DE LA FAIBLESSE DES EFFECTIFS
Il est impossible de n'être pas frappé de la faiblesse de l'effectif dans les régiments , à quelque arme qu'ils appartiennent. Il a fallu obéir aux nécessités financières et descendre peu à peu jusqu'aux dernières limites qu'il fût possible d'atteindre. — L'armée y est arrivée. Aller plus loin et augmenter le nombre des régiments en diminuant l'effectif de ceux qui existent, serait précipiter la désorganisation de l'armée.
Pour que le commandement de l'officier soit honoré, pour que l'on puisse exiger de lui les qualités qui doivent le distinguer, il est indispensable que le rôle qui lui est confié soit important. Beaucoup d'officiers et peu de soldats, telle est la composition des armées dans les pays en décadence; on peut la voir au Mexique et dans les républiques du sud de l'Amérique. C'est un devoir de réagir contre une aussi funeste tendance de l'esprit public.
Si elle est préjudiciable au point de vue de la bonne composition des corps d'officiers, elle l'est encore plus à celui de l'instruction. Avec un trop
petit nombre de soldats, le coup d'œil se perd : personne ne sait plus ni le front que peut garnir la fraction qu'il commande, ni le temps nécessaire à ses évolutions. La confiance disparaît avec l'instruction; ceux qui sont actifs et consciencieux s'égarent dans l'étude du détail et les minuties de l'équipement. Ils deviennent incapables de s'en dégager le jour où l'augmentation du nombre de leurs hommes ne leur permet plus de tout régler eux-mêmes.
La suppression de tout effort d'ensemble en est le résultat le jour de l'action.
C'est aux militaires qu?il appartient de signaler aux pouvoirs publics le mal qui les envahit, et ce serait faillir à un devoir impérieux de ne pas le faire avec fermeté. — Il faut absolument s'arrêter aujourd'hui; non-seulement on ne peut songer à aller plus loin dans la voie de l'économie, mais déjà il serait sage de revenir en arrière. En tout cas, si les nécessités de la paix et l'insuffisance des ressources financières ont forcé à réduire l'armée, il faut conserver ce qui reste et l'empêcher de périr.
C'est par la valeur de ses éléments et non par leur nombre, si on ne peut l'atteindre, qu'elle arrivera à se relever de ses malheurs.