‹ L'armée française en 1867Chapitre 13 sur 46 · DU CARACTÈRE · texte numérisé non relu

DU CARACTÈRE

sur le pays et du pays sur l’armée, a fait des mœurs militaires spéciales à la France qui avait déjà, comme je l’ai montré, un tempérament militaire spécial. C’est un ensemble vraiment beau et très-brillant, qu’on ne rencontrerait pas, je pense, au moins sous la même forme, chez les nations les mieux douées militairement. Aussi les comparaisons qu’on cherche trop souvent a établir entre les différentes armées de l’F.urope et l’armée française, sont-elles rarement heureuses. On ne voit pas non plus que les emprunts de celle-ci à celles-là et réciproquement, — je n’entends parler ici que de la constitution nationale des armées et non pas de leur organisation militaire' — aient réussi.

Je répète que je suis très-éloigné de vouloir établir par ces réflexions, notre supériorité absolue dans les armes. J’ai eu toute ma vie à cet égard les idées les moins exclusives. Je ne puis oublier par exemple, que le maréchal Bugeaud qui avait été pendant sept ans l’adversaire

t . En fait d "organisation, les années font au contraire de fréquents échanges, et c’est U qu’est l'origine de leurs progrès les plus marqués.

souvent heureux des Anglais dans la péninsule, plaçait ù chaque instant dans ses récits la phrase suivante :

« L’infanterie anglaise est la plus redoutable de l’Europe; heureusement il n'y en a pas beaucoup'. »

Et c’est une opinion que des observations personnelles impartiales faites au milieu de l’armée anglaise, pendant- la guerre, ont depuis confirmée dans mon esprit.

J'ai voulu seulement constater que les armées sont dans leurs qualités comme dans leurs défauts, la représentation fidèle des nations cT où elles procèdent ; qu'il faut conséquemment juger et conduire chacune d elles avec des vues et par des mo yens qui lui soien t propres ; que cette doctrine trop souvent méconnue , est surtout apolica/de ii f armée française, dont la complexion est particulière et dont l originalité dépasse , a mon avis, f originalité des autres armées.

1 . C’était un de ses aphorismes militaires les plus familiers, et il en prenait texte pour nous démontrer très-lumineusement les ^causes de nos revers, dans la guerre d’Espagne, devant cette infanterie.

Page 1