‹ L'armée française en 1867Chapitre 38 sur 46 · DE LA PRÉPARATION DE LA GL'ERRIÎ · texte numérisé non relu

DE LA PRÉPARATION DE LA GL'ERRIÎ

parce qu’ayant vu la fortune à l’œuvre sur le champ de bataille, je sais par quels à-coups et par quel inattendu elle procède, .le les plains surtout, parce que je crois «jue cette épigraphe d’une relation allemande, remarquée parmi nous, de la bataille de Kœnigsgrælz : « Cherchez les causes de la catastrophe dans les erreurs de l’État » est trop souvent vraie.

A la guerre, l’infanterie est l'instrument de la force et de la durée.

(l'Auteur.)

On dit proverbialement que « l’infanterie est la reine des batailles. » C’est une vérité qu’aucun homme de guerre ne contestera, mais dont l’expression vague et poétique veut être précisée. L’infanterie est tout à la fois l’agent principal du combat, et le point d'appui de tous les autres agents du combat. Si elle avance, faisant plier devant elle les lignes qui lui sont opposées, et occupant successivement leurs positions, c’est la victoire acquise. Si elle conserve son terrain,

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tenant ferme et luttant sans regarder en arrière, c est la victoire encore incertaine qu’une manoeuvre heureuse et un dernier effort peuvent fixer.

Si, dominée par les événements, elle recule et recule encore, hors d’état de profiter des points d’appui (jue le champ de bataille lui offre pour faire tête et reprendre l’offensive, c’est la défaite qui s’annonce.

\insi la contenance de l’infanterie règle sur le champ de bataille, le degré d’avancement de la crise, en même temps que le niveau du moral et des espérances de la masse entière. Quelle grande mission !

Et cette mission du moment remplie, l’infanterie rencontre sa tâche permanente qui est de cheminer tous les jours sous la charge pesante d'exécuter tous les grands travaux, de veiller le jour et la nuit à la sûreté de tous, de prêter ses auxiliaires à toutes les armes et à tous les sei x ices.

.le crois avoir justifié la définition que j’ai donnée, du rôle de l’infanterie à la guerre. Elle

■J . Trente-cinq kilogrammes environ, plus du tiers de la , charge réglementaire du mulet en campagne.

INFANTERIE. 1 T'i

est f instrument de lu force et de la duree. Comment l’infanterie de ligue, celle qui forme la grande masse et qui a besoin de tant de puissance, est-elle constituée ? Par ce qu’on pourrait appeler « les reliquats des contingents annuels. » Sur chacun d’eux en effet nous prélevons : 1° les hommes de choix destinés aux corps spéciaux de l’artillerie et du génie, prélèvement nécessaire, parce que ces corps ont à exécuter des manœuvres de force et des travaux qui exigent des hommes de taille et de vigueur 1 ; 2° les hommes remplissant les mêmes conditions, qui sont réservés à la grosse cavalerie, à la cavalerie de ligne, au train des équipages et même, avec un abaissement dans la taille, à la cavalerie légère ; 3" au profit d’un corps spécial d’infanterie (les bataillons de chasseurs à pied), les hommes petits, aux larges épaules, à la poitrine développée. lestes en même temps, d’une physionomie intelligente.

Quand est terminé l’ensemble de ces opé-

1 . Ce choix pourrait être moins rigoureux pour la catégorie tirs conducteurs , ù qui la force est nécessaire, mais qui devraient être (l’un poids plus léger.

rations d’épuisement faites par tant de pompes aspirantes, dans la masse du contingent, ce qui reste est la part de l'infanterie de ligne. Cette part est introduite dans les bataillons auxquels, chaque année pendant la paix, continuellement et dans une proportion très-élevée pendant la guerre, nous empruntons les hommes d’élite appelés à recruter la garde impériale dont l’effectif est relativement très-considérable *. Et enfin pour achever le tableau, quand l’unité de combat, quand le bataillon d’infanterie est constitué, nous demandons aux six compagnies dont il se compose deux compagnies d’élite * entre lesquelles nous encadrons les quatre autres qui sont le résultat final, souffreteux, accablé, de tant de criblages successifs ! Ces compagnies du centre qui forment numériquement le principal de nos li-

t . Avec le maréchal Gouvion-Saint-Cyr, je suis contraire au principe de la création de corps d’élite. Mais, le principe admis, je pense que leur effectif doit être très-limité.

2. Au commencement du premier Empire, les bataillons n’avaient qu’une compagnie d’élite que recrutaient sept compagnies du centre. Ils eurent plus tard deux compagnies d’élite que recrutaient six compagnies du centre, proportion déjà excessive et qu’au jourd’hui nous dépassons de beaucoup.

gîtes de bataille, manquent de tout ce qui créé l’activité, le ressort, la foi, et c’est à la guerre que leur faiblesse apparait avec tous ses regrettables effets. Le rôle des compagnies d’élite devant l’ennemi, est laborieux, périlleux quelquefois, parce qu’elles ont des fonctions d’entrainement. Leurs pertes sont donc relativement importantes, et comme les chefs de corps attachent naturellement du prix à ce que leur effectif d’élite reste à un niveau constant, les quatre compagnies du centre s’épuisent pour remplir ces vides incessamment renouvelés. Elles finissent par n’ètre plus que des ombres

On voit que les règles que nous appliquons à la constitution de l'infanterie, soit au moment où nous la formons, soit après qu’elle a été formée, créent systématiquement un état de choses que j'appellerai F énervation de la masse au profit des groupes, absolument contraire au grand

1. Vers la fin de la campagne d’Italie, alors que la chaleur et la iHjussièrc incommodaient sérieusement les troupes, et que les étapes devenaient très-pénibles, les compagnies du centre n’arrivaient que difficilement au bivac. Elles avaient de nombreux traînards cheminant par petite groupes en arrière des colonne-.

intérêt qu’il s’agit de servir. Il faut, en effet, que la masse entière soit très-solide, et dans toutes ses parties également solide, c’est-à-dire que la force et la faiblesse, soient partout mêlées, cellelà servant à celle-ci de point d’appui, d’exemple, d’excitant permanent, et non pas la force condensée sur quelques points des lignes, la faiblesse sur quelques autres.

Pour obtenir ces effets de solidité généralisée, il faut distribuer les éléments du recrutement entre l’infanterie et la cavalerie, dans d’autres vues que celles qui président traditionnellement à cette opération. L’infanterie aurait en hommes vigoureusement constitués, la cavalerie en hommes d’un poids léger *, une part plus large.

Enfin, l’heure me parait venue de fondre, dans les régiments d'infanterie, les bataillons de chasseurs à pied. La spécialité de ces bataillons si réelle autrefois et si utile, particulièrement dans la guerre d’Afrique, a-t-elle gardé ce double caractère de réalité et d’utilité? L’expérience se prononce pour la négative. D’une part, la spécialité

1. J’exprimerai ci-après mes vues sur la transformation de la cavalerie

Digitizèd by

île leur armement', fort diminuée par l’adoption pour toute l’inranteriedu fusil rayé, disparaît par l’adoption du fusil à tir continu devenu l’arme commune. Leur spécialité d habileté dans le tir est, à certains égards, contestable; dans tous les cas, sans entrer à ce sujet dans des discussions qui seraient sans but, et admettant avec tous ses effets la spécialité dont il s’agit, il est acquis qu’elle n’est pas utilisable à la guerre. Les généraux divisionnaires, qui ont commandé devant l’ennemi, ont fait sur ce point des expériences concluantes. Avoir à point nommé le bataillon de chasseurs à pied de la division pour couvrir son front de tirailleurs 2 , dans une disposition qui assure à chacun des bataillons de la ligne , une part proportionnelle de cette protection, par des troupes dont le commandement est indépendant de celui des bataillons eux-mêmes, c’est presque l’impossible. 11 faut pour cela que

t. La spécialité de l’armement fut l'objet princ ipal de la création des bataillons de chasseurs à pied. On n’imaginait pas alors que la masse de l’infanterie pût être armée d’un autre fusil que celui dit de munition.

2. Il convient d’ajouter que si les bataillons de chasseurs avaient cette mission exclusive, ils seraient, dès les premiers mois d'une campagne, exténués et désorganisés.

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l’entente et le concert s’établissent au milieu d’une crise où l’autorité seule, non sans effort, peut prévaloir. Aussi, quel rôle la plupart des divisionnaires ont- ils assigné, dans les dernières guerres, à leurs bataillons de chasseurs envisagés bien plus au point de vue de leur solidité que de leur spécialité? Le rôle de réserve destinée à l’imprévu. Ainsi, des troupes qui représentent expressément l’infanterie légère française, c'està-dire la force agressive , deviennent, obligatoirement, des troupes de soutien !

Rendez à la masse de l’infanterie, ces beaux bataillons composés d’individualités toutes choisies en raison de leurs aptitudes vigoureuses; rende/.-lui les compagnies d’élite qui offrent le même caractère complété par des garanties morales, sous la forme de soldats d’élite répartis entre toutes les compagnies’, et vous aurez donné à vos lignes de bataille, en vous dégageant de

1 . J’ai demandé ailleurs pourquoi le port d’armes prussien (du temps du grand Frédéric) abandonné par toutes les troupes de création moderne (zouaves, chasseurs à pied, tirailleurs algériens), avait été conservé religieusement dans la tuasse de l'infanterie. Tradition.

Je demande ici pourquoi les raisons qui ont conduit de-

traditions respectables sans doute, mais absolument vieillies, leur maximum de solidité.

A mon avis, dans la constitution du bataillon, les compagnies d’élite supprimées, le nombre des unités administratives (les compagnies) devrait être réduit ; le nombre des unités de manœuvre ou de combat (les pelotons) devrait être augmen té.

Dans cet ordre d’idées, le bataillon comprendrait quatre compagnies seulement, solidement encadrées, commandées chacune par 4 officiers dont un capitaine en 2", et formant chacune deux pelotons. A chaque bataillon de huit pelotons, serait attachée une compagnie de tireurs comprenant également deux pelotons, dont le recrutement se ferait à titre exclusif, parles hommes que des habitudes acquises dans une profession antérieure ou leurs succès à l’école régimentaire de tir, signaleraient comme des sujets spécialement doués et d’une habileté hors ligne. Tous les pelotons du bataillon devant être uniformément cliar-

puis si longtemps et avec un succès si complet, à la suppression, dans ces divers corps, des compagnies d’élite remplacées par des soldats de première classe appartenant à toutes les compagnies, n’ont pas été étendues à la totalité de l’infanterie. Tradition.

gés, chacun à son heure du service de tirailleurs en avant de la ligne de bataille, c’est de son propre sein qu’il tirerait les groupes destinés .à ce rôle de proteetionrensemble demeurant soumis à un même commandement, dans une communauté d’obéissance et d’intérêts dont les avantages frapperont tous les esprits. Les deux pelotons de ti~ reurs spéciaux pourraient, dans certains cas, concourir à l’exécution de ce service ; mais leur mission habituelle, d’un haut intérêt dans la guerre de ceternps-ci, consisterait à occuper par petits groupes, des positions dominantes convenablement choisies, le plus souvent en arrière des lignes ou sur leurs flancs, pour contre-battre, par le feu ajusté, les points où l’action de l’ennemi est particulièrement incommode ou dangereuse, pour contre-battre notamment ses batteries.

t . Dans^la guerre contemporaine où l’action spéciale des tirailleurs remplace souvent celle de l’ancienne ligne régulière déployée, le nombre de pelotons ainsi lancés en avant d’un bataillon pourra être de deux, de trois, etc. Aussi est-il indispensable que le bataillon soit formé de huit pelotons comme je l’ai demandé, et non pas de six comme il arrive aujourd’hui, pour qu’il ait toujours en arrière de ses ti railleurs une force organisée en état de prononcer l’offensive, au moment utile, par une charge en avant.

Je veux expliquer ici ce que j’entends par le feu ajusté. Je dois à des observations et à des expériences longtemps continuées, la conviction que les troupes en ligne , soumises à l’émotion du combat, n ajustent jamais en tirant, à quelque degré de calme et de solidité qu’on les suppose arrivées. Elles tirent devant elles dans la précipitation. Beaucoup d’hommes épaulent à peine et n’épauleraient pas du tout, si les sévices du recul ( du fusil encore en service dans l’infanterie française) ne les y obligeaient. Il faut absolument , pour que son esprit et son œil puissent se livrer au travail et aux calculs dont le résultat est le tir ajusté , que le soldat soit dans létat de securité relative que lui crée la protection d'un tronc d'arbre , d'un pan de mur , d'un fosse , etc . On ne peut donc compter à la guerre, pour obtenir les feux de précision dont le but est de déloger des groupes occupant des points choisis d’où part un tir meurtrier ‘, que

\ . Combien de fois, dans la guerre d’Afrique, n’avonsnous pas vu cet effet réalisé par quelques bons tireurs établis isolément et à couvert, alors que les feux violents de toute la masse de nos tirailleurs, soumis eux-mêmes à la fusillade, étaient impuissants à l’obtenir !

sur l'action de tireurs habiles convenablement postés Ce serait là l’objet des deux pelotons spéciaux de chaque bataillon. Commandés par des officiers et des sous-officiers spéciaux eux-mènies, ils seraient distribués par petits groupes sur toutes les positions d’où, à couvert ou presque à couvert, souvent en dehors de la sphère particulière du combat, ils pourraient opérer utilement.

Je ne saurais exprimer la confiance que m’inspireraient des lignes d’infanterie française, constituées dans leur ensemble par le mélange bien pondéré des éléments forts et des éléments faibles, dans leurs parties par l’organisation de bataillon que je viens d’indiquer. Une solide éducation pour les principes, un bon dressage pour le mécanisme, pendantla paix, compléteraient le tout, et il y aurait de l’honneur à recueillir en campagne avec des troupes ainsi préparées.

Je terminerai cet exposé de principes généraux relatif à la constitution et à l’organisation de l’infanterie, par une dernière réflexion qui est fondamentale et applicable d’ailleurs à toutes les armes : V organisation régimentaire de T état de

paix, c’est-à-dire, en ce qui concerne l’infanterie, la distribution des forces entre les bataillons prêts à marcher et les dépôts destinés à les recruter et à les entretenir, doit être calques sur J organisation régimentaire de F étal de guerre. Ainsi, mettre une armée sur le pied de guerre ne doit pas avoir d’autre effet que des accroissements d'effectif. Les créations, les mouvements de cadres, les échanges de toute sorte que nous opérons trop souvent au début d’une campagne, dans une hâte inévitable, créent l’incertitude et le décousu, au moment même où la confiance et les habitudes de solidarité sont une force nécessaire, et dont il est d’un haut intérêt que la guerre puisse bénéficier 1 .

1 . Dans cet ordre d’idées, l’organisation de l’infanterie, en temps de paix comme en temps de guerre, serait la suivante !

3 bataillons toujours disponibles, comprenant chacun 4 compagnies (8 pelotons) dans le rang, et 1 compagnie de tireurs (2 pelotons) hors du rang. — En tout \ 5 compagnies de guerre.

1 bataillon de dépôt comprenant 4 compagnies (8 pelotons) dans le rang et 1 compagnie d’ouvriers hors rang.

Toutes les compagnies (celle d’ouvriers exceptée) compteraient 4 officiers : 1 capitaine commandant, 1 capitaine en 2', 1 lieutenant, \ sous-lieutenant.

À la guerre, la cavalerie est l'instrument de la vitesse.

Les difficultés spéciales que la cavalerie a rencontrées pour remplir dans les dernières guerres, particulièrement dans la campagne de 1859, en Italie, le rôle que la tradition lui assigne; les perfectionnements successifs qui ont rendu si redoutables les feux de l’infanterie, ont fait naître une opinion qui ne s’exprime encore que timidement, mais qui semble, comme on dit, faire son chemin. Elle tend à montrer que l’action de la cavalerie est à présent impuissante, pres-

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que impossible, et que l’heure est venue d’en réduire notablement la proportion dans les armées.

C’est là une erreur qu’il est très-intéressant de ne pas laisser s’accréditer. La cavalerie est par excellence dans la guerre T instrument de la vitesse , l’instrument producteur, non pas des grands chocs comme on le croit trop généralement, mais des grands effets moraux qui paralysent, qui désorganisent, et dont les résultats, dans des circonstances données, sont incalculables.

La foule croit que la cavalerie procède toujours en heurtant les masses qui lui sont opposées, en les pénétrant, en les dispersant par le poitrail du cheval et par le sabre ou la lance. Elle croit encore que, dans les chocs d’infanterie contre infanterie, les groupes qui se rencontrent, se percent à coups de baïonnettes, dans une lutte homérique où le sang coule à flots'. Dans l’un et l’autre cas, les duels au sabre et à la baïonnette, restent au contraire à l’état de faits

1. Une seule fois, je pense, dans la guerre contemporaine, à Inkermann, on a vu deux groupes d’infanterie se heurter à la baïonnette et se mêler, mais très-momentanément. Peu d’hommes, relativement, périrent par le fer dans ce choc accidentel,

accidentels et presque toujours isolés. C’est un effet moral , non un effet de choc généralisé , qui décide de la crise. L’infanterie, par exemple, qui ne serait pas parvenue à démoraliser, à désorganiser et finalement à contraindre à la retraite, par une ferme attitude et par son feu , la cavalerie qui la charge et arrive en masse jusqu’à elle , est. perdue avant d avoir reçu un coup de sabre. Les hommes se troublent et abandonnent toute confiance. Ils se pelotonnent en troupeau de moutons. Le coude à coude et l’organisation qui faisaient leur force, sont détruits. Ils sont entourés dans cet état, et faits prisonniers en bloc.

Et l’arme qui obtient de tels résultats, verrait l’importance de son rôle diminuer, alors que toutes les vues et tous les moyens de la guerre tendent à créer la rapidité dans l’exécution ! C’est inadmissible. La fonction de la cavalerie dans les combats grandira au contraire, mais à la con dition que cette arme, abandonnant certaines croyances et certaines traditions, se transforme , alors que se transforment autour d’elle les habitudes et les procédés du champ de bataille.

Le principe de cette transformation est sim-

pie et peut se résumer en quelques mots : a il faut alléger la cavalerie » pour en faire un instrument de vitesse supérieure, et introduire dans ses manœuvres des simplifications du même ordre que celles dont j’ai demandé l’adoption pour l’infanterie.

Cette nécessité de l’allégement de la cavalerie résulte de l’obligation qui lui est généralement faite aujourd’hui, de partir de plus loin, en raison de la plus grande portée des armes, et d'arriver plus vite, en raison de la masse de projectiles que lui oppose le tir sans intermittence de l’infanterie. Mais j’ai toujours eu l’opinion, qu’en dehors de cette aggravation de difficultés et de périls, qui est d’origine récente, la constitution de la cavalerie, au point de vue des rapports (nécessairement proportionnels) qui doivent exister entre le poids que porte le cheval de guerre et la nature des services de vitesse qu’on en doit attendre, ne remplissait qu’imparfaitement le but.

En effet, nos règlements militaires admettent que la charge du mulet de bât, dont la fonction est de porter des fardeaux, à l’invariable et paisible allure du pas, en cheminant sur des routes,

au moins sur des sentiers frayés, ne doit pas généralement dépasser cent kilogrammes, en campagne. Un cheval de guerre dont la fonction esi de porter tous les jours, à des allures variables, un cavalier armé avec son harnachement et son bagage; dont l’objet principal est de faire avec cet ensemble, à une vitesse maxirna et à travers champs, un parcours quelquefois trèsétendu (il arrive souvent qu’un jour de bataille, la charge soit plusieurs fois renouvelée), porte un fardeau qui varie dans les limites de cent f/uinze à cent cinquante kilogrammes suivant l’espèce de cavalerie (légère, de ligne, de réserve ou cuirassée)!

Ce rapprochement est saisissant, et je crois que nous sommes tenus de tout faire pour que le cheval de guerre, cet animal noble entre tous, précieux, et dont la conservation difficile en campagne, importe à de si grands intérêts, bénéficie de l’esprit de sagesse qui a réglé le travail du mulet à la suite des armées.

Le harnachement de la cavalerie anglaise dont les chevaux ont du sang, avec une réputation d’énergie que je crois méritée, pèse

trois et demi, cinq et sept kilogrammes (suivant l’espèce de cavalerie) de moins que le nôtre. C’est un progrès considérable, et que rien apparemment ne nous défend de réaliser.

Mais j’aspire pour notre cavalerie à des avantages d’allégement plus décisifs. Je demande que le principe de sa constitution soit celui qu’exprime la formule suivante : « des cavaliers légers sur des chevaux énergiques et résistants. » Il serait l’origine d’une sorte de révolution dans nos traditions de recrutement. Un nombre considérable d’hommes grands, fortement constitués, actuellement réservés aux différentes catégories de cavalerie, entreraient dans les contingents de l’infanterie et lui apporteraient les éléments de vigueur et d’attitude qui lui manquent.

Les contingents de cavalerie comprendraient :

1° Sans distinction, sauf les cas d’inaptitude physique constatée, tous les jeunes soldats que leur profession antérieure aurait mis en contact avec les chevaux ; 2° ceux qui répon draient convenablement à la première condition

de ]a formule « cavaliers légers ». Ai-je besoin de dire que les chevaux de taille'démesurée, les cuirasses, les casques dans les troupes à cheval, comme les bonnets à poil dans les troupes à pied 1 , disparaîtraient pour toujours, et que l’armée française n’aurait plus qu’une seule espèce de cavalerie’, comme, dans les vues que j’ai précédemment exprimées, elle n’aurait plus qu’une seule espèce d’infanterie. Tous les jeunes soldats qui, après un noviciat d’un mois dans la cavalerie, ne seraient pas reconnus aptes, seraient invariablement renvoyés à l’infanterie, car la condi-

1 . Et généralement tous les impedimenta de la guerre maintenus sous tant de formes diverses dans l’armée, malgré leur incommodité évidente, en vertu de la tradition, ou pour exciter l’admiration de la foule.

2. J’entends par l.à que tous les régiments de cavalerie, soumis à la plus complète uniformité, ne seraient plus différenciés entre eux que par l’espèce de leurs chevaux. (Les chevaux d’un meme régiment, pour qu’il forme un tout homogène, doivent être de même origine et de taille peu différente.)

En demandant la suppression de la cavalerie à casque et à cuirasse, je n’ai en vue que les nécessités faites à la guerre par l’état actuel de perfectionnement des armes à feu. Quand le progrès sera porté au comble / quand, par exemple, le fusil d’infanterie tirera quarante coups à la minute, au lieu de six. il est évident que, par un singulier

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tion à' aptitude naturelle , en matière de cavalerie, a une importance de premier ordre dont, à mon avis, nousne nous montrons pas assez préoccupés.

Enfin et pour compléter ces généralités sur l’allé- “ gementdela cavalerie, je diraiquelesrégiments de cettearme, encampagne, devraientêtresuivisd’un petit nombre de voitures légèresd’un modèle particulier, dont l’objet serait de transporter pour chaque escadron « les impedimenta inévitables », je veux parler du matériel de campement , de l’outillage, de tous ces accessoires qui jonchent le chemin, jetés qu’ils sont par les cavaliers, quand l’ennemi se présente inopinément et que la charge sonne.

Quant à la deuxième partie de la formule a chevaux énergiques et résistants » , nous croyons que le département de la guerre est bien près de l’avoir réalisée. Les progrès obtenus depuis trente ans sous ce rapport, frappent les yeux de tous ceux qui se souviennent de nos corps de cavalerie d’autrefois. Pourtant, nous pensons que

revirement dans les idées et dans les faits, les armées (troupes à pied et à cheval) devront recourir comme autrefois à la protection des armes défensives.

les améliorations acquises peuvent recevoir encore d’utiles compléments; que la cavalerie compte un trop grand nombre de jeunes chevaux qui « tournent mal », comme on dit, ou succombent, avant qu’un long et laborieux dressage en ait fait des chevaux de guerre. A. la vérité, l’agriculture française ne saurait les conserver une année de plus, sans prétendre à des prix de vente beaucoup plus rémunérateurs que ceux qui lui sont actuellement concédés, et l’une des solutions de la question se présente dans la proposition suivante : Le département de la guerre, au double point de vue des intérêts budgétaires et des intérêts de la cavalerie, ne serait-il pas dans le vrai, en achetant au producteur plus cher et peut-être en nombre réduit, des chevaux plus âgés? Pourquoi, dans le même ordre d’idées, n’avoir pas en permanence dans les grandes villes, à Paris, à Lyon, etc., où la vente des chevaux faits, passant de main en main, a un cours si étendu, des commissions d’achat, disposition que nous prenons toujours quand la guerre éclate, c’est-à-dire tardivement, et alors que les circonstances surélèvent les prix de vente

Mon but en présentant ces aperçus, n’est pas de résoudre les divers problèmes très-complexes et très-difficiles que soulève la double question du recrutement et de la remonte de la cavalerie. J’ai voulu seulement établir que si, dans la constitution des armées, il est de principe que les préoccupations de qualité doivent dominer de très-haut les préoccupations de quantité, c’est particulièrement à la constitution de la cavalerie que ce principe est applicable. La cavalerie est essentiellement une troupe de choix où rien de ce qui est médiocre ne devrait être toléré. Les vues du Conseil supérieur de la guerre : « Ayez des corps spéciaux instruits et toujours prêts, » doivent être étendues à cette arme qui exige une longue et difficile préparation à laquelle il faut consacrer tous les efforts de la paix.

En terminant, je reviendrai sur une opinion que j’ai déjà exprimée au sujet du rôle de la cavalerie à la guerre. On dit que pendant le cours des marches et des mouvements préparatoires, il faut l’entourer de soins conservateurs et de ménagements infinis, pour qu’elle puisse arriver avec tout son ressort etavc toutes ses forces sur

le champ de bataille où, l'heure venue, elle doit être dépensée eu son entier, sans hésitation. Le principe est vrai, mais il reçoit souvent, quant au choix de t heure, l’application la moins opportune. Je demande qu’on ne perde pas de vue que la cavalerie est particulièrement faite pour achever et pour enlever l’infanterie dont la désorganisation a été commencée par la mousqueterie et par le canon, non pour aller heurter des masses en possession de tout leur moral, de tout leur effectif et de tout leur feu. Elle perd ainsi, sans profit, la plus grande part de ses forces qu’il est si difficile de renouveler, la plus grande part de sa confiance en elle-même, dont un insuccès toujours très-coûteux, abaisse inévitablement le niveau.

Réorganiser l’infanterie, en distribuant dans sa masse entière les éléments de force qui s’y trouvent à présent groupés dans l’isolement, supprimer conséquemment les bataillons de chasseurs,

les compagnies d’élite et réduire d’un tiers l’effectif de la garde impériale; réorganiser la cavalerie par les procédés d’allégement indiqués, supprimer conséquemment ces solides et imposants cavaliers que nous appelons affectueusement « les gros-frères » et dont l’armée est fière à juste titre, c’est une réforme « qui trouvera une grande contradiction, » comme dit le général Morand. J’irai plus loin, je crois qu’elle soulèvera une tempête. Comment oublier les brillants services des chasseurs à pied, de ces vaillants bataillons qui trouveront, très-légitimement, d’illustres avocats dans leurs anciens chefs devenus maréchaux de France ou divisionnaires? Commentoublier les charges écrasantes d’Eylau, de Borodino, de Waterloo, qui ontfaitauxcuirassiersd’autrefois une histoire légendaire? Pourtant, le général Morand qui les y avait admirés, semblait entrevoir déjà de son temps l’utilité de la réforme de tout cet appareil de combat. « Quel magnifique spec- « tacle que celui de cette cavalerie resplendissante « d’or et d’acier, aux rayons d’un soleil du mois de « juin, étalant ses lignes sur les flancs des coteaux « du Niémen et brillante d’ardeur et d’audace !

« Quels amers souvenirs que ceux de ces vaines « manœuvres qui l’ont épuisée, contre des cosa- « ques jusqu’alors si dédaignés et qui ont plus « fait pou»” le salut de la Russie que les autres ar- « mées de cet empire ! »

Et ailleurs :

« A. l’imitation des sauvages qui s’imaginent a être d’autant plus terribles qu’ils se sont rendus « plus hideux, on affuble la tète des soldats d’é- « lite, de grands sacs de peau d’ours bons à « gêner ces malheureux dans tous leurs mouve- « ments, et à exciter le rire, par les attitudes qu’ils « prennent pour maintenir en équilibre cette « étrange coiffure que le vent et le moindre choc a peuvent renverser. On pose sur le crâne du « cavalier une boîte de cuivre pour servir de « foyer aux rayons solaires; on la surmonte « d'une haute crête que l’on nomme cimier qui « est surchargée d’une touffe de crins et d’un pa- « nache, pour exercer la puissance du vent et la « force des muscles qui attachent la tète. »

J’ai vu à l’œuvre les bataillons de chasseurs et les compagnies d’élite. Je sais ce qu’auraient fait de nos jours, le cas échéant , nos braves com-

pagnons, cavaliers à cuirasse et à casque. Enfin, je suis loin d’être indiffèrent à la grandeur et à la poésie des souvenirs militaires du passé, mais le présent a des exigences qui sont positives et qui sout impérieuses. D’aillfeurs, cette lutte entre les choses qui ont été et les choses qui seront, n’estelle pas l’invariable histoire du progrès dans l'humanité tout entière ? Et ne voit-on pas les plus grands et les plus sûrs esprits, s’en tenir obstinément aux bénéfices du passé, en se refusant à croire aux promesses de l’avenir ? L’Empereur Napoléon I er ne voulut pas admettre que le vent pût être remplacé comme moteur, dans la navigation, par la vapeur d’eau que l’Américain Fulton se déclarait en mesure d’appliquer à cette grande fonction.

Plus de trente ans après, deux hommes, qui ont eu dans la marine française uue haute et légitime notoriété, les amiraux Hugon et Lalande, niaient que la vapeur pût devenir l’agent principal des combats de mer, alors que déjà ses prodigieux effets sur les développements de la navigation commerciale étaient hors de contestation. L’esprit rempli des grandes choses qû’ils avaient

vu accomplir par le vaisseau de ligne <c aux allures majestueuses, aux batteries étagées, qui naguères étalait à nos regards épris, le noble édifice de sa voilure *, » ils exprimaient l’opinion que la vapeur « avec son tourne broche » ne conduirait jamais la marine française à l’ennemi ! Et nous-même, avant que des événements récents soient venus nous convaincre des mérites du fusil à tir rapide, n’avons-nous pas argumenté plus de dix ans, pour établir que notre vieux fusil d’infanterie transformé par la rayure, et qui avait eu ses jours de gloire, répondait à toutes les exigences du combat moderne ?

Encouragé par ces réflexions, j’insiste sur l’opportunité des réformes de l’infanterie et de la cavalerie, avec d’autant plus de liberté d’esprit, que la pensée n’en est pas nouvelle et que je ne prétends pas en être l’initiateur.

1. J’emprunte cette belle description du vaisseau de ligne, où percent de naturels regrets, à la très-intéressante notice « à propos du combat de Lissa », de M. le vice-amiral Touchard, qui presse, lui aussi, la marine française de continuer à marcher résolûment dans les voies nouvelles. Mais la marine fait une grande révolution, nous ne demandons qu’une transformation.

TACTIQUE DE l'aRMÉE FRANÇAISE.

Lorsqu’on étudie avec soin la tactique moderne, on est frappé d’étonnement de l’espèce d’apathie où reste la France en présence de la marche progressive des nations qui l'entourent. Ses règlements qui sont les nôtres, sont les plus incomplets qui existent

La gloire militaire semble aveugler ses tacticiens. Ils disent : « Nous avons vaincu l'Europe avec notre organisation actuelle, nous avens la tradition. »

Extradition sert d’excuse à l’insouciance, et elle a perdu plus d'armées qu’elle n’en a sauvé .

( Considérations sur la tactique de l'infanterie , par le général Rkksrd, de l’armée l»elgc, 1857.)

.le me propose de dire quelques mots de la tactique française contemporaine ou, pour être plus exact, des entraînements qui forment à pré-

sent le fond de l’e'ducation de nos troupes en vue du combat. La tactique envisagée d’une manière générale, est un sujet difficile, compliqué, dont la discussion savante a rempli des volumes. Mais j’avertis ici mou lecteur, que je ne le soumettrai pas à l’ennui de dissertations nouvelles sur les ordres parallèle, oblique, mince ou profond comme on disait autrefois, linéaire ou perpendiculaire comme on dit aujourd’hui. Mon exposé ne sera pas savant ; il ne sera technique, que dans une faible mesure. J’attache autant de prix à faire accueillir par les hommes du monde que par les militaires, les idées que je vais exprimer. Elles sont simples et reposent exclusivement sur l’observation des faits comme le voulait

le bon sens pratique des anciens :

U sus et euperientia dominantur in artibus.

(CoLüMELLE , de lie rustica.)

La tactique de l’armée française dans les dernières guerres, c’est-à-dire la forme qu’elle a donnée le plus habituellement à son action sur

de l’armée française. 201

le champ de bataille et à ses manœuvres, est difficile à définir. En général, les troupes animées du meilleur esprit, marchant à l’ennemi avec l’entrain et l’activité qui leur sont propres, arrivaient précipitamment sur le terrain de la lutté. Quand quelques hommes frappés les premiers tombaient çà et là, les bataillons se hâtaient dans une agitation silencieuse, mais déjà difficilement contenue, et qui motivait un commencement de confusion dans les rangs. Quand venaient les grands coups * et les grandes pertes, les troupes, soient qu elles fussent déployées en vue de la fusillade, soient qu’elles fussent en colonne en vue de la charge, s’impressionnaient et s'animaient à un haut degré. Incapables de subir sur place et dans le calme de tels sévices, plus incapables encore de songer à s’y soustraire par la retraite, elles s’élancaient en avant, comme

1 . Le son mat, sourd, sinistre, du boulet pénétrant un groupe serré d’infanterie, même le son d’une balle arrêtée dans sa course bruyante, par un corps humain, quand ils sont entendus de près, produisent sur l’oreille et sur tout l’appareil nerveux, un effet d’angoisse indéfinissable, bien plus profond que l’effet produit par les sifflements qui annoncent le passage de ces projectiles.

pour atteindre et pour détruire, dans son foyer même, la cause de ces redoutables effets.

On aperçoit, sans qu’il soit besoin d’y insister, les inconvénients que créerait dans beaucoup de cas, ce genre d’attaque par des masses qui s’en- , traînent d’elles-mêmes, en échappant aux directions du commandement. Mêlées en quelque sorte à l’ennemi, elles paralysent souvent et trèsinopportunément l’action à distance de l’artillerie, même celle de la cavalerie qui ne peut plus opérera son heure, et doit quelquefois se lancer en avant, non plus pour achever la déroute des lignes ennemies ébranlées, comine c’est expressément son objet, mais pour dégager l’infanterie compromise, ou pour refouler l’ennemi qui déborde sur un point de la ligne de bataille resté découvert. 11 arrive ainsi qu’une vaillante cavalerie se heurte à des masses intactes d’infanterie qui la reçoivent résolûment et la désorganisent, alors qu’une charge convenablement préparée par le feu de l’artillerie et par la mousqueterie, les eût dispersées. On voit encore notre infanteterie aborder des points solidement occupés, des villages par exemple, avant qu’une vigoureuse

de l’armée française. 203

canonnade, prolongée autant qn’il est nécessaire, en ait renversé les principaux obstacles et dégagé les avenues,, en portant le trouble dans l’àme de leurs défenseurs.

En un mot, rien n’est à sa place dans ces habitudes d’agression par entraînement. Il peut arriver qu’elles ne troublent pas profondément l’exécution du plan général de la bataille, mais elles en déconcertent les combinaisons particulières et laissent les commandants en sous-ordre dans la perplexité et l’embarras.

C’est un point controversé parmi nous, de savoir à quelles causes il convient d’attribuer cette aptitude à une offensive en quelque sorte déréglée, d’une armée qui fut, il est vrai, trèsvéhémente en tout temps, mais qui a fait autrefois ses preuves de calme et de solidité dans la grande guerre. Je crois qu’elle est l’effet de trois causes distinctes. — La première qui est générale, permanente, et que j’ai proposé de modifier par l’éducation, dépend du tempérament nerveux , impressionnable et ardent de nos soldats. — La seconde, qui est spéciale, se rattache aux enseignements, à présent très-anciens et for-

niant tradition parmi nous, que nous devons à la guerre d’Afrique. La conquête de l’Algérie et les insurrections qui nous ont plus d’une fois troublés dans sa possession depuis la conquête, ont été pour l’armée française une école de guerre d’un haut intérêt. Il y a fallu de considérables efforts de toute sorte qui nous ont appris à résister aux grandes fatigues, à exécuter de pénibles travaux, et qui nous ont conduits à vaincre un ennemi entreprenant, mobile à l’excès, difficile à saisir. Mais en dehors de quelques actions de guerre d’exception, qui ont exigé un certain déploiement de forces engagées suivant des règles déterminées, nos opérations avaient pour objet habituel de « battre l’estrade » comme on disait autrefois. Des luttes partielles, souvent imprévues, quelquefois dramatiques, exerçaient continuellement l’intelligence des officiers, des sous-officiers, des soldats, et développaient parmi nous des habitudes A' individualisme militaire qui sont devenues excessives. En un mot notre éducation pratique de combat comporte une certaine part de laisser aller et de décousu, auxquels il faut appliquer des redressements, en vue

de l’arméf. française. 205

des grandes opérations de la guerre ordinaire et des batailles en ligne, qui exigent absolument le calme, le coude à coude, la méthode, dans un ensemble silencieux et bien ordonné. — La troisième cause tient à la forme de nos règlements de manœuvres. J’entrerai ici dans quelques dé- * veloppements nécessaires pour justifier la déclaration que j’ai faite ailleurs « qu’en France, nous faisons marcher de front les routines les plus obstinées et les innovations les moins mûries. »

Il faut changer la tactique de la guerre tous les dix ans, si on veut conserver quelque supériorité.

(Mémoires de Napoléon I er , Pensées sur la guerre.)

J’ai montré que tourmentés par le besoin < de faire, de défaire et de refaire » (de la simplicité et de la fixité dans les règles, page 3 1 ), nous innovions beaucoup et à chaque instant dans l’armée, mais que nous innovions sous l’empire des impressions ou des excitations du moment, de la mode si -l’on veut, rarement après un examen sérieux, approfondi, et dans une pensée d’ensemble qui réaliserait ce précepte d’un si ferme bon

sens : « li importe à la solidité et à la durée des u institutions militaires, que leurs actes fonda- « mentaux soient originaires d’une même époque « et inspirés par son esprit et par ses besoins. Au- « trement ils ne représentent qu’un tout décousu « et boiteux qu’il faut incessamment retoucher, « d'où naissent la confusion, l’instabilité, et dans « les armées, une certaine déconsidération des « institutions elles-mêmes. »

(Maréchal Bcgeaud.)

.Nous avons donc à la fois « le très-neuf et le très- vieux, » et nous n’avons rien de plus vieux, que nos règlements de manœuvres, bien que l’un d'eux, celui de l’infanterie qui est principal, soit d’hier (1862). Je vais exposer sommairement son histoire singulière et peut-être peu connue.

Le règlement des exercices et manœuvres de 1 infanterie française remonte à 1791. Il était naturellement et légitimement la reproduction très-peu modifiée du règlement de Potsdam, que les prodigieux succès et l’illustration militaire de Frédéric II, avaient fait adopter par toute l’Europe, avec une ardeur qui ne fut pas exempte

d’engouement, surtout en France où le désastre de Rosbach avait laissé des impressions profondes. « L’exercice à la prussienne » qui réalisait en effet à l’époque où ce prince fondait la grandeur de son pays, un progrès considérable dans l’organisation et dans la tactique, devint la loi militaire du temps \

L’Empire, engagé dans d’incessantes guerres, n’eut pas le temps de réglementer sa tactique, dont je démontrerai que les procédés spéciaux n’avaient aucune analogie avec ceux de l’ordonnance de 1 791 * restée la règle écrite, mais non appliquée. C’est seulement après la révolution

1 . Frédéric, entre autres perfectionnements appliqués à l'infanterie, à la cavalerie et à l’artillerie, était parvenu à rendre très-rapide, toute proportion gardée, et très-redoutable, le feu de ses lignes. Une invention qui ne fut pas adoptée sans contestation, celle (le la baguette en fer pour le chargement du fusil, avait contribue à lui assurer cette supériorité très-importante. L’analogie est frappante à mon avis, pour les causes et pour les effets, entre les événements militaires de 1757 et les événements militaires de 1866.

2. Les manœuvres de ligne du règlement de 1791, sont calquées sur les mouvements que Frédéric faisait exécuter à ses troupes au camp de Potsdara.

( Considérations sur la tactique de l' infanterie, par le général Renaud, de l’armée belge.)

de Juillet, en 1831, qu’apparut un nouveau code de manœuvres pour l’infanterie. Il ne différait pas pour le plan et pour l’esprit de l’ordonnance de 1791 ’. faisait revivre par conséquent les pratiques minutieuses et compliquées de l’école prussienne, se bornant à tenir compte par quelques adjonctions (mouvement de masses, école de tirailleurs, etc.) de la grande révolution de fait, introduite dans le combat par Napoléon et par ses généraux.

Enfin un décret de 1 862, venu après les leçons des guerres de Crimée et d’Italie, après les perfectionnements apportés à l’artillerie et à l’armement de l’infanterie (je ne parle pas du fusil à tir rapide, bien qu’il fût depuis plus de dix ans en usage en Prusse), reproduisit toyt l’appareil de l’ordonnance de 1 831 . Il introduisait, comme cette ordonnance l’avait fait elle-même à l’égard du règlement de 1 791 , certaines dispositions propres à accélérer les mouvements partiels des

i. « Nous n’avons rien changé ni au plan ni à l’esprit de l’ordonnance de 1791. »

(. Rapport de la commission chargée de rédiger C ordonnance de 1831 ) >

DES MXNGEUVHES 211

troupes, consacrait l’usage de l’escrime à la baïonnette, etc., mais les manœuvres processionnelles subsistaient 1 2 dans leur nombre infini et avec leur complication, même avec des compli cations nouvelles inattendues. (Théorie de la formation des carrés devant la cavalerie*.)

Cette courte revue rétrospective révèle un fait extraordinaire, inouï, c’est que l’armée française d’aujourd’hui, comme celle de 1831, comme celle de 1791 et comme celle de 1760, est en possession, pour le combat, d’un instrument réglementaire qui ne diffère pas « pour le plan et pour l’esprit » de celui qui a servi au grand Frédéric! Ce u’est pas là d’ailleurs une découverte qui soit neuve et qui m’appartienne. On en rencontre l’exposé, avec des commentaires

1 . La commission n’a rien eu à changer au plan et à la division de l’ordonnance de 1831.

(Rapport de la commission chargée de rédiger le règlement de 1 862.)

2. Les dispositions à prendre par l’infanterie contre la cavalerie, sont essentiellement des formations d’urgence et de péril. Leur caractère absolu est le calme dans l'ordre , double condition qui leur impose la simplicité et I’instan tanéité. L’infanterie qui manœuvre devant une charge, est perdue.

du plus grand intérêt, dans le livre judicieux, très- érudit et très-pratique du général Renard, de l’armée Belge ( Considérations sur la tactique de l’infanterie en Europe ) à qui j’ai emprunté l’épigraphe de ce chapitre.

Les exercices et manœuvres de Potsdam consti-

tuaient, je l’ai dit, un grand progrès d’organisation et de tactique. L’imagination publique en fut tellement pénétrée, que trois règlements se succédant, en France, pendant la durée d’un siècle, en ont gardé le fond et presque toutes les formes compassées. Voilà comment il se fait que le jeune soldat français si généralement intelligent, et qu’assouplissent sans peine quelques exercices élémentaires de gymnastique, soit encore aujourd’hui traité « à la prussienne » par la position dite du soldai sans armes, par le mouvement de tête à droite et tête à gauche , par le pas ordinaire ', par le port d armes , etc. Dans la position du soldat sans armes le patient

1 . Les parades de Potsdam où affluait l’Europe militaire entière, s’exécutaient à un pas cadence, très-lent, très-solennel que le règlement de 1862, après ceux de 1831 et de 1791, définit comme le règlement prussien.... « Le pied gauche à soixante-cinq centimètres du droit, le jarret tendu,

a les talons sur la même ligne et rapprochés autant que sa conformation le permet , c’est-à-dire, dans la plupart des cas, rigoureusement joints, et les pieds un peu moins ouverts que V équerre, attitude pleine de contention et de roideur qui lui interdit de se baisser. Permettez à ses talons l’écart, à ses pieds la disposition qui créent l’équilibre naturel du corps, et tous ses mouvements deviennent libres et aisés. 11 est vrai que le rang n’offre plus cet ensemble uniformément symétrique, si cher aux amis de la tradition allemande. Mais par combien d’avantages pour la troupe, ce faible inconvénient « de coup

la pointe du pied un peu baissée et légèrement tournée en dehors ainsi que le genou.... »

Ce pas, parce qu'il était habituel, s’appelait en Prusse le pas ordinaire, pour le distinguer du pas que nous marchons dans la rue, lequel ayant un caractère exceptionnel dans la manœuvre de Potsdam, s’appelait le pas accéléré. Notre règlement de \ 862 — puissance invincible de la tradition — continue cette distinction et ces dénominations. Le pas de tout le monde, il l’appelle pas accéléré , et le pas cadencé solennel des grenadiers du grand Frédéric (conservé seulement à titre d’exercice préparatoire pour nos soldats à leurs débuts), il l’appelle encore pas ordinaire, alors que nos habitudes en ont fait depuis cinquante ans tout ce qu’il y a de plus extraordinaire.

214 DES manoeuvres.

d’œil » n’est-il pas racheté? Et le port d armes, qui consiste tout à la fois à soutenir verticalement avec la main gauche, le bras gauche à peu près allongé, dans un équilibre impossible, un instrument (le fusil) du poids de quatre et demi à cinq kilogrammes, dont le centre de gravité est à la hauteur de l’épaule, vrai tour de force devant lequel tous nos soldats de recrue restent en échec pendant plusieurs mois ! Ceux qui ont une faible organisation musculaire, ne résistent pas à cet effort prolongé. Leurs reins se creusent, l’une de leurs épaules s’abaisse, ils souffrent, et quelquefois le port d'armes les a déformés pour toujours 1 . Quand la troupe se meut dans son ensemble au port dormes, pour le défilé par exemple, avec l’intolérable aggravation d’avoir le bras droit collé au corps, elle est pleine de roideur, au lieu de montrer cette élasticité, qui est le caractère particulier et qui est la grâce de la marche des troupes françaises. Mais le grand

i . De tout temps nos sous-officiers ont eu, et depuis plus de vingt ans nos chasseurs à pied ont un port d’armes trèscommode et très-leste. Pourquoi n’en avoir pas fait bénéficier la masse de l’infanterie ? Toujours la tradition allemande.

Frédéric trouvait que ce défilé prétentieux, contenu et compassé, avait plus de solennité. Nous l’en croyons encore.

Je ne m’étendrai pas sur ces détails techniques qui fatigueraient le lecteur. Il me suffit de dire que les écoles de soldat» de peloton et de bataillon sont, par les mêmes raisons d’origine, d’une complication infinie. Toutefois, ce sont des exercices de garnison dont le caractère est préparatoire, et « les fanatiques de l’art » peuvent dire que leur complication est compensée par l’avantage de rompre les troupes à tous les mouvements possibles et impossibles du champ de Mars. Mais il arme que les évolutions de ligne qui les complètent, qui les couronnent et qui sont les manœuvres pour la bataille, passent tout ce qu’on peut imaginer, sous le rapport de l’accumulation des détails théoriques, de la longueur et de la diversité des commandements, et enfin de tout ce qui peut rendre ce code du combat d’une application impossible à la guerre ! Ce sont des manœuvres de garnison superposées à des manœuvres de garnison, avec aggravation de complexité. Elles ont été inventées pour le temps

où les troupes pouvaient opérer processionnel lement sur le terrain, à l’abri des coups même à une faible distance de l’ennemi ; pour le temps où toutes les parties d’une longue ligne de bataille, étroitement solidaires et comme soudées entre elles, manœuvraient tout d’une pièce.

Mais aujourd’hui que les progrès de l’artillerie et de la mousqueterie ont doublé et triplé en avant des lignes, la distance où l’on tue; aujourd’hui que sur un champ de bataille, les masses ne sont réellement en complète sécurité nulle part; que tout le secret de la guerre est dans la vitesse re'gle'e, Y ordre et le silence '; que l’inflexible rigidité de l’ancienne ligne de bataille prussienne, a été remplacée par l’élasticité, par la mobilité et par l’indépendance relative des éléments qui la forment, n’est-il pas évident que la simplicité et la clarté dans la . théorie, la facilité et la rapidité dans l’exécution, sont la loi absolue des manœuvres et de la tactique modernes ?

\ . Sous le rapport du silence, absolument indispensable dans le combat, toute l’éducation de nos troupes est à (aire.

Les officiers qui n’ont pas étudié la succession des faits historiques que je viens d’énumérer, manquent rarement d’opposer à ma discussion le raisonnement traditionnel dans lequel s’endorment tous nos efforts. L'Empire , disent-ils, ri avait pas d'autre règlement que celui de 1791 et c'est avec lui qu'il a vaincu l'Europe. C’est là une erreur fondamentale : pendant que « la France réglementaire » ne pouvait se résoudre à sortir des doctrines prussiennes du siècle dernier, a la France militante » créait pratiquement sur les champs de bataille de la République et de l’Empire, avec une invincible autorité, une tactique 1 nouvelle qui renversait tout l’édifice du grand Frédéric. Cette tactique n’était écrite nulle part ; elle était née de l’esprit d’initiative inspiré par les guerres de la révolution, spécialement par les grandes leçons de 1796 et de 1800 en Allemagne et en Italie. La tactique enroidie et compliquée de Frédéric II rencontra pendant ces guerres, et plus tard dans un duel fameux, à léna , la lactique

i. J’en ferai connaître ci-après l’esprit et les procédés exposés par l’nn des divisionnaires d'infanterie les plus célèbres de la grande armée.

leste, élastique et osée de Napoléon et de ses généraux. L’armée prussienne excellente, pleine de dévouement, et pleine de confiance dans l’illustre école quelle représentait, périt en un jour ! Et c’est de cétte grande leçon que datent pour la Prusse les réflexions, les recherches, les eflorts continués pendant cinquante ans, qui ont conduit son armée au degré de valeur où nous la voyons.

J’ai montré que la bataille de Rosbach. avait été, pour la France, le point de départ de perfectionnements militaires qui devaient rester dans sa règle écrite, bien longtemps après qu’elle les eut répudiées pour l’action — ■ comme la bataille d'iena avait été, pour la Prusse, le point de départ des perfectionnements successifs qui viennent de faire leurs preuves à Sadowa. D’où ressort cette philosophie frappante et vieille comme la guerre elle-même, « que les enseignements des grandes défaites qui renversent tout un ordre d’idées et de faits acquis, servent mieux l’avenir des institutions militaires, que les enseignements des grandes victoires qui consacrent ces idées et ces faits. » Les premiers

imposent aux gouvernements et aux armées la modestie, avec une sorte de retour sur euxmêmes, qui leur conseille le travail, les comparaisons et les conduit au progrès. Les seconds créent l’orgueil, avec la confiance illimitée dans des moyens et des procédés qui vieillissent avec le temps et ne répondent plus . au jour des grandes crises, à des nécessités nouvelles. C’est la justification des dires pleins de sagacité et de profondeur du savant général étranger que j’ai déjà cité : « La tradition sert d’excuse à l’insouciance et elle a perdu plus d’armées qu'elle n’en a sauvé. » J’ai dit que pendant que nos règlements de tactique restaient dans leur presque immobilité aujourd’hui séculaire, les armées de la République, à dater des campagnes du général Bonaparte en Italie et de Moreau en Allemagne, et pins tard les armées de l’Empire, inauguraient pour le combat de nouvelles manœuvres. Le général Morand, l’un des divisionnaires les plus considérables et les plus expérimentés de Napoléon, nous les a fait connaître dans un livre (l’Armée selon la Charte, 1829) bizarre dans sa forme et dans quelques-unes de ses vues, excellent au

fond et fécond en leçons pratiques de toute sorte. Voyons d’abord comment cet homme de guerre, qui avait fait par l’éclat de ses services à Austerlitz, Eylau, Friedland, Essling, Wagram et Dennewitz(retraite de Russie), une si grande place dans l’opinion à « la division Morand, » envisageait le règlement de son temps, celui de 1791 , quant à son application sur le champ de bataille: « Les manœuvres actuelles ne peuvent, sans « un grand danger, être faites devant l’ennemi.

« En les employant, il arrivera ce qui est arrivé

« cent fois, le massacre des bataillons. Ces ma- « nœuvres sont funestes aussi, parce que leur « étude distrait de l’étude véritablement guer- « rière. Elles sont tellement confuses, qu’un « officier qui parvient à les faire exécuter avec « quelque précision, passe pour un homme hait bile. Il y a des généraux qui n’ont pas eu « d’autre mérite, et qui ont fait battre les « troupes qu’ils savaient faire manœuvrer au « champ de Mars. Ils étaient incapables de les « conduire à l’ennemi, parce que leur tête n’était « pleine que de formules et que, contenus dans « leur vain savoir, ils n’avaient jamais songé à

« acquérir la véritable science de la guerre

« Il faut réduire l' ordonnance à quelques pages ,

« rejeter tout ce qui est dangereux , tout au « moins inutile, ne garder que ce qui est appli- « cable à la guerre, et, au lieu de fausser l’es- « prit des officiers et de charger leur mémoire « par une mauvaise étude, faire en sorte qu’ils « n’appliquent leur attention qu’à ce qu’il faut « pour obtenir des succès, etc., etc. *

Il ajoute : « Une réforme semblable trouvera « une grande contradiction, je le sais. Il y a « tant d’officiers qui n’ont d’autre mérite que « celui de l’ordonnance, qui ont pour elle une « véritable admiration, etc., etc. »

« La contradiction » par les officiers épris de l’ordonnance, que prévoyait le général Morand, que déplorait après lui le maréchal Bugeaud, a été telle, qu’elle l’a emporté sur tous les enseignements de la pratique de la guerre et du bon sens, elle règne en souveraine. Et qu’en auraient dit ces illustres soldats si, ajoutant au trésor de leur expérience, l’étude de l’histoire de la guerre et des armées, ils avaient su que l’ordonnance de leur temps (comme

l’ordonnance d’aujourd’hui) était le fruit des méditations de Léopold de Dessau, ce créateur de l’infanterie prussienne qu’il avait conduite quarante ans, continué et surpassé par le grand Frédéric !

Le principe des manœuvres de l’Empire, défini par le général Morand, est solide autant que simple. Il détruisait, en la fractionnant et en l’assouplissant, la ligne de bataille rigide de l’école réglementaire prussienne. La division, qui est la grande unité du combat, comme le bataillon en est la petite, présentait deux lignes de bataillon massées ou plus généralement à demi-distance (eu vue d’une prompte formation des carrés par bataillons 1 ), à intervalles de déploiement, les vides de la première ligne ré-

1. «Ne formez que des carrés de bataillon', s’appuyant réciproquement, » nous disait de son côté le maréchal Bugeaud. Et il ajoutait : « Grand carré, grande manœuvre et grande déroute. »

« On a vu sur le plateau d’Auerstedt, le 14 octobre 1806, cent vingt escadrons prussiens, renouveler pendant cinq heures leurs charges centre huit bataillons ainsi disposés..,. Ceux-ci ne commencèrent leur- feu qu’à bonne distance, ne s'étonnèrent pas, et recueillirent , avec la gloire, les armes et les étendards abandonnés sous leurs baïonnettes. » (Général Mobaxd.)

pondant aux pleins de la deuxième. L’ensemble était précédé par un épais rideau d’éclaireurstirailleurs, derrière lequel les bataillons opéraient dans la mobilité et la liberté. « L’école des « éclaireurs-ürailleurs renferme toute la science a de la guerre, » dit le général Morand dans son enthousiasme convaincu. Porter en avant , en arrière , à droite , à gauche ces petites masses mobiles ainsi protégées, chacune pouvant ellemême se ployer ou se déployer en divers sens ,

VOILA TOUTE LA SÉRIE DES MANOEUVRES UTILES ET POSSIBLES DE LA BATAILLE.

Les théoriciens accumuleront un volume de raisonnements, de propositions et de formations autour de ces simples et judicieuses pratiques de guerre; l’emploi des nouvelles armes (à tir sans iutermitteuce) pourra y apporter quelques modifications nécessaires; mais le principe et l’esprit des manœuvres de combat, décrites par le vieux général de l’Empire, demeureront, parce qu’ils sont dans la nature et la force des choses. 11 faut les réglementer « en quelques pages » et préparer, par l’éducation de la paix , nos troupes à leur exécution spéciale.

Aujourd’hui nos généraux et nos chefs de corps se présentent à l’ennemi a la tête pleine de formules, » c’est-à-dire pleine des huit cent quarante-six articles du règlement des évolutions de ligne, la plupart inexécutables à la guerre. Ils n’ont assurément que l’embarras du choix, mais cet embarras est décuplé par les circonstances où s’impose à eux la nécessité de choisir. Rien de simple ne s’offre à leur pensée, alors que l'agitation nerveuse des troupes va se développant, et crée l’urgence d’une solution. Ils attendent pour prendre un parti ; au milieu de leur hésitation, la crise éclate, et les troupes prennent elles-mêmes le parti de courir à l’ennemi.

Avant de conclure, je résume cette discussion par des réflexions qui saisiront, je l’espère, l’esprit des officiers de l’armée française à qui ne déplairait pas ce que j’ai appelé ailleurs « la vérité désagréable. » Pendant que nous faisions obstinément revivre dans nos habitudes et dans nos règlements, les doctrines du grand Frédéric, les puissances militaires du Nord s’appropriaient graduellement les méthodes qui appartenaient

aux pratiques françaises de l’Empire. La Prusse, en particulier, préparait par elles la transformation de son organisme militaire, dans un grand travail intérieur auquel la Révolution de 1848 et les enseignements de la guerre de Crimée* donnèrent une vive impulsion. Elle fit ensuite entrer danssesrèglements théoriques et dans ses usages, les principes et les moyens nouveaux dont la guerre d’Italie, la guerre de la sécession en Amérique et les découvertes successives delà science conseillaient l’adoption. Elle fit, sur une petite échelle, ses essais dans la guerre de Danemark qui fut en quelque sorte « une répétition », et, satisfaite des résultats de cette expérience, elle abordasans hésitation, avec une armée rajeunie, moderue, d’un modèle nouveau, pleine de confiance dans des moyens dont ne disposaient pas ses adversaires, la grande entreprise qui avait été constamment lebut de ses longs et patients efforts *

Aous nous livrons, nous aussi, par intermittence, à des recherches et à des travaux, mais

1. 1/anuée russe et l’armée prussienne olfraient, au moment de la guerre de Crimée, de grandes analogies il'lialiiiudes et d’attitude.

trop souvent au hasard et dans les petites choses, sans but défini, dans une agitation qui reste improductive. J’ai montré (voyez l’épigraphe de ce chapitre) que les écrivains militaires étrangers qui nous sont bienveillants, nous pressent depuis longues années de sortir de cette situation 1 dont ils s’étonnent au plus haut point ; que les écrivains militaires étrangers, qui nous sont moins bienveillants, se promettent d’en bénéficier et en montrent les moyens *. J ai moi-même, h

1 * En demandant aujourd’hui aux tacticiens de la

France s’il n'est pas urgent de changer leur ordonnance d’exercices et de manœuvres, je ne viens pas imposer un sacrifice à leur orgueil national, je leur demande seulement d’introduire dans cette ordonnance ce qu ils font instinctivement à la guerre depuis soixante ans , et d’ en écarter toutes les superfluités ; je leurdemande de donner un essor plus grand encore, s’il est possible, à l’intelligence de leurs soldats, en réglementant cet essor, afin d’éviter les inconvénients que ce système entraîne, quand il n’est pas sagement coordonné. Si dans les formes tactiques que la réflexion leur suggérera, il s’en trouvait qui fussent déjà dans les règlements des puissances étrangères, ils pourraient les admettre avec d’autant moins de répugnance, que ces nations ellesmêmes les ont empruntées en grande partie à la France. »

( Considérations sur la tactique de l infanterie en Europe, par le général Renard, de l’armée belge, 1857.)

2. Voyez la brochure prussienne déjà citée (. Mémoire militaire ).

DES aUNQElWRES. 227

dater de la guerre d’Italie, consacré de sincères et stériles efforts, à signaler cette situation et à en réclamer le redressement. Je les renouvelle ici.

Je demande que la complication de l’appareil réglementaire des manœuvres de toutes armes, soit remplacée par la simplicité ; que toutes les écoles dans nos régiments soient précédées et préparées par Y école de gymnastique , avec ou sans machines, dont les exercices tenus pour articles de foi, seraient généralisés, pratiqués tous les jours, encouragés à ce point qu’ils entreraient dans le goût des troupes, et deviendraient pour elles un vif objet d’émulation, au lieu d’être considérés comme une corvée exécutable à de certains jours par quelques-uns ; que les exercices de garnison réduits , unifiés , rajeunis, et gardant leurcaractère théorique préparatoire, soientcomplétés par un code pratique de manœuvres de combat « en quelques pages » et à la portée de tous; que dans ce règlement spécial', les commandements compendieux, confus, différents

1. Les armées des puissances du Nord ont toutes ce règlement spécial.

pour obtenir les mêmes effets ou des effets analogues, disparaissent; que les moyens à employer, comme les résultats à atteindre, ne tendent pas à exciter l’admiration de la foule par la difficulté vaincue et par les succès de précision et de régularité obtenus, mais qu’ils se renferment invariablement et exclusivement dans l’étroite spbèrede /’ utile et du possible le jour du combat; qu'enfïn les récitations littérales cessent, et que généralement tout ce qui constitue le tour de force dans les études théoriques régimentaires, soit définitivement écarté.

Le règlement spécial decombat n’embrasserait pas, comme il arrive aujourd’hui, les manoeuvres des masses formant des lignes indéfiniment étendues. 11 formerait une école de division ’, élément principal des batailles , dont les manœuvres seraient toujours combinées , c’est-à-dire qu’elles comprendraient l’infanterie et l’artillerie division, naires, mariant constamment leurs mouvements et leurs efforts, comme c’est la règle et la néces-

t . Les puissances étrangères en ont réduit les proportions. en vue de l’élasticité des lignes, jusqu'à une école de

brigade.

site de la guerre. Si je n’y fais pas entrer de cavalerie, c’est que je craindrais que par là ne s’introduisit l’habitude de fractionner cette arme, pour le combat, en groupes répartis dans les divisions d’infanterie, comme on l’a tenté quelquefois, habitude que, hors certains cas d’exception, je tiendrais pour mal entendue. C’est par masses, que la cavalerie doit généralement agir pour obtenir de grauds effets*.

Les manœuvres comprenant les trois armes, seraient habituellement réservées aux corps d’armée réunis dans les camps d’étude dont j’ai demandé la création. Elles ne sauraient être réglementées. Considérées comme des conceptions variables, destinées à préparer les

i . Mais à côté de ce principe général relatif à remploi de la cavalerie, se place un principe particulier d’organisation d’armée sur le pied de guerre, c’est qu’il faut qu’en entrant en campagne, et' pour toute la durée de la campagne, un corps de cavalerie dont la force numérique variable ne doit jamais être moindre d’un escadron, soit attaché à chaque division d’inlanterie. 11 fait les reconnaissances, les escortes, certains services de correspondance, etc., etc. C est un complément absolument indispensable en vue duquel, au début des opérations , la cavalerie doit taire, une fois pour toutes, les sacrifices d>f-. fectif nécessaires.

DES SJANŒTJVRE 9 .

troupes à la pratique des opérations d’ensen» ble dans la guerre, elles appartiendraient à l’initiative des commandants de corps d'armée.

L’enthousiasme contenu et dirigé porte les armées aux grandes actions. L’exaltation sans mesure, crée l£ désordre et prépare le découragement. J

(Maréchal Bugkaud.)

J'expose une sorte de philosophie réaliste de la guerre et du combat. Aux yeux du plus grand nombre, cette philosophie reste environnée des mirages que les poëtes, les causeurs de salon, la vanité, l’imagination publique ont accumulés autour d'elle. Mes dires et les conclusions que j’y rattacherai, vont surprendre, et surprendre désagréablement les personnes qui aperçoivent la guerre à travers ces partis pris remplis de bril-

232 LES AltMÉES EN CAMPAGNE,

lantes illusions qu’eniretiennent les journaux, les livres et quelquefois, il faut le confesser, les récits des militaires qui parlent de la guerre, alors qu'ils en sont revenus. Les uns et les autres sonnent presque invariablement la trompette héroïque ; les généraux sont habiles ; les officiers, les soldats sont des modèles de vaillance et de dévouement, et cet ensemble marchant à l’ennemi « comme un seul homme » le joint, le bat et le disperse. Tel est dans tous les pays dont les armées ont une histoire, le sentiment de la foule

En général, les qualités et les défauts des armées et les causes vraies de leurs triomphes ou de leurs revers, échappent au jugement des peu-

1 . En France, pour consacrer cette invincibilité de nos armes, nous avons admis, à l’adresse de l’armée, des formules laudatives et admiratives qu'on retrouve partout et qui tombent, par là , dans la banalité. Exemple entre cent : « Là où est le soldat français, là est la victoire. »

(. Extrait <C un texte officiel .)

Je ne saurais me résigner à passer pour un mauvais citoyen, parce que je pense et parce que je dis que l’armée française n’a rien à gagner, par ces excès, en attitude et en dignité, devant tes autres armées de l’Europe, et devant elle-même.

LES armées en campagne. '233

pies intéressés. Ils sont, a cet égard, très-naturellement d’ailleurs, livrés à des préjugés et à des passions qui leur cachent la vérité. Et c’est ainsi que la décadence des mœurs militaires et des institutions militaires, grande maladie morale qui précède et prépare toujours, dans l’histoire, la décadence des peuples eux -mêmes, est expressément l’une de ces maladies que la médecine appelle insidieuses. On ne la voit pas naître, on ne la voit pas se développer, et quand tout à coup ses redoutables effets éclatent, le mai est sans remède, et tout est perdu.

Je viens donc attester ici une vérité dont ma propre expérience m’a pénétré, en exprimant que rien ne ressemble moins à la guerre el nu combat que ce qu'on en raconte.

La guerre, qui impose tant de sacrifices en hommes et en argent aux peuples qui s’v engagent, tant d’épreuves et tant d’efforts aux armées qui la font, donne spécialement lieu, dans les contrées qui sont le théâtre de la lutte, à d’inévitables désordres. Ils dégénéraient toujours autrefois et dégénèrent encore quelquefois aujourd’hui, en sévices, en violences, en ruines dont souffrent

23 h LES ARMÉES F.tV CAMPAGNE.

les innocentes et habituellemenl inolïensives populations que foulent les armées. C’est là que se rencontrent les maux les plus réels, les plus étendus, les plus douloureux de la guerre. On en parle peu, si on en parle, car la voix de ces populations accablées, est étouflée par les retentissements du champ de bataille et de la politique. Ce spectacle de ces destructions et de çes soulfrances, est navrant pour les hommes de guerre qui ont quelque hauteur d’âine. Us s’étonnent que la civilisation moderne, qui est £i fière d’avoir remplacé partout la force, dans les transactions individuelles, par des principes et par la loi, en soit encore à régler le contentieux international par le déchaînement des fléaux de la guerre. Leur esprit se remplit de dédain pour ces héros de salon qui la souhaitent et qui la célèbrent, dans un langage de convention où se révèlent leur vanité, leur ignorance, leur ambition et leurs prétentions 1 . Mais en même temps, toutes

1 . En général, dans les armées, à l’exception des jeunes gen- que des aspirations très-naturelles et légitimes entraînent vers ce grand et émouvant inconnu, les hommes qui racontent incessamment la guerre, qui l'exaltent et l’appel-

leurs facultés morales et intellectuelles s’élèvent par le sentiment des devoirs et des responsabilités que leur crée le commandement, à quelque degré de la hiérarchie qu’ils l’exercent dans la guerre.

, Plier, par l’autorité du caractère et de l’exemple, leurs troupes aux habitudes et aux règles d’une ferme discipline, les disposer à de bienveillants ménagements pour les populations paisibles inspirer au soldat avec le respect de lui-même, le respect de la mission qu’il tient de son pays, et le dévouement porté jusqu’au libre sacrifice de la vie pour les intérêts que représente son drapeau ; quels soins plus dignes d’occuper un grand cœur et un grand esprit !

C’est une magnifique direction d’affaires avec charge d’âmes, et on s’explique en envisageant la profession des armes par ce noble aspect, le prestige qui l’entoure, et le rang que , même

lent bruyamment de leurs vœux , la font peu ou la font mal ou, quelquefois, ne la font pas du tout.

i . En campagne, le soldat détruit pour détruire , comme font les enfants, s’il n’a pas reçu préalablement une forte éducation spéciale commencée dans la paix, continuée dans la guerre.

dans ces temps voués au culte des intérêts matériels , elle garde parmi les autres carrières publiques.

Restant à ce point de vue, je crois fermement que les guerres — qui ont le double caractère du droit et de la nécessité , exaltent le patriotisme national , arrachent la société aux jouissances énervantes d’une longue paix, et refont sa virilité en retrempant les caractères.

On doit s’attendre à ce qu’ayant à l’égard des armées, de leur mission et de leurs luttes, les sentiments que j’ai exprimés jusqu'il présentée ne parlerai du drame de la guerre qu’avec réflexion, avec une sorte de respect pour les vaincus comme pour les victorieux, sans parti pris, dans un libéralisme impartial qui n’a souci que de la réalité et de la justice.

Il est un préjugé cher à la multitude, et qui domine surtout dans la tradition française. C’est le mérite qu’elle prêle et le prix qu’elle attache à cet état particulier de l’esprit des armées, qu’on appelle V enthousiasme.

Que n’a-t-on pas raconté de l’enthousiasme des premières armées issues de notre révolution

de 89, qui furent opposées en 92, sous Dumouriez’, a la coalition austro-prussienne envahissant le territoire? Et quels effets l’opinion du temps, reflétée dans l’histoire, ne lui a-t-elle pas attribués sur les succès militaires qui désorganisèrent cette coalition ? La vérité, que le général en chef nous apprend lui-même, et qu’expose avec beaucoup d’autorité, en entrant, à cet égard , dans les détails les plus intéressants, le maréchal Gouvion Saint-Cyr qui avait fait toutes les campagnes du Khin et de Rhin-et-Moselle ! , c’est que la partie des troupes qui représentait spécialement dans cette armée l’enthousiasme, fut constamment à Valmy, à Jemmapes, à Nerwinde',

1 . Officier général instruit, bien doué, sachant la guerre et la faisant avec une remarquable habileté, mais à qui manquait la qualité essentielle, le caractère.

2. ( Mémoires de Guuvion-Saint-Cyr sur les campagnes des armées du Rhin, etc., 1829.)

Valmy, Jemmapes, canonnades plutôt que batailles, et victoires morales plutôt qu’obtenues de haute lutte. A Nerwinde. notre armée bien que restée en possession du terrain où elle avait combattu, subit un grave échec dû aux volontaires.

Les volontaires de Garibaldi ont fait au nord de l’Italie, pendant la guerre de 1860, une campagne impuissante. Vingt fois moins nombreux, ils avaient naguère conquis la

1 embarras, l’empêchement et le péril des intelligentes opérations de Dumouriez.

L’enthousiasme politique et religieux le plus ardent, ne servit pas mieux les efforts des armées successivement formées en Ecosse parles Stuart s, pour ressaisir la couronne que la révolution de 1 688 leur avait arrachée. De brillantes victoires, celles de Preston-Pans et de Falkirk, ne purent conjurer le désastre final de Culloden et la ruine des entreprises des successeurs de Jacques II.

Les années de la Vendée, elles aussi, combattaient pour leur foi et pour leur roi. Elles débutèrent dans la guerre, avec un vif enthousiasme que soutinrent quelque temps les actes d’incontestable héroïsme et les premiers succès de Lescure, de La Rochejaquelein,de Charelte. Mais elles durent enfin succomber, devant l’organisation plus solide et les opérations plus méthodiques des troupes républicaines.

L’enthousiasme dans les masses armées crée ce que le maréchal Bugeaud appelait « les ardeurs

Sicile en un tour de main, non pas parce </ue volontaires, mais parce c/ue révolutionnaires sur un terrain ou !a révolution les attendait.

LES ARMÉES E\ CAMPAGNE. 2i!t

du dépari, » ardeurs éphémères qui ne sauraient résister aux fatigues écrasantes, aux effets souvent accablants des intempéries, aux épreuves morales longtemps continuées, encore moins aux revers. Par une réaction inévitable et très-dangereuse, elles sont remplacées, surtout dans les imaginations françaises mobiles cl facilement impressionnées, par une tiédeur qui tourne tôt au découragement, quand arrive la mauvaise fortune.

L’enthousiasme dans les troupes régulières solides et aguerries, ne sert pas mieux leur action, quand il n’est pas contenu, dirigé, et quand il tourne au désordre dans une crise. où l’ordre, la méthode et le calme sont les éléments nécessaires du succès. Pour justifier cette assertion, je laisserai parler le maître dans l’une des leçons qu’il nous donnait le plus volontiers sur l’attaque des positions :

« J’ai servi sept ans dans la Péninsule, disait « le maréchal Bugeaud. J’y ai quelquefois battu « les Anglais , dans des rencontres isolées et « des coups de main dont, à titre d’officier « supérieur détaché, j'avais la préparation et

« la direction 1 . Mais, pendant cette longue (« période de guerre, j’ai eu le chagrin de ne « voir qu'im petit nombre d’opérations d’en- « semble, où l’armée anglaise ne l’emportât pas « sur la nôtre. La raison en était trèsappa- « rente. Nous attaquions à peu près invaria- « blement nos adversaires, sans tenir aucun « compte de notre propre expérience, dans des « conditions qui nous réussissaient presque tou- « jours contre les Espagnols, qui échouaient « presque toujours devant les Anglais.

« Ils occupaient le plus habituellement des « positions défensives bien choisies, offrant un « certain relief, et où ils ne montraient qu’une « partie de leur monde. ïa canonnade obligée « avait son cours. Bientôt, en bâte, sans étudier « la position, sans prendre le temps de recon- « naître les voies par lesquelles on aurait pu « tenter des attaques latérales ou tournantes , « nous marchions à l’ennemi, prenant, comme « on dit, le taureau par les cornes î .

\ . l.e beau combat du col d’Ordal est le plus remarquable «le ces coups de main.

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