‹ L'Armée de l'ancien régimeChapitre 7 sur 25 · I .terl àuer · texte numérisé non relu

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Soldat en arrêt sur le cheval de bois. Collection Dubois de l'Etang. (Bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts).

après la retraite, on l'oblige à s'étendre à plat ventre sur la botte de paille qui garnit le lit de camp. Le caporal de corvée, en présence de deux officiers, lui applique alors sur les fesses le nombre de coups qu'il a été condamné à recevoir. On ne pouvait donner plus de vingt-cinq coups en une fois. Si la punition en comportait un plus grand nombre, on recommençait le lendemain.

Quand il s'agit d'appliquer la peine des « baguettes », on

'envoie un caporal de corvée avec quelques hommes couper dans le taillis voisin les instruments de la correction. On forme la troupe commandée en double haie. Chaque soldat est armé d'une baguette. On fait avancer le coupable, nu

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Cavalier arrêté au piquet Collection Dubois de l'Etang. (Bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts.)

jusqu'à la ceinture, précédé et suivi de deux caporaux pour l'empêcher de reculer ou de précipiter sa marche. Il doit marcher au pas entre ses camarades qui le frappent à tour de rôle pendant que les tambours battent la charge. On faisait quelquefois passer par les baguettes les goujats d'armée ou les fdles de mauvaise vie. Les tambours, au lieu de la charge, battaient alors u les marionnettes ».

« L'on a avili les baguettes en France, dit le maréchal de Saxe, elles ne devraient pas l'être parce que ce sont les camarades qui châtient. Comment a-t-on avili ce châtiment?

En passant par les baguettes les filles de mauvaise vie, les valets elles voleurs qui sont du ressort du bourreau. Qu'en est-il arrivé? L'on a été obligé de passer les drapeaux sur la tête des soldats qui avaient été passés par les baguettes pour leur ôter, par cette cérémonie, l'idée de l'infamie qui y est attachée. »

A côté de ces châtiments corporels en quelque sorte réglementaires, il ne faut pas oublier les soufflets ou les coups de canne qui, pour n'être pas inscrits dans les ordonnances, n'en étaient pas moins libéralement distribués aux soldats parles officiers.

« Les officiers, écrit Louvois, retiennent l'argent des soldats et les rouent de coups quand ils en demandent. » Don Juan en usait plus civilement avec M. Dimanche. « Pourquoi, dit un écrivain militaire, met-on des galons à un cadet-gentilhomme? Pour empêcher que les majors, par confusion, ne leur fassent sentir le poids de leurs cannes. » M. de Broglie, écrit le comte de Rochambeau dans un mémoire dé 1770, établit les coups de bâton à son armée dès qu'il fut nommé général. Jamais armée n'a moins déserté et n'a été plus disciplinée. En 1776, dans une lettre au prince de Montbarey, le marquis de Castries se plaint du comte de Laval a qui assomme, dit-il, ses soldats à coups de canne. »

Quand vers le même temps, le comte de Saint-Germain fit place dans ses ordonnances aux châtiments corporels, il n'eut donc pas besoin de copier le code militaire de la Prusse. Il lui suffit de relire notre code et notre propre histoire.

Comme on distinguait autrefois dans les supplices la corde " ignoble », destinée au cou du manant, delà hache réservée aux têtes de la noblesse, une distinction de même nature paraît avoir été établie de bonne heure entre les châtiments corporels réservés aux soldats. A la fin du xvf siècle, pendant que l'homme de pied est passé « par les hallebardes », côté du manche, le cavalier, le « maître », comme on disait

alors, a droit à une correction d'un ordre plus relevé. Il reçoit des coups de plat d'épée.

En remplaçant les baguettes et le bâton par les coups de plat de sabre, Saint-Germain substituait donc à une peine infamante un châtiment militaire qui, dans sa pensée, devait

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Soldat passé par les baguettes Collection Dubois de TEtang. (Bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts.)

corriger sans dégrader. L'intention de sa Majesté, disait l'ordonnance, est que les fautes légères qui ont été punies jusqu'ici de la prison le soient désormais par les coups de plat de sabre. « Si ce dernier châtiment, le plus efficace par la promptitude et d'autant plus militaire que les nations les plus célèbres et chez lesquelles l'honneur était le plus en recommandation en employaient rarement d'autres, est redouté du soldat français, il sera un moyen d'autant plus sûr à employer pour le succès de la discipline. »

Les coups de plat de sabre étaient donnés sur l'ordre du

capitaine ou du commandant de corps par les bas-offîciers de la compagnie à laquelle appartenait le coupable. Ils devaient remplacer les soufflets, les coups de canne, enlever désormais aux officiers tout prétexte de se faire justice euxmêmes, substituer dans la discipline les sanctions de la loi aux caprices de l'humeur ou du bon plaisir. « La discipline, écrivait à ce propos le comte de Saint-Germain, doit être douce et paternelle, fondée sur la justice et la fermeté. Elle veut que les soldats soient traités avec la plus grande humanité et la plus grande douceur, que les châtiments que quelques-uns pourraient mériter soient conformes à la loi, et que les officiers les conduisent, les dirigent et les protègent avec les soins qu'ils doivent à des hommes de la valeur et de l'obéissance desquels ils attendent une partie de leur gloire et de leur avancement. »

Comment s'expliquer alors l'émotion si vive que fit naître le règlement sur les coups de plat de sabre ? C'est que les mœurs, en avance sur les lois, condamnaient depuis longtemps les châtiments corporels. L'opinion goûta peu cette distinction devenue subtile entre le bâton, arme du manant, et le sabre, arme du gentilhomme. Et l'opinion se rencontra dans cette occurrence avec l'opposition d'en haut qui faisait flèche de tout bois contre les ministres réformateurs. On répétait le mot d'un soldat : « Nous n'aimons du sabre que le tranchant ! » On vit cinquante grenadiers déserter pour échapper à la menace du châtiment et ramenés par un officier qui leur promettait l'impunité.

Et pourtant la tradition est si forte que dans les ordonnances qui suivent, en 1784 et même en 1788, on retrouve encore la peine des coups de plat de sabre à côté de la peine des courroies et des bretelles de fusil !

L'ordonnance qui supprime tous ces châtiments corporels est signée : Laurent de VilledeuU. Elle est datée du 14 juillet 1789. Ce jour-là, on prenait la Bastille.

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