RÉORGANISATION DE L’ARMÉE
C’est l’organisation seule qui résiste dans les revers et sauve la patrie.
(OEuvres de l’Empereui Napoléon III, t. I.)
Ce livre n’a été jusqu’ici qu’un exposé de principes.
Entre les principes si divers qui doivent présider à la constitution et régler la fonction de l’armée, je ne me suis arrêté qu’à ceux dont l’importance est spéciale, ou dont l’influence sur la conduite et sur les résultats de la guerre est directe. 11 s’en faut de beaucoup, par con-
séquent, que j’aie parcouru le cercle entier de nos institutions militaires, exprimant à leur sujet mes préoccupations et mes vœux 1 . Mais j’espère en avoir dit assez, pour définir et pour justifier mon but. Il était de prouver que, contrairement à l'opinion généralement admise , la réorganisation de P armée consiste moins dans une loi de recrutement et dans des accroissements rP effectif , que dans le redressement de quelques erreurs et le perfectionnement des moyens.
1 . J’aurais notamment montré que nos écoles militaires dont l’organisation a vieilli, n’ont pas dans nos institutions le rôle de premier ordre qui leur appartient.
J’aurais établi que l’armée ne bénéficie pas ou bénéficie t l es- incomplètement, du concours que pourraient lui apporter ses propres enfants, pour le recrutement de ses cadres. Je veux parler de l’institution des enfants de troupe, dont la base est mauvaise. Elle les assujettit à la vie de caserne, dans un milieu dont les conditions, soit au point de vue de l’éducation et des exemples, soit au point de vue de l’hygiène, troublent le développement des facultés morales, et physiques de l’enfance, en dépit d’une sollicitude généralement très-attentive.
J’aurais demandé (question qui est d’ailleurs à l’étude et même en cours de réalisation) la suppression d’un nombre important d’anciennes places fortes, et la construction de places-camps retranchés, pour servir aux armées de points d’appui dans la défense du territoire ; la réorganisation du Dépôt de la guerre rendu à son rôle de préparateur permanent des opérations militaires, etc., etc., etc.
BÉORGANISATION DE l’ ARMÉE. 274
En un mot, je fais au sujet de l’armée, le raisonnement que le maréchal Bugeaud faisait au sujet de l’agriculture française : « Le grand biena fait pour notre pays, disait-il à un agronome « éminent 1 qui s’efforçait d’exciter son zèle pour « les défrichements, ne consisterait pas dans « l’accroissement des surfaces productives, mais « dans le perfectionnement des procédés de cuir « ture sur les surfaces où la culture existe, a
Ainsi la réorganisation de l’armée, celle que je crois vraiment féconde et qui justifierait les sacrifices à demander pour elle au pays, reposerait sur des bases différentes de celles qu’on semble vouloir lui donner. Avant de les énumérer, je rencontre l’obligation à laquelle n’avait pu échapper le Conseil supérieur de la guerre, quand il donnait au gouvernement de la Restauration les avis que j’ai rappelés au commencement de ce livre. Il avait dû supposer que la France, abjurant l’esprit de conquête, entendait être toujours en mesure de faire les guerres nécessaires. Je pose ici les mêmes prémisses, avec une liberté d’esprit d’autant plus entière, que le gouvernement