‹ L'armée française en 1867Chapitre 22 sur 46 · LES GROGNARDS DD PREMIER EMPIRE · texte numérisé non relu

LES GROGNARDS DD PREMIER EMPIRE

diverses, souvent violentes et forcées, où il faut les conduire et en être maître.

t]ne telle expérience n’est pas d’ordinaire le lot des jeunes gens, à moins qu'ils n’aient le génie d’intuition de ces grands capitaines dont l’histoire nous montre quelques rares modèles, mais sur lesquels gouvernements et peuples feront sagement de ne pas compter. Je reconnais toutefois que, pour produire tout son effet utile, l’expérience réclame, comme auxiliaires indispensables, une santé vigoureuse, avec des aptitudes et des habitudes d’activité physique et intellectuelle que l’âge exclut trop souvent.

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l'esprit du siècle dans l'armée.

1 1 faut à la France une année capable de lut conserver la gloire, de défendre son indépendance, de la préserver de la dégénération et de la langueur où l’amour des richesses et des jouissances a entraîné tant de nations.

(Le général de division comte MoRA.ru», Du premier Empire, 1829.)

Iæs hommes qui ont assez longtemps vécu dans l’armée pour y voir la succession de plusieurs générations, qui ont pu conséquemment observer à des époques différentes nos mœurs militaires, sont unanimes à reconnaître les modifications profondes que chacune de nos révolutions politiques y a introduites. La raison en

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est très-apparente et je l’ai indiquée en exprimant : a que les armées, et l’armée française en particulier, sont la représentation fidèle des nations d’où elles procèdent. >> Or, les révolutions ont une influence directe sur les mœurs publiques, lesquelles réagissent à leur tour, en vertu de la loi que je viens de rappeler, sur les mœurs des armées. C’est aiusi, par exemple, que la nôtre a vu graduellement disparaître ses anciennes habitudes de simplicité militaire et de pauvreté, cédant dans une mesure toujours croissante, aux besoins de bien-être, de confort et même de luxe qui ont prévalu dans le pays. Je ne pense pas qu’il nous soit donné de revoir jamais les temps où un officier d’infanterie, partant pour rejoindre l’armée, recevait une très-petite part de sa solde en argent, une très-grosse part en assignats sans valeur, avec deux paires de souliers; où un officier général.eu .présence de l’ennemi, ne réclamait pour ses troupes, dans une lettre qui a été conservée, .ni la solde qu elles ne recevaient plus, ni le vêlement ou la chaussure qu’elles ne. recevaient guère, mais les vivres de campagne! « .... Mes. lapins n’ont pas de pain;;

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pas de pain, pas de lapins; pas de lapins, pas de victoires.... s>

Nos lapins d’aujourd’hui nourris, vêtus, soldés comme ils le sont, seraient très-incommodés de la situation que nous révèle l’histoire des temps passés. Ils ont de grands besoins.

Pour moi, je ne regrette pas ces temps-là qui avaient, j’imagine, comme les nôtres, leurs grands et petits aspects, et ce n’est pas avec un esprit chagrin, encore moins dans un parti pris de rabaisser les choses contemporaines, que je suis entré dans ces comparaisons. J’ai voulu seulement établir que pendant que les mœurs publiques se transformaient, les mœurs militaires se transformaient aussi, et montrer à quel point nos habitudes diffèrent à présent des habitudes de nos pères.

Entre ces transformations très-diverses, il en est qui sont absolument inévitables et dont il faut, comme on dit, prendre son parti, en cherchant seulement à en contenir et diriger les effets. Mais il en est d’autres qui emportent avec elles de sérieux périls qu’il serait, je crois, possible de conjurer. Je veux examiner celles-ci.

l’esprit du siècle

Déjà, j’ai eu l’occasion de mettre en évidence les causes des ardentes préoccupations d’ambition qui régnent parmi nous. Dans l’exposé trèssommaire d’une théorie de l' administration de ! avancement, je rechercherai les moyens d’offrir à cette ambition, dans la mesure du nécessaire et du juste, les satisfactions qu’elle réclame. Pour le moment, jeme borne àconstater en passant , qu’elle se rattache à l’une des transformations les plus caractérisées que nous ayons vues se produire dans l’esprit de l’armée. Avant la révolution de 1 830, en effet, pendant toute la durée du gouvernement de la Restauration, l’avancement, par des raisons qui sont trop connues pour qu’il soit utile de les rappeler ici, était lent et difficile à ce point qu’on peut dire qu’il n’existait pas. Le sentiment de cette impossibilité d’avancer pénétrant peu à peu dans tous les esprits, personne ne faisait de rêves ambitieux et chacun s’accommodait de l'immobilité qui était la loi commune. Je pourrais citer, parmi les généraux de division qui sont aujourd’hui les doyens de l’armée, une foule d’hommes considérables par l’autorité de leurs services, qui, parvenus très-jeunes au grade de capitaine dans les

dadts l’armée. y;j

dernières années de l’Empire, ont fait dans ce grade, sans se plaindre, sans en avoir même la pensée, une station de seize à vingt ans !

Après 1830, les événements de la politique et de la guerre ont appliqué à l’avancement un mouvement qui s’est de plus en plus accéléré. Beaucoup et de brillantes fortunes militaires ont été faites depuis les commencements de la guerre d’Afrique jusqu'au temps présent, toutes contribuant à exciter les esprits, à exalter les espérances. L’ambition s’est graduellement exagérée parmi nous et aujourd’hui elle se dénature. Réglée et marchant à un but virilement défini, elle est quelquefois la marque de facultés d’un ordre supérieur et le stimulant des grandes actions. Mais quelle estime faire et qu’attendre d’une passion qui ne se fixe pas, parce qu’elle convoite tout, qui a pour origine des prétentions, pour moyen la compétition, et que rien n’apaise ! Si bien que les dignités, les grades et les emplois, les ordres nationaux et étrangers, la rectification ou l’amplification du nom paternel, les jouissances que crée la richesse, ne lui suffisent plus.

I^e soldat qui cesse d’être pauvre, est renfermé

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dans la redoutable alternative de donner au désordre, où il se démoralise, l’argent qu’il a reçu, et qui rie lui est pas nécessaire, puisque l’État pourvoit libéralement à tous ses besoins; ou de former, s’il est par impossible calculateur et prévoyant, ce pécule qui s’accroît avec le temps, en lui promettant un certain bien-être ultérieur, préoccupation qui ne tarde pas à l’envahir tout entier et en fait un soldat conservateur, je veux dire conservateur de sa personne au milieu des épreuves et des dangers dé la guerre. C’est une sorte de capitaliste qui ne saurait trouver opportun ni judicieux de se faire tuer.

Chez les officiers et les généraux, la même cause crée les mêmes effets, avec des périls plus grands encore, car ceux-là ne reçoivent pas l’exemple, ils le donnent, et quand dans leurs âmes, le calcul a pris la place du patriotisme, c’en est fait des armées. Les annales de tous les peuples et de tous les temps nous ont appris ces vérités, et il ne faudrait pas remonter bien loin en arrière dans l’histoire contemporaine, pour constater ce que sont, au jour des grands revers militaires et des grandes épreuves nationales, la

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solidité de caractère, la fermeté dans la fidélité et dans le devoir, des généraux que la fortune a soudainement comblés en les élevant au-dessus de tous ! Enfin qui ne voit que l’invasion parmi nous, de ces principes destructeurs du désintéressement professionnel, fait naître les rivalités et l’égoïsme, favorise les audacieux, écarte les dévouements sincères et désorganise peu à peu, par toute sorte de moyens aperçus et inaperçus, cette grande famille militaire française dont les membres étaient si étroitement unis dans la simplicité et dans l’honneur !

Pour combattre ces funestes principes, il faut leur opposer les principes contraires, élever autel contre autel, et montrer que si les habitudes prises par l’armée au contact des mœurs publiques sont un péril, ce péril peut être dominé par X éducation spéciale que la loi, l’État et les hommes à qui l’État délègue une part de ses pouvoirs sur l’armée, feraient prévaloir. Que l’école du devoir devienne familière aux troupes comme l’école du peloton et du bataillon. Que nos soldats apprennent chaque jour et gardent celte ferme croyance: ce n’est pas aux honneurs,

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encore moins à l’argent, « mais à l’opinion seule qu’il appartient de récompenser dignement le sacrifice de la vie ', » et ils resteront les premiers soldats du monde.

Les découvertes de la science auxiliaire ordinaire de l’industrie et des arts de la paix, ont été de tout temps utilisées par les armes. C’est l’une d’elles, la plus grande de toutes, la découverte de la poudre à canon, qui a fixé les formes de la guerre moderne. Mais autrefois, elles apparaissaient de loin en loin dans les siècles. Les générations les expérimentaient et les perfectionnaient lentement. De nos jours, la science ne se contente plus de ce rôle d’auxiliaire delà guerre. Elle veut en être le moyen principal. Les découvertes succèdent aux découvertes avec une rapidité inouïe qui déconcerte les esprits, jette les gouvernements dans l’incertitude et leurs budgets dans le désarroi, en attendant qu’elle plonge les familles dans le deuil, car toutes ces inventions ont invariablement le même objet qui est de « tuer un maximum de gens dans un minimum

1. De F esprit des institutions militaires (maréchal il* Ragusb).

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