DE LA DISPERSION DES TROUPES DANS LES GARNISONS
L’usage en France est de dissoudre' an moment de la paix, les corps d’armée, les divisions et les brigades. Cet usage est un reste du régime féodal.
• Pour la guerre, K organisation pendant la paix, en corps, divisions et brigades, est une nécessité; et la perfection avec laquelle elle est calculée, a une grande influence sur les succès.
Les Prussiens et les Russes nous en donnent l'exemple.
(Le général de division du premier Empire, comte Morahd, 1829.)
En Prusse 1 et en Russie l’armée active, en
temps de paix comme en temps de guerre, est
1 . Toutes les armées allemandes, à l’exception de celles de l’Autriche, sont organisées comme l’armée prussienne.
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formée de plusieurs corps d’armée comprenant chacun des divisions, des brigades, des régiments, des états-majors, des dépôts, tout un personnel, tout un matériel, qui existent et qui fonctionnent en état de permanence et de solidarité — avec leurs renouvellements à portée — si bien que d'un jour à l’autre, pour ainsi due, F ensemble est prêt pour l action.
On peut trouver à cette organisation militaire — comme à toutes les combinaisons imaginées par les hommes — des inconvénients. Aije besoin de m’étendre sur les incomparables avantages qu’eile crée pour la guerre, quand elle a pénétré dans les habitudes des nations et des armées! — Avantages de conservation de l'esprit militaire, par les liens qui se forment du haut au bas de la hiérarchie, entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent ; — avantages de condensation de toutes les facultés morales, . et d'expérimentation de tous les moyens matériels dans un organisme compliqué ; — avantages de rapidité dans la concentration, de concert et d’énergie dans l’exécution, quand l’heure est venue d’agir; — avantages de toute sorte dans
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la préparation de la guerre, préparation qu’il devient possible de réaliser, sans agiter tout un pays et toute une armée, par des mouvements violents, multipliés, et qui ont l’inconvénient grave de révéler longtemps à l’avance les efforts qu’on fait.
A l’exception de quelques grands centres comme Paris, Lyon et le camp de Chàlons où se rencontrent des troupes plutôt réunies qu' organisées , les éléments de la guerre — peiv sonnet et matériel — sont dans l’isolement et dans une dispersion qui va souvent jusqu’à l’infini. Il y a tel colonel qui, absorbé par les détails si multipliés du commandement et de l’administration au centre du régiment, n’a pu voir après plusieurs mois tous ses détachements, ni par conséquent en être vu. Pour les généraux chargés des commandements divisionnaires et subdivisionnaires, la difficulté d’entrer en rapport avec leurs troupes, est encore plus grande.
De concentrations organisées, d’échanges de sentiments et de vues, de relations entre les différentes armes, d’éducation en commun, de manœuvres d’ensemble conformes à la pratique
134 DE LA DISPERSION DES TROUPES de la guerre, il ne peut être question. C’est l’impossible. Et quand vient la guerre, tout cet ensemble esta créer et se crée... devant l’ennemi, avec des allées et venues qui n’ont pas de fin et qui entretiennent une sorte de fièvre dans des armées vouées à l’agitation et au décousu !
Cette dispersion des troupes est, comme le dit le général Morand, un reste de la tradition féodale. Elle a été entretenue dans le pays, par la nécessité à laquelle les gouvernements passés ont dû obéir, en l'absence d’un réseau de voies ferrées assurant les concentrations rapides, d’avoir des troupes un peu partout, pour le maintien de l’ordre public; et plus encore, par les efforts des municipalités, en vue de procurer à leurs budgets et au commerce local, le bénéfice résultant de la présence des garnisons permanentes.
De ces deux motifs de dispersion, le premier n’existe plus. Quant au second, il faut le faire disparaître, en écartant résolument les exigences des intérêts de clocher, et en obligeant les places fortes — dont le nombre nous accable,
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comme les villes ouvertes, à renoncer aux habitudes qu’elles ont prises. Le but qu’on doit se proposer, mais que de sérieuses difficultés de casernement et d’administration ne permettront d’atteindre qu’avec le temps, c’est d’appeler dans des centres convenablement choisis, des brigades d’infanterie et de cavalerie, avec leur artillerie et les compléments indispensables pour la guerre. Près de là, des camps, d’où serait banni pour tout le monde le confort des installations permanentes, réuniraient sous la tente ces troupes autant que possible organisées en corps d’armée. Elles y recevraient théoriquement et pratiquement, pendant la belle saison, V éducation dont j’ai cherché dans le cours de ce travail à donner un aperçu.
Quelle utile et profonde transformation dans nos habitudes, et bientôt après dans nos mœurs militaires, résulterait de ce retour aux principes qui doivent régler l’existence des armées dans la paix, surtout si le sentiment public s’associait patriotiquement à ces vues et à ces efforts! Comment en différer la réalisation, dans un temps où la vitesse, en tout , sera P invincible loi de la