RÉFLEXIONS SUR L.' AVANCE MENT
hasard rien de ce que peuvent régler des principes définis et fermement arrêtes. Ils préside- . raient dans l’armée aux actes rémunérateurs de foute sorte , et particulièrement à ce que j'appellerai l'administration de F avancement , principal moyen de renouvellement du personnel de commandement .
L’avancement, je me hâte de le dire, est soumis à des règles fixées par la loi. Il n’a conséquemment rien d’arbitraire. Mais ce sont, je le répète, les principes qui manquent, pour l’application judicieuse de ces règles, depuis cinquante ans qu’elles existent. Ainsi les propositions et promotions sont trop souvent faites sous les impressions et dans le sens des besoins du moment, rarement dans des prévisions d’avenir. Or l’avancement, en soi, touche surtout à des questions d’avenir et les résout virtuellement. En France, par exemple, tout officier qui, par fortune de guerre ou autrement, est pourvu du grade de chef de bataillon ou d’escadron peu après sa trentième année, est assuré, alors même qu’il n aurait pas d’autre mérite que d’avoir rencontré cette heureuse avance, de commander un jour
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une division î Rien ne peut plus, généralement, arrêter l'essor de sa carrière.
Et, inversement, l'officier le plus notoirement capable, dont les débuts n’auraient pas été favorisés par le sort, ne saurait à moins de circonstances d’exception, sortir de la foule et arriver aux commandements supérieurs. En sorte que la composition de l’état-major général français dépend, le plus ordinairement, de relations d’âge créées par la fortune des situations. Il serait trèsimportant que l’État réservât des rémunérations spéciales, largement distribuées, à de certains services et à de certains mérites, aux actions d’éclat, aux blessures. L’avancement n'en serait plus la récompense obligée. On distinguerait expressément, sous ce dernier rapport, entre les officiers qui ont l’avenir d’un chef de bataillon, d’un colonel, d’un général, proportionnant le développement de la carrière de chacun à l’étendue de ses facultés, aux preuves qu’il aurait faites, aux garanties qu’il offrirait pour l’exercice du commandement, à ses divers degrés, dans les guerres à venir. Dans cet ordre d’idées, un vieux lieutenant pourrait être officier delà Légion d’hon-
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neur, haute distinction qui serait tout à la fois la récompense des efforts et la marque du terme de sa carrière ; un jeune officier général pourrait être simple légionnaire', celui-ci cheminant dans l’armée, au nom d'un grand intérêt public, vers un but absolument différent du but que celui-là poursuivait. On ne verrait pas comme aujourd’hui, les distinctions honorifiques être pour chaque grade, une sorte d' appendice et de complément proportionnels obligés ; si bien qu’un officier général, par exemple, qui n’a pas dans la Légion d’honneur un rang déterminé, se tient pour lésé dans ses intérêts et atteint dans sa considération * ! C’est une véritable confusion d’idées
L En janvier 1841,1e général de Lamoricière, lieutenant général et commandant la province d’Oran,avec une autorité de situation qui est présente à tous les souvenirs, était chevalier de la Légion d'honneur, sans plus. Assurément il n’en était pas amoindri.
2. Je n’entends parler ici ni des médailles attribuées indistinctement, à titre commémoratif, à toutes les individualités qui ont fait « du plus au moins » une campagne de guerre; ni des décorations étrangères qui donnent lieu dans le public et dans l’armée, à une fièvre que je trouve trèspeu française et souvent à * une industrie » que je trouve très-peu avouable. Ces médailles et ces décorations sont des importations du dehors aux principes étaux effets desquelles
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et de laits qui déplace le rôle et qui dénature le prestige des grades et des distinctions honorifiques. L'adoption par l’État des vues que j’exprime à ce sujet, rectifierait les traditions et les habitudes de l’armée. Chacun saurait qu’une décoration a exclusivement le caractère d’une marque d’honneur et d’une récompense; que le grade qui honorée! récompense aussi, assure par-dessus tout la constitution du commandement et prépare l’avenir des armées dans la guerre. Lesambitionset compétitions se classeraient eu se divisant, au lieu de se confondre. Elles seraient plus raisonnables et moins ardentes. L’esprit militaire y gagnerait beaucoup. Le commandement aurait plus de spécialité, de ressort et d’autorité.
Je ferai une autre observation au sujet de f Administration de l' avancement. Après chaque période de dix ans ou de quinze ans de paix, on entend généralement dire qu'il «faut rajeunir l’armée, et sous l’empire de cette préoccupation
je n’ai pas besoin (le dire que je suis absolument opposé. Rappellerai-je à quelle exploitation le Saint-Père a été soumis sous ce rapport? C’est un côté de la question romaine, par lequel le pouvoir temporel a toujours et unanimement été reconnu.
1 1 2 RÉFLEXIONS SUR L’AVANCEMENT légitime, on s’efforce de ne faire entrer dans les promotions que des officiers jeunes ou relativement jeunes. 11 en résulte qu’ils s’éternisent dans leurs grades, en raison de la concurrence ex aequo quant à l’âge, qu’ils se font réciproquement. Les cadres d’officiers inférieurs, supérieurs et généraux s’encombrent, les renouvellements périodiques deviennent difficiles ou impossibles, et la pléthore suit, avec les divers inconvénients d’alanguissement et d’alourdissement qu’elle entraîne. En voulant tout rajeunir, il se trouve qu'avec le temps on a tout vieilli. C’est que pour rajeunir effectivement le commandement, il faut admettre dans toute promotion d’ofificiers généraux ou supérieurs, une combinaison qui fasse une part aux candidats d’avenir et qu’attend une longue carrière dans l’armée, une part aux plus âgés (choisis bien entendu avec un soin particulier) qui seront remplacés à bref délai par d’autres. Cette disposition de prévision est fondamentale. Elle assure et échelonne, en quelque sorte par des coupes réglées, la succession des vacances.
L'administration de l’avancement dans la paix ,