‹ L'armée française en 1867Chapitre 3 sur 46 · VIE MILITAIRE · texte numérisé non relu

VIE MILITAIRE

justes. » C’était tout un trésor de philosophie professionnelle, où des principes de guerre fondés sur l’attentive observation des divers états de l’âme humaine et de l’esprit des troupes au milieu des périls, étaient affirmés par le récit émouvant de faits qui remontaient à la bataille d’Austerlitz et s’étendaient à toutes les luttes du premier Empire.

Le vélite du camp de Boulogne était chef de corps à trente ans. Il s’était signalé dans la guerre de la Péninsule, par des actes d’intelligente vigueur qui dépassaient de beaucoup dans leur importance et dans leurs résultats, ce qu’on appelle communément des actions d’éclat. C’étaient de véritables coups de main très-ingénieusement combinés, très-audacieusement exécutés, qui faisaient pressentir le général en chef dans le capitaine de grenadiers. A Pultusk , aux sièges de Lerida, de Tortose, de Tarragone ; au combat d’Yecla où il enleva avec deux cents hommes un corps de huit cents Espagnols ; à Ordal où il détruisit avec dix compagnies d’infanterie un régiment anglais et prit un parc d’artillerie, il s’était acquis une renommée qui lui fit, aux armées d’Aragon et de Catalogne, un rôle de premier ordre. Enfin, en Savoie, dix jours après le désastre de Waterloo, il battit à l’Hôpital-sous-

1)0 MARÉCHAL BÜGEAÜD.

C< >n flans (28 juin 1815), avec dix -sept cents liomines d’infanterie, un corps autrichien de six mille hommes, dans une magnifique action de guerre qui dura toute une journée et où il montra d’inépuisables ressources de résolution et d’habileté. Le combat de l’Hôpital eût suffi à l’illustration de son nom, si la grandeur des événements politiques dominant ces suprêmes efforts de la guerre, n’en eût étouffé le retentissement'.

C’est alors qu’emportant avec lui l’honneur d’avoir combattu le dernier pour la défense du

1 . Le trait qui caractérise peut-être le mieux le maréchal Bugeaud dans les années de sa jeunesse, se rattache à la capitulation de Baylen de douloureux souvenir. On était en 1808, il appartenait comme sous-lieutenant à un régiment de marche qui, à une demi-journée du corps principal du général Dupont, fut informé qu’on l’avait compris danslacapitulation. Les officiers réunis venaient d’apprendre ce désastre, quand le sous-lieutenant Bugeaud, prenant la parole, soutint qu’une troupe sous les armes n’était tenue par une capitulation faite en dehors d’elle, qu’autant qu’elle n’avait aucun moyen de s’y soustraire. Il dit qu’on pouvait pai; une marche rapide gagner la montagne, puis Madrid, et qu’il s’offrait pour former l’arrière-garde avec ses grenadiers. Son langage enflammé releva les ;\mes abattues. On chemina suivant les indications de route qu’il avait fournies en chasseur expert et qui avait fouillé le pays. Les trente lieues à parcourir devant les détachements ennemis qui couvraient la campagne, furent heureusement franchies, et le régiment fut sauvé.

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territoire, il revit les bois de la Dordogne et ses foyers. C’est alors que commença pour lui cette seconde carrière où l’attendaient d’autres luttes et d’autres efforts; où il dut reconquérir parla plus persévérante économie, un champ après f autre, comme il le disait souvent, le domaine paternel passé en des mains étrangères. L’agriculture où il ne tarda pas à exceller, devint la passion de sa vie et il y apporta les aptitudes, les vues pratiques, le rare bon sens qu’il avait naguère montrés dans les armes.

Cependant il voulut faire à d’autres travaux une part dans les loisirs de sa retraite. Lisant avec choix, discutant ardemment, méditant sur la chose publique, il se fit lui-même le fonds de savoir, de culture d’esprit et d’expérience des affaires, avec lequel il put tenir dans le monde, quand il y revint, et dans les assemblées politiques, la haute place où nous l’avons vu.

Je ne sais rien de plus caractéristique et de plus attachant que cette évolution de trente ans dans l’existence du maréchal, qui commence au camp de Boulogne, le ramène à travers cent actions d’éclat dans les champs de la Piconerie, l’y fixe quinze ans, et enfin le rejette pour le reste de sa vie dans la lutte politique et daus l’armée. N’était-il pas prédestiné à léguer à ses descen-

DU MARÉCHAL BIJGEALD. Vit

dants la simple et belle devise qui devait plus tard résumer sa carrière et la consacrer dans nos souvenirs :

Ense et aratro.

J’ai rappelé la vie du maréchal Bugeaud à grands traits, dans sa période qui est aujourd’hui la plus oubliée ou la moins connue. Je ne referai pas l’histoire contemporaine, en le suivant dans l’œuvre de la conquête algérienne qui acheva sa renommée. La persévérance des efforts, l’éclat des moyens, la grandeur des résultats, forcèrent ses plus ardents contradicteurs à s’incliner devant l’homme et devant les services rendus. Les récits des soldais rentrant dans leurs foyers le firent populaire. A un mouvement particulier de ses épaules, ils avaient deviné , dans ce général en chef, Je grenadier qui avait autrefois porté comme eux le havre-sac. Son attentive sollicitude pour leurs besoins, ses ménagements pour leurs fatigues, sa résolution dans le danger, sa bonhomie, le leur avaient rendu cher. Us l’appelaient affectueusement « le père Bugeaud » , comme autrefois les vétérans de Louis XIV appelaient Câlinât « le père la Pensée *. »

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