DE L'ESPRIT DE HIÉRARCHIE
L’importance et .la considération des divers grades résident dans les droits respectifs qu’ils confèrent. Le plein exercice de ces droits est une source d’émulation et d’bonorable ambition, en meme temps qu’il assure à l’autorité son action et son respect.
Lieutenaut général de Préval.
( Hiérarchie et avancement.)
Je signalerai dans l’esprit des troupes une transformation d’une autre nature qui est également, à mon avis, une altération grave.
Autrefois, les dépositaires du commandement étaient entourés parmi nous, d’une autorité morale dont les effets étaient très-favorables au maintien d’une ferme discipline et des liabi-
100 DE l’esprit DF. HIÉRARCHIE, tudes militaires ; je les ai encore présents à ia mémoire. Ainsi, quand le dimanche, le colonel’ devait apparaître au quartier pour la revue de ce jour, l’attente était vivement excitée, de grands efforts étaient faits pour que tout lui fût présenté en bon ordre, c’était un événement. C’en était un plus grand, quand la revue des généraux commandant sur les lieux était attendue, et un plus grand encore, quand il s’agissait des opéra tions d’inspection générale faites par un délégué du ministre revêtu d’une partie de ses pouvoirs. Plusieurs mois à l’avance, on se préparait avec un zèle extrême à cette épreuve qui préoccupait tous les esprits, touchait à tous les intérêts, et surtout excitait au plus haut point l’amour-propre ré-
i . Dans ce temps-là, les chefs de corps ne concentraient pas entre leurs mains, comme aujourd’hui, toutes les directions et toutes les surveillances. Leurs collaborateurs en sous-ordre, fonctionnaient largement et presque librement, chacun dans sa sphère, sous une responsabilité nettement définie.
Le colonel était un personnage hors foule, et dont la vie entière ne s’écoulait pas au milieu du personnel et du materiel régimentaire, dans les cours du quartier, dans les chambres, dans les ateliers, etc. Il ne nous apparaissait qu’à ses jour et heure, pour résoudre les questions de commandement et pour donner l 'impulsion.
ue l’esprit de hiérarchie. 101 gimentaire. Quand se présentait devant les troupes l’homme dont la fonction était entourée d’un tel prestige, son influence, si elle était bien comprise par lui et bien conduite, s’exercait très-heureusement sur l’esprit du personnel, sur toutes les parties du service, et laissait des traces durables.
Aujourd’hui, les colonels, les généraux, les plus grands personnages militaires, se présentent aux troupes sans faire sur elles d’impression. Le sentiment de leur mission auprès d’elles, et de leur haute position dans la hiérarchie, semble s’être effacé. Elles les voient arriver, les reçoivent et les voient partir avec indifférence; tout au plus, quand ils ont une notoriété spéciale, excitent-ils en elles une préoccupation passagère d’intérêt ou plutôt de curiosilé.
C’est que les croyances sincères et la foi militaire. avec les ardeurs et les émotions particulières qui les accompagnent ordinairement, se sont affaiblies. Un sentiment traditionnel trèsélevé. très-conservateur, qui était une des forces de cohésion de l’armée et que je nomme « f es-