DE LESPBIT DE HIÉRARCHIE
prit de hiérarchie » tend à disparaître. Il ne faut pas se dissimuler la gravité d’un symptôme qui accuse, dans la famille militaire, l'amoindrissement déjà signalé dans l’ensemble de la société française, du principe et des habitudes de respect.
En ce qui touche l’armée, la principale cause de cette moins- value morale est facile à reconnaître. Là, en effet, la hiérarchie, du sommet à la base, forme une chaîne dont tous les anneaux sont étroitement liés entre eux et solidaires, à ce point que cette chaîne ne peut être interrompue en un seul endroit, sans que la hiérarchie tout entière soit atteinte et souffre. Ainsi, aucune affaire ne doit être instruite, aucune répression appliquée, aucune récompense accordée, sans que les divers pouvoirs étagés au-dessus des personnes que ces actes concernent, n’interviennent tous et successivement, en exprimant leur avis dans une forme que la règle détermine. C’est là l’une de nos lois militaires les plus anciennes, les plus absolues, et l’un de ses effets, qu’on aperçoit immédiatement, est d’assurer à chacun de ces pouvoirs toute l’influence et toute l’autorité dont il a besoin.
DE l’esprit de hiérarchie. 103
Or l'observation de cette loi est aujourd’hui beaucoup moins rigoureuse que dans le passé.
Il n’est pas rare de la voir dominée ou éludée par des intérêts qui s’agitent bruyamment, en dehors de la sphère dans laquelle le principe hiérarchique devrait les retenir enfermés. Les succès qu’ils obtiennent souvent, compromettent la dignité et le prestige des chefs militaires, qui ne fonctionnent plus dans la plénitude de leurs droits réguliers. Les appétits surexcités s’enflamment, se pressent sur la brèche qu’ils sont ainsi parvenus à ouvrir dans le rempart de la loi commune ; le sentiment militaire s’altère, l’esprit de hiérarchie et les respects s’en vont.