DE I,’ ARMÉE FRANÇAISE
Aussi, dès que les officiers généraux qui ont l’expérience de cet état de choses, dù tout à la fois au tempérament particulier de nos soldats et à l'insuffisance de leur éducation militaire, sont entrés en possession d’un commandement en vue de la guerre, leur premier soin doit être de reprendre en sous-œuvre cette éducation. Profitant des séjours, des haltes prolongées dans les marches, et généralement, de tous les répits que leur laisse la guerre, il faut qu’ils réunissent les officiers dans les conférences dont j’ai montré l’intérêt et le but; qu’ils parlent souvent aux cadres, quand la troupe est réunie sur le terrain, faisant ressortir et élevant à leurs propres yeux l’importance si réelle de leur rôle ; qu’ils parlent quelquefois, quand la circonstance est oppQrtune et décisive, à la troupe elle-même ; il faut, qu’après avoir solidement établi, par ces divers moyens, les principes, ils ne laissent échapper aucune occasion d’en faire publiquement l’application, en l'accompagnant, par la voie de l’ordre du jour, de commentaires propres à saisir les esprits, honorant les braves gens, flétrissant et frappant les indignes, faisant prévaloir enfin, avec
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une infatigable conviction, les préoccupations
d’honneur, de devoir, de dévouement !
Les dépositaires du commandement qui sèmeront ainsi dans l’armée française, recueilleront. Ils auront le noble orgueil de voir s’élever tous les jours dans ces âmes, dont ils ont charge, le niveau des grands sentiments qui sont conservateurs des armées et qui leur donnent, dans la souffrance et dans le péril, la sérénité et la fermeté.
Ces idées ne sont pas dans mon esprit à l’état de théories spéculatives. Je les ai vu pratiquer et je les ai pratiquées moi-même à la guerre. J’ai loi dans leurs résultats. Elles ne sont pas nouvelles d’ailleurs, et l’histoire de tous les peuples qui ont compris la grandeur des institutions militaires et leur influence sur la marche de la civilisation, témoigne de l’importance qu’ils attachaient à l’éducation de leurs armées. Ils mettaient tous leurs soins à développer chez elles, par des moyens quinedifféraient pas de ceux que je préconise, les aspirations, les sentiments et les principes qui créent cette force morale avec laquelle on peut tout) oser. Il est impossible d’expliquer
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les incroyables entreprises des petites armées d’Alexandre et de César, autrement que par le haut degré de perfection auquel, sous ce rapport, elles étaient parvenues. On sait notamment que jamais ces grands capitaiues n’auraient conduit leurs soldats à la bataille, sans avoir préalablement élevé leurs âmes à la hauteur des efforts et des sacrifices dont la victoire devait être le prix. « Toutes tes fois — dit Montaigne, en parlant de César pour qui il est plein d’une si profonde et naïve admiration — qu'il veut montrer avoir « este surpris ou pressé, il allègue qu'il n'eut pas « seulement le loisir cl’ exhorter ses gens. De « vrajr, sa langue lui a faict en plusieurs lieux « de notables services. »