DE CARACTÈRE
et la charpie de ses blessures, tous ces coeurs français répandant sur les plateaux désolés de la Cliersonèse leurs consolations et leurs louanges, voilà ce qui avait inspiré à ces natures ordinairement impressionnables, mobiles et promptes au découragement, le calme, la fermeté, la résistance indéfiniment continuée dans les épreuves les plus redoutables qui soient à la guerre.
Pour l’assaut, un officier général voulut former un corps de deux cents volontaires voués au rôle d’enfants perdus. Il réunit sa troupe épuisée et réduite de moitié par onze mois d’efforts non interrompus, les officiers et les drapeaux au centre, et il dit :
« Je vous apporte une grande nouvelle. De- « main nous donnerons l’assaut. La tête de co- « lonne sera détruite en éclairant et ouvrant la « voie, mais j’ai le ferme espoir que la queue fran- « cbira l’obstacle. Pour former cette tète de coa lonne, votre général demande deux cents liom- « mes d’un dévouement et d’un courage supé- « rieurs,
« Je ne vous ai jamais trompés, et à tous ceux « des braves qui survivraient, je ne puis assurer
a une décoration ou un grade. Mais je leur pro- « mets ici solennellement la plus haute récom a pense qui soit pour de tels soldats. Leurs états « recevront aujourd’hui l’inscription — volon- « taire b, l'assaut de Sébastopol — et quand ilssc- « ront rendus à leurs foyers, portant avec eux ce « titre d’honneur, j’affirme qu’ils verront leurs « concitoyens, et les vieillards eux-mêmes, s’in- « cliner avec respect devant leurs services. »
A cette conclusion, les troupes firent éclater une indicible émotion, et j’estime qu’en ce moment, tous ces hommes, exaltés par le sentiment de la récompense que leur gardait la patrie, eussent voulu se dévouer. Plusieurs heures de réflexion leur furent laissées et, dans la soirée, alors que tous les esprits étaient rendus au calme, cinq cent soixante officiers, sous-officiers et soldats, soit le quart de l’effectif présent , vinrent se faire inscrire sur la liste des volontaires. Le général eut tous les embarras d’un choix difficile, pour la réduire au chiffre de deux cents hommes, qui furent prêts pour la grande destruction du lendemain.
Cette action réciproque continue de l’armée