service, placé lui-même sous l'autorité du secrétaire d'État de la guerre. Toutes les places dans le corps entier, depuis l'élève en chirurgie jusqu'à l'inspecteur-général, devaient être données <( selon les talents » à l'exclusion du caprice, de la faveur et même de l'ancienneté.

Enlin, en 1788, la réforme décisive s'accomplit. L'entreprise si justement décriée disparaît pour faire place à une régie confiée à des militaires, sous la surveillance d'un conseil d'administration et d'un conseil de santé. Tous les marchés furent résiliés et les hôpitaux distribués en trois classes : les Hôpitaux régimentaires où l'on soignait les maladies sans gravité, les Hôpitaux auxiliaires établis dans les grandes villes et enfin les Hôpitaux des armées en campagne. Des précautions minutieuses étaient prises pour réprimer les fraudes, assurer l'exécution des ordonnances et le bien-être des malades et des blessés. Chacun d'eux sans exception, et quelle que fut la nature de sa maladie ou de ses blessures, devait avoir la possession exclusive de son lit.

Ainsi, à la fin du xviii" siècle, le corps médical avait ses écoles, ses cadres, sa hiérarchie, sa constitution militaire.

Les récompenses du soldat et de rofficier. — L'ordre de Saint-Louis. — L'ordre du mérite militaire. — Les pensions et les grâces. — Ce que devient le soldat estropié ou caduc. — Les frères-lais. — Fondation des Invalides. — La vie du soldat à l'Hôtel. — Les abus. — Ce qui explique la sévérité des règlements. — Les compagnies d'invalides. — Les économistes et le comte de Saint-Germain. — Vaines tentatives de réforme. — Le soldat d'autrefois et le soldat d'aujourd'hui.

Il n'y avait pas autrefois de distinctions honorifiques pour lesbas-officiers et les soldats. L'homme des bandes ne voit rien au delà de sa solde et de sa part de pillage. Plus tard, la recrue mobile et vagabonde ne se fixe nulle part; elle erre d'un corps à l'autre au gré de ses caprices et de ses intérêts. Mais, au xviii" siècle, l'espèce se fait rare ; les sources du recrutement se tarissent partout. On s'efforce

d'attacher le soldat au régiment.

On

Médaillon de Vétéran.

prolonge la durée de l'engagement

élevé successivement de quatre à huit

ans. On encourage par des primes ceux qui contractent un

engagement nouveau. On augmente leur solde par des hautes

paies. On cherche à flatter leur amour-propre par des distinctions honorifiques. Bas-officiers et soldats portent sur le bras gauche les chevrons de laine qui indiquent le nombre d'engagements qu'ils ont contractés. Enfin, quand leurs services le méritent, ils peuvent obtenir a la plaque de vétérance » — deux épées croisées qu'on porte en sautoir sur le côté gauche de l'habit. Cette plaque de vétérance, c'est la croix de Saint-Louis de la roture.

Pour récompenser les officiers il restait bien les ordres de chevalerie qui avaient survécu à la féodalité. Mais les uns n'avaient plus aucun prestige ; les autres, comme l'ordre du Saint-Esprit, n'étaient accessibles qu'à la très haute noblesse. L'institution de l'ordre de Saint-Lazare et du Mont-Carmel en 1672 n'eut pas tout le succès désiré. Il n'en fut pas de même de l'ordre de Saint-Louis, établi en 1693. Aux termes de l'édit de création on n'y devait admettre que des officiers de nationalité française, de religion catholique, ayant au moins dix ans de services militaires. L'ordre, avait le roi pour grand maître. Il comptait huit grands croix dotés chacun d'une pension de 6000 livres, vingtquatre commandeurs à 4000 et à 3000 livres et un nombre illimité de chevaliers dont la pension variait de 800 à 2000 livres. Suspendu à un ruban rouge, l'insigne de l'ordre représentait une croix d'or avec l'image de saint Louis et la date de l'institution d'un côté, de l'autre, une épée nue flamboyante et sur la pointe une couronne de laurier avec cette légende : Beliicœ vïrtiitis prsemhim.

En 1 759, Louis XV, pour honorer les officiers des régiments étrangers que leur religion autant que leur nationalité écartait de l'ordre de Saint-Louis, institua <( l'ordre du Mérite

Croix de chevalier DE Saint-Louis.

militaire ». Etabli sur le modèle du premier, il comprenait de même des chevaliers, des commandeurs et des grands croix dotés des mêmes pensions. Le ruban de l'ordre était bleu foncé. Religion et nationalité à part, l'ordre du Mérite était en tous points soumis aux mêmes règles que l'ordre de Saint-Louis.

Necker critique, non l'institution des ordres, mais les pensions qui y sont attachées. « Il est malheureux, dit-il, que les grades, les décorations et les distinctions de tout genre accroissent et multiplient les grâces pécuniaires tandis que ces concessions honorifiques pourraient en tenir lieu ou y suppléer du moins en partie. » Mais Necker est le premier à le reconnaître : si la noblesse est aussi empressée à solliciter des pensions que des honneurs, c'est qu'elle s'est ruinée au service. Quand le roi vient à son secours, ce n'est pas seulement pour l'aider à soutenir son rang, c'est pour l'aider à vivre.

Aucune ordonnance n'assignait, en effet, au xvif siècle une pension de retraite aux officiers vieillis dans le service. Ceux qui sont bien apparentés, qui, directement ou par leurs proches, jouissent de quelque influence à la Cour sont inscrits sur la feuille des pensions que tient le secrétaire d'État de la Maison du roi. Ces « grâces » récompensent tantôt les actions d'éclat, tantôt les longs services, mais elles ne sont soumises à aucune règle fixe. On trouve un maréchalde France avec une pension de 1000 livres tandis qu'un lieutenant-général obtient 6000 livres. Un simple garde du corps touche 900 livres à côté d'un capitaine de cavalerie qui n'est inscrit que pour 300. Le cumul, au surplus, n'est pas interdit. Le maréchal de Mailly touchait jusqu'à sept pensions à des titres divers. Les « grâces » limitées par des édits ne

Ordre du mérite militaire.

seraient plus des « grâces ». Elles n'ont par définition d'autre loi que la bienveillance ou le caprice du souverain. Quant aux officiers qui ne sont pas inscrits sur la feuille des pensions ou qui n'ont pu obtenir de servir dans l'étatmajor des places, ils n'ont, comme les soldats, qu'une ressource : les Invalides.

L'établissement des Invalides a été le résultat d'un lent travail ébauché sous Henri IV, repris par Richelieu et achevé par Louvois. On sait qu'à l'origine on envoyait dans les abbayes les soldats mutilés ou usés par l'âge et les infirmités. Ils devenaient oblats ou frères-lais. Ils sonnaient les cloches, ouvraient les portes, entretenaient la chapelle, mais ces fonctions de sacristain ne convenaient guère à leur tempérament. Moines et vieux soldats parvenaient rarement à s'entendre. Très souvent, le frère-lai, fatigué du régime monastique, ne cherchait qu'une occasion de jeter le froc aux orties, et si le prieur consentait à lui accorder quelques écus^ il reprenait très volontiers sa vie d'aventures.

Cet argent était, pour le prieur, de l'argent bien placé. Le roi donnait d'ordinaire cent livres au monastère pour l'entretien d'un de ces moines laïques. Au véritable frère-lai dont on s'était débarrassé à peu de frais on substituait parfois un autre domestique et l'on continuait par ce subterfuge à toucher la pension du roi. C'était une variété nouvelle de l'abus que nous retrouvons partout. Le couvent, comme l'hôpital, avait ses passe-volants.

Tous les soldats estropiés n'étaient pas, au surplus, obligés de se faire frères-lais. Ils pouvaient obtenir directement du roi la pension de cent livres. Mais la somme entre leurs mains fondait vite. L'échappé des bandes, redevenu bandit, battait l'estrade sur les grands chemins ou se faisait mendiant et tire-laine dans les villes. Quelquefois on arrête ces vieux soldats vagabonds pour les réintégrer de force dans les

abbayes. Quelquefois le roi, « pour eu purger sa bonne ville de Paris », les fait interner dans les places frontières sous la surveillance des gouverneurs.

Préoccupé d'empêcher les désordres de ces moines défroqués et aussi de réprimer les fraudes des prieurs, Henri IV, en 1586, envoie des agents royaux dans les « monastères pour débouter les usurpateurs de leurs places de religieux-

SoLDATs MENDIANTS, d'après Callot.

lais ». On constate que « ceux qui ont été pourvus d'une place se font pourvoir davantage et, les vendant, en font trafic et marchandise au préjudice de ceux qui ont été blessés et navrés pour la tuition et défense du royaume ». En 1606, le roi fait choix de la maison de la Charité chrétienne, sise faubourg Saint-Michel, « pour devenir l'asile des pauvres gentilshommes, capitaines, soldats estropiés, vieux et caducs ». En 1633, Louis XIII établit une communauté en ordre de chevalerie sous le nom de Saint-Louis « pour nourrir et entretenir tous soldats estropiés au service ». Et il confie à Richelieu le soin de veiller à la construction de l'édifice qui devait abriter la commanderie. La surintendance générale en était, par avance, confiée au cardinal archevêque de Lyon, grand aumônier de France.

Il appartenait àLouvois de reprendre ces projets inachevés et d'en faire sortir une institution. Il fallait d'abord s'assurer les ressources qui avaient manqué aux bonnes intentions de ses prédécesseurs. Débarrassées désormais des frères-lais, les abbayes furent soumises à un véritable impôt. Tous les abbés ou prieurs, pourvus par faveur royale d'un bénéfice de mille livres, devaient payer une somme de cent cinquante livres pour l'entretien d'un oblat. Un autre impôt fut établi sur toutes les sommes payées par le Département de la guerre : ce fut la caisse du « quatrième denier ». Enfin l'établissement fut doté de divers privilèges, franc-salé, exemption des droits de ferme, d'aides, de péages et d'octroi.

Libéral Bruant éleva alors les immenses bâtiments de l'Hôtel des Invalides, que le roi inaugura en 1674. Le dôme fut l'œuvre de Mansard. Girardon dirigeâtes travaux de sculpture. Par l'édit de création, l'Hôtel devait servir d'asile à ceux qui avaient exposé leur vie et prodigué leur sang « pour la défense et le soutien de cette monarchie et contribué si utilement au gain des batailles ». Assurer au vieux soldat un asile, c'était en même temps encourager l'enrôlement des jeunes, les fixer au corps, rendre plus stable la condition du soldat, l'élever désormais au niveau d'une profession. Telle était bien la pensée deLouvois: « Il ne faut pas, disait l'édit, que les jeunes gens soient détournés du métier des armes par la méchante condition où se trouveraient ceux qui, s'y étant engagés et n'ayant point de biens, y auraient vieilli ou été estropiés si l'on n'avait soin de leur subsistance. »

Tout avait été ménagé pour rendre entre la vie active et la retraite la transition moins pénible. L'Hôtel des Invalides n'a rien d'un couvent ou d'un hôpital. Avec ses fossés, ses terrasses, ses canons, ses tambours, ses uniformes, son organisation toute militaire, il évoque plutôt, comme le remarque Camille Roussel, l'image d'une place de guerre. L'institution devait rester étroitement liée à l'armée. Tous les

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Estampe allégorique sur la fondation de l'Hôtel des Invalides (Bibliothèque nationale).

secrétaires d'Etat de la guerre, à commencer par Louvois, en étaient de droit les directeurs et les administrateurs généraux.

Aucune œuvre ne jouit à sa naissance de plus de faveur et de popularité. On se porta en foule aux Invalides et avec d'autant plus d'empressement que les conditions d'admission avaient été moins nettement définies — âge, durée des services, nombre et nature des blessures. — L'édit royal disait seulement que nul ne serait reçu à l'Hôtel si les certificats de ses services n'avaient été jugés « bons et valables » par le Conseil d'administration. Donner ce pouvoir illimité à un corps anonyme, c'était ouvrir la porte à tous les abus.

Les invalides à l'Hôtel furent organisés en compagnies et divisés en trois classes. On rangea dans la première les officiers des troupes, la Maison militaire, et les bas-officiers de la Gendarmerie, des Gardes-françaises et des Suisses, ayant au moins cinq ans de service comme sergents. La deuxième classe comprenait les simples gendarmes, les chevau-légers, les maréchaux des logis de cavalerie, les sergents d'infanterie, ayant au moins dix ans de service en cette qualité. Dans la troisième étaient placés les cavaliers, les dragons, les sergents d'infanterie et, depuis 1716, les artilleurs du Corps- Royal. Chaque classe avait ses prérogatives, son régime intérieur, sa table plus ou moins abondamment servie.

Parmi les blessés reçus à l'Hôtel beaucoup étaient afi'reusement mutilés. Il fallait un nombreux personnel pour les soigner ou pour les nourrir. Quelques-uns avaient perdu les yeux. On était obligé de leur donner des guides. D'autres avaient eu les dents brisées, les mâchoires fracassées. On ne pouvait les alimenter qu'à l'aide de bouillons ou de viandes hachées. On leur donnait le nom de « moinelais ». En 1764, il y avait à l'hôtel trois compagnies de « moinelais » et une compagnie d'aveugles. Il y avait enfin des soldats privés de bras et de jambes, véritables tronçons d'hommes, auprès

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desquels on plaçait des servants connus sous le nom de (( manicros » qui devaient aider ou suppléer les religieuses.

A côté de ces débris du champ de bataille, on trouvait là, il est vrai, des invalides fort ingambes. On n'avait pas, à l'origine, établi de conditions d'âge. Une ordonnance de 1 729 permet d'admettre à l'Hôtel ceux qui ont renouvelé deux fois un engagement de six ans. D'autres ordonnances plus sévères exigent, il est vrai, à défaut de blessures, vingt ans de services au moins. Mais comme beaucoup de recrues arrivaient au régiment entre seize et dix-huit ans, il n'était pas rare de trouver à l'Hôtel des soldats qui n'avaient pas atteint la quarantaine. Quoi d'étonnant, si, l'inaction aidant, ces jeunes invalides se conduisaient souvent en étudiants tapageurs ?

Aussi est-on obligé de multiplier contre eux les rigueurs des règlements. On punit des arrêts et de la consigne ceux qui se battent, jurent et blasphèment. On défend de fumer en dehors des poêles, de suivre les visiteurs en leur demandant l'aumône, d'exploiter la curiosité des étrangers. On retranche le vin aux officiers qui s'enivrent, et, quant aux soldats, après huit cas d'ivresse manifeste, ils sont internés à l'hôpital de Bicêtre. Un certain nombre d'invalides, officiers ou soldats, étaient mariés; leurs femmes toutefois ne devaient pas habiter l'Hôtel. On accordait aux maris trois sorties par semaine. Mais, en dépit des règlements, sous prétexte de faire visiter les bâtiments, on introduisait à l'Hôtel des étrangers ou des étrangères et l'on oubliait de les faire sortir. Les règlements condamnent les coupables à être exposés sur le cheval de bois « avec les personnes qu'on aura trouvées avec eux ». •

Hors de l'Hôtel, la conduite des invalides n'est souvent pas plus édifiante. Ils bousculent les concierges et les gens deservice pour sortir malgré la consigne. Ils abusent des congés qu'ils ont obtenus « pour rester à faire la vie à Paris » . Le lieutenant de police est, à chaque instant, assiégé de plaintes sur

leur inconduite et leurs désordres. 11 faut user de'rigueur contre ceux qui mendient, qui fréquentent les «. tabacs et autres mauvais lieux », qui escortent les fdles de joie sur le

Une salle du réfectoire des Invalides D'après une estampe de la Bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts.

Pont-neuf et sur les places publiques, qui rapportent à l'Hôtel le germe de maladies contagieuses, conséquences et châtiment de leurs débauches.

On vit même, à côté des soldats retraités, s'introduire à l'Hôtel de faux invalides, véritables passe-volants, domestiques d'officiers, palefreniers, gardiens de prison, qui avaient

obtenu des certificats de complaisance. Bientôt l'immense édifice se trouva garni jusqu'aux combles et, comme les demandes affluaient toujours, on donnait à ceux qui ne pouvaient trouver place à l'Hôtel la permission d'y toucher des rations journalières. C'était, à l'heure des repas, un véritable défilé d'invalides externes qui venaient chercher leur pitance.

En 1764, on constate que plus de trente mille officiers, bas-officiers et soldats se sont fait admettre à l'Hôtel. Comme une grande partie de ces invalides étaient encore en état de rendre de bons services, on facilita leur rentrée dans les corps de troupe ; on leur offrit mùme une prime de rengagement. On permit à d'autres de se retirer dans les provinces avec une petite pension de retraite. On accordait 500 livres au lieutenant-colonel, 300 au capitaine, 4 sols par jour au bas-officier, 3 sols au soldat. Cette opération permit de répartir dans les généralités environ douze mille hommes qui continuaient à porter l'uniforme et restaient, au surplus, sous l'autorité du gouverneur des Invalides. Mais, peu habitués à régler eux-mêmes leurs dépenses, ces hommes dissipaient avant l'échéance les arrérages de leur pension et retombaient ensuite à la charge de l'établissement.

Déjà, vers la fin du xvii" siècle, on avait dû armer et mobiliser, pour prévenir l'encombrement, quelques-uns de ces retraités les plus solides et les plus jeunes, et on les avait employés à la défense des chàteaux-forts et des citadelles.

Le nombre de ces « compagnies d'invalides » s'est considérablement accru pendant tout le xyiii' siècle. Ceux qu'on affectait à ce service actif recevaient de l'Hôtel le linge et les chaussures. Ils portaient l'habit bleu avec parements et retroussis rouges et relevé de boutons de métal, la culotte bleue, le chapeau à plumet blanc. On compta après la guerre de Sept-ans jusqu'à cent quarante-six compagnies détachées.

En 1775, on distinguait donc trois catégories d'invalides :

Ceux qui habitaient THôtel ;

Ceux qui, formés en compagnies, avaient la garde des châteaux et des places fortes ;

Ceux qui s'étaient retirés dans les provinces avec la pension de retraite.

A l'Hôtel il ne restait plus guère que 500 officiers et 2500 bas-officiers, cavaliers ou soldats, et pourtant la situation financière était des plus critiques.

L'édit de création, en constituant les ressources de l'établissement, avait interdit les dons, gratifications, fondations quelconques. L'Hôtel ne pouvait acquérir d'immeubles ni recevoir de legs. On avait bien augmenté le revenu primitif en fixant à trois deniers par livre sur toutes les soldes la part contributive de l'Extraordinaire des guerres. On avait grossi le chapitre des exemptions et privilèges. En 1708, la redevance des abbayes, prieurés et monastères avait été doublée. On avait porté « le droit d'oblat » de 150 à 300 livres. Mais les dépenses n'avaient pas cessé de dépasser considérablementles recettes. Un gros état-major, un luxe incroyable de gens de service, le gaspillage des subsistances, fournies sans contrôle à toute une nuée de parasites, auraient suffi à expliquer le déficit. Ajoutez-y les dépenses de la solde que n'avait pas prévue Féditde création, au moins pour les simples soldats, et qui s'éleva, au xviii" siècle, h quinze sols par mois. Ajoutez les charges du dehors, l'habillement ou l'entretien des invalides expédiés dans les provinces, et vous comprendrez que l'institution de Louvois aurait plus d'une fois sombré si le Département de la guerre n'était venu de temps en temps à son secours.

Les économistes trouvaient ces dépenses ruineuses pour le Trésor royal. « N'est-il pas vrai, écrit Mirabeau dans ÏAmi des hommes, ({ue si les Invalides étaient bâtis dans un canton du bas-Poitou, pays sans débouchés, les mêmes fonds tirés de

TExtraordinaire des guerres qui en nourrissent quatre mille à Paris suffiraient pour en faire vivre le double et mettraient de l'argent dans cette province ruinée ? »

Vingt ans avant d'être ministre, Saint-Germain défendait déjà contre son ami Pàris-Duverney les idées des économistes. Pàris-Duverney qui travaillait à la création de l'Ecole militaire voyait, comme Montesquieu, dans les Invalides un de ces monuments « qui font plus d'honneur au règne de Louis XIV que ses victoires. » Saint-Germain n'y voyait, lui, « qu'un monument de vanité plus encore que de bienfaisance » : « On a bâti, disait-il, à ces vieux soldats un des plus beaux palais de l'Europe... On y nourrit à grands frais des hommes dont la plupart sont encore en état de rendre des services. On leur fait mener une vie indigne des moines, qui les rend méprisables et inutiles à l'État, et la dépense annuelle de cet établissement suffirait seule pour entretenir plus de dix mille invalides qui, répandus dans les provinces, s'y rendraient encore utiles... Les deux tiers se marieraient et donneraient des soldats au Roi. » Pour Saint-Germain comme, pour Turenne les armées de vieux soldats sont les meilleures. A part les blessés et les infirmes, il estime qu'il faut retenir au corps jusqu'aux extrêmes limites de la vie tous ceux qui sont en état de porter les armes.

Par l'onlonnance du 25 mars 1 770, il donne à tous les officiers et soldats invalides le droit d'option entre le séjour à l'Hôtel et des pensions dont létaux varie selon les grades et qui vont de 80 livres pour un fusilier jusqu'à 300 livres pour un sergent-major. Avec cette somme, le soldat peut se retirer où bon lui semble. Il jouit, en outre, de l'exemption de la taille et des autres impositions personnelles.

Et comme Saint-Germain comptait peu sans doute sur l'efficacité de ce droit d'option, il fait paraître, quelques mois plus tard, une autre ordonnance destinée à rappeler l'établis-

sèment « à son institution primitive ». Il réduit considérablement Fétat-major et fixe à quinze cents le nombre des officiers et des soldats qui pourront être désormais entretenus à l'Hôtel. Il exige de ceux qui demanderont à y entrer la preuve de blessures ou d'infirmités qui les rendent « impotents et incapables de pouvoir par leur travail subvenir à leur subsistance ». Ceux qui n'ont ni infirmités ni blessures n'y seront plus admis avant soixante-dix ans. Les admissions devaient être réglées sur les décès. La solde des officiers restant à l'Hôtel serait de trois à douze livres par mois pour les lieutenants-colonels, de douze à quinze sols pour les soldats.

Que faire maintenant des invalides qui dépassaient ce nombre de quinze cents? Les bas-officiers et soldats, en attendant les vacances, devaient être répartis dans les provinces avec une gratification extraordinaire, les officiers mis à la suite des compagnies détachées. Ces compagnies qui ont subsisté jusqu'à la Révolution étaient alors au nombre de 89 : 65 compagnies de fusiliers distribuées dans les places fortes, 8 compagnies de canonniers affectées au service des côtes et 16 compagnies de bas-officiers préposées à la garde des Tuileries,du Louvre, de l'Arsenal, de la Bastille, des châteaux de Vincennes, de Saint-Germain et de Versailles.

Tous les auteurs de Mémoires se sont attendris avec les contemporains sur l'exode des invalides obligés d'abandonner l'Hôtel pour aller vivre de leurs pensions dans les provinces. Une des voitures qui les transportaient s'arrêta place des Victoires. « Ces vieux soldats descendirent, les yeux baignés de larmes, et s'agenouillèrent devant la statue de Louis XIV, leur fondateur, l'appelant leur père et s'écriant qu'ils n'en avaient plus. » Aussi la plupart, sous les ministres qui suivirent, rentrèrent-ils dans leur ancienne demeure. En 1790, au moment où la question des invalides fut agitée devant la Constituante, l'Hôtel entretenait encore trois mille pensionnaires: 418 officiers et 2454 bas-officiers et soldats.

Sans familles, sans foyers, sans état-civil, sans ressources, habitués toute leur vie à recevoir de l'État le pain de chaque jour, incapables d'ordonner leurs dépenses, de prévoir leurs besoins, de gérer leurs propres affaires, ces invalides ressemblaient bien, comme disait l'abbé Maury à l'Assemblée, à c ces peuples sauvages qui vendent leur lit le matin sans savoir où ils coucheront le soir » . Il n'est point pour eux de village qui leur rappelle leurs premiers jeux, point de clocher familial à l'ombre duquel ils rêvent de reposer un jour. Leur clocher, c'est le drapeau ; leur famille, le régiment ; leurs amis, les camarades de chambrée. Les chasser du seul abri qui leur restait après la caserne, c'était les jeter sur les grands chemins. Autant valait alors, comme Frédéric II, leur délivrer des brevets de mendiants.

La grandeur passée des Invalides et leur décadence présente résument de saisissante façon toute la révolution qui s'est accomplie dans notre état militaire et nous fait, mieux que tous les discours, mesurer la distance qui sépare le soldat d'autrefois du soldat d'aujourd'hui.

LE COMTE DE SAINT-GERMAIN. — l'aRMÉE A LA VEILLE DE LA

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