DEVANT L ENNEMI
tête à queue soudainement, et s’élance dans un galop effrayé. Tous les autres l’imitent et s’enfuient avec lui.
A la guerre, sur les masses dont tous les éléments sont étroitement liés par l’organisation militaire et par l’habitude, le phénomène opère avec une force irrésistible. 11 donne lieu à de graves désordres. Dans certaines circonstances, la nuit, par exemple, et quand la panique atteint une infanterie dont les armes sont chargées, de grands malheurs sont presque inévitables.
Les paniques sont aussi vieilles que l’histoire, comme l’indique leur nom emprunté à la mythologie grecque \ Toutes les armées en ont eu et je pourrais dire en auront. Les jeunes troupes y sont naturellement plus sujettes que les troupes aguerries ; le degré d impressionnabilité de leur tempérament, y entre aussi pour une part, mais aucune n’y échappe à son heure, et le sentiment public, dans les armées, fait fausse route, quand
1 . lies apparitions à la foule, du dieu Pan avec ses attributs. — Les cornes, les hautes oreilles, les cuisses velues et les pieds de bouc — sont censées l’origine des terreurs paniques.
il raille les troupes qui ont cédé à la panique et quand il se montre disposé à juger, par cet accident, de leur solidité. Je démontrerai que c’est au commandement qu’en revient la responsabilité et que, presque toujours, il a manqué d'autorité morale, d’expérience et de prévoyance.
la panique, en effet, n’a lieu que dans les circonstances suivantes : 1° de nuit, en présence de l’ennemi. Aussi toute opération qui a pour effet de mettre en mouvement dans ces conditions, des troupes qui se sentent environnées de périls, exige-t-elle, avec un choix bien entendu d’officiers et de soldats, une infinité de prévisions, de précautions, d’avertissements donnés ; 2° de jour, en présence de l’ennemi après une défaite, ou après une action de guerre disputée qui aurait amené de grandes pertes, ébranlé la confiance des soldats et laissé dans leur âme une impression pénible ; 3° en tout temps, quaud les troupes sont assez mal eugagéès devant l’ennemi, pour qu’elles en aient elles-mêmes le sentiment, et pour qu’elles soient dans l’attente et pour ainsi dire à l’affût d’un danger que grossit toujours l’imagination
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du soldat. Par exemple, une nombreuse troupe de cavalerie eu reconnaissance devant un ennemi qu’elle sait n’être pas éloigné, s’avance en colonne profonde dans un chemin bordé de fossés et de bois où elle sent que son action spéciale est complètement paralysée, eu même temps qu’elle s’attend à voir ces bois se remplir de fantassins. Elle est trop en avant pour compter sur l’appui de son infanterie, son isolement l’inquiète. Un mouvement rétrograde de ses éclaireurs et de son avant-garde, une apparition inattendue au milieu des arbres, un coup de pistolet partaut inopinément, le moindre accident imprévu, peuvent déterminer uue retraite partielle qui entraîne bientôt la retraite du tout, dans un désordre directement proportionnel au nombre.
Aucun effort, quand la panique a décidément saisi les troupes, ne peut en arrêter immédiatement les effets. Mais l’expérieuce montre qu’il est des moyens certains de l’empêcher de naître. Et c’est ici que l’axiome fondamental du maréchal Bugeaud « un soldat averti en vaut deux » rencontre l’une de ses plus heureuses et plus
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