DU CARACTÈRE
qu’à la Révolution, la constitution de l’année se régularisa et reçut d’utiles et nombreux perfectionnements. Mais elle continua à vivre, au milieu de la société française, d’une existence isolée qui avait un caractère exclusif. Elle était « l’armée du Roi » et n’inspirait à la nation qu’un intérêt relatif et du moment. Si elle battait l’ennemi, on la louait; si elle était battue, on la chansoimait. La loi n’avait pas encore élevé le service militaire à la hauteur où elle l’a porté depuis, d’un impôt qui se paye dans la guerre par le sang de presque toutes les familles françaises !
Par la loi, l’armée devint l’une des représentations les plus considérables et les plus respectables de la nation ; les institutions militaires eurent une place de premier rang parmi les institutions civiles, avec lesquelles elles entrèrent en solidarité ; enfin on vit s’établir entre la population et les troupes, ces échanges continuels et réguliers qui rendent l’armée si chère au pays et en font comme ses entrailles.
Si, dans la guerre, l’armée souffre, le pays
de conduire trente ans les mêmes affaires, de leur origine à leur entier développement.
souffre avec elle, l’exhorte et l’encourage; si elle rencontre uu désastre, le pays est dans un deuil profond ; si elle triomphe, la joie publique et l’orgueil public débordent.
L’armée, à son tour, s’impressionne devant ces éclatantes manifestations de la sollicitude de tous; la grandeur de sa mission lui apparaît, et elle va d’un pas allégé au-devant des plus douloureux sacrifices.
On s’est généralement montré surpris en Europe et même parmi nous, de l’attitude patiente, résignée, tenace, si contraire à leurs tradition* et à leur tempérament, qu’ont eue nos troupes dans la longue et pénible immobilité de la tran • chée devant Sébastopol. La principale cause de cette attitude, je viens de la révéler. Chaque courrier de France, avec ses lettres, ses journaux et les récits des arrivants, relevait les courages et les âmes, en apportant sous les formes les plus diverses le témoignage des anxiétés du pays, de son intérêt pour ceux qui souffraient, de sa gratitude pour ceux qui mouraient. Toutes ces bourses françaises s’ouvrant aux besoins du soldat, toutes ces mains françaises préparant le linge