DES PANIQUES DEVANT L*ENNEMI
Un soldat averti en vaut deux.
(Maréchal Bugfaüd.'
.le crois utile de faire connaître , à titre d’exemple entre cent, l’un des effets les plus marqués que produisent à la guerre, sur les habitudes et sur l’état moral des troupes, ces efforts d’éducation que je recommande avec tant d’insistance. Quelques explications préalables sont nécessaires.
Généralement, dans les armées en présence de l’ennemi, les paniques sont partielles seulement. Mais il peut arriver qu’elles s’étendent,
se généralisent, et compromettent une operation du moment ou les résultats d’un engagement.
Elles agissent dans tous les cas sur l’esprit des troupes, les conduisent à douter d’elles-mêmes, affaiblissent leur moral et leur ressort. J’ai vu un grand nombre de paniques, quelques-unes désastreuses dans leurs effets. Et pourtant, s’il n’est pas d’événement plus fréquent en campagne, il n’en est pas dont l’histoire de la guerre parle moins. Elle consacre tout au plus, par quelques lignes et comme accessoirement, sans en tirer aucune induction et aucun enseignement, le souvenir de ceux de ces accidents qui ont eu le plus de notoriété. Qui par exemple sait en France, que la nuit qui précéda la bataille d’Austerlitz, etle jour qui suivit la bataille de Solferino, il y eut panique partielle ? La première mit aux prises deux de nos divisions qui s’entre-fusillèrent avec des pertes regrettables, et dans un désordre qui aurait pu avoir de très-sérieuses conséquences, s’il se fût propagé. Les effets de la seconde ne pouvaient être bien redoutables, car le soleil éclairait la scène, et l’ennemi en retraite depuis quatorze heures, avait presque tout entier re-
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passé le Mincio. Mais elle jeta les ambulances et les convois de l’armée , sur ses derrières, dans un douloureux et indescriptible désordre.
Le silence des récits de la guerre à l’égard des paniques s’explique de soi. L’ennemi qui ne manquerait pas d’en profiter et d'en faire des gloses, les ignore presque toujours, et naturelle^ ment les bulletins des intéressés les taiseut. tin mal qui ne s’avoue pas et ne se discute pas, n’est pas combattu. On ne pense donc guère dans les armées, à remédier aux paniques, que lorsqu’elles se manifestent, c’est-à-dire quand ou ne peut plus rien contre elles. Je crois être utile en entrant dans quelques détails sur leurs causes, sur leurs effets et sur les moyens de les prévenir.