Il s’était en 1804 engagé dans les vélites au camp de
VIE MILITAI RK
Ces deux périodes de sa vie remplies de traits fortement accusés, avaient révélé en lui la passion, l’intelligence, l’initiative, l’audace réfléchie, et montré en germe les grandes facultés qui devaient de bonne heure le faire sortir de la foule, lui donner sur elle un ascendant presque invincible et l’élever à une destinée supérieure. Mais en même temps, par ces commencements singuliers, tout son être fut marqué de la double empreinte de l’homme des champs et du soldat, qui résista aux contacts et aux enseignements de la politique, à l’expérience des grandes fonctions, aux leçons des salons, aux efforts de tous, et qui fut jusqu’à la fin le cachet indélébile de cette existence pleine d’originalité, d’accidents et de grandeur.
Si dans l’étude de la carrière du maréchal, on s’arrête de parti pris comme l’ont fait longtemps ses adversaires politiques, au sans-façon des altitudes, à de certaines faiblesses, à des contrastes souvent très-heurtés, à des témérités indiscrètes et hasardées, on juge partialement et on juge mal. Ses débuts dans la vie et dans le monde, l’ardeur de ses convictions, les excitations de la lutte expliquaient surabondamment ces écarts
Boulogne. A Austerlitz (2 décembre 1805) il était caporal de grenadiers.
DU MARÉCHAL BLGEACD. Hï
du moment où dominaient, à ne pouvoir s’y méprendre, la bienveillance et la bonhomie.
Mais comment ne pas s’incliner devant la sincérité de son patriotisme, la fermeté de son incomparable bon sens, l’ampleur de ses vues, la richesse de son expérience, la simplicité véritablement antique de ses habitudes et de sa vie?
De ces grandes facultés naturelles, la plus remarquable peut-être était l’intrépidité singulière, sans apprêt comme sans limites, qu’il montrait dans le péril. Elle se rattachait chez le maréchal à un état habituel de l’âme qui était supérieur, je le crois, à toutes les impressions et à toutes les émotions que la guerre peut faire naître. Il lui devait le précieux avantage de garder au milieu des drames les plus saisissants une sécurité d’observation, une solidité de jugement qui lui permettaient d’analyser la situation et de prendre son parti , avec un esprit inaccessible au trouble, d’une sagacité rare, et que le sentiment de la responsabilité même la plus lourde n’agita jamais.
Il était en état permanent de professorat militaire, propageant avec une infatigable activité, sans le moindre souci de la qualité ou du rang de ses auditeurs, ce qu’il appelait « les idées