‹ L'Armée française en 1873Chapitre 53 sur 85 · SUPPRESSION DES FRANCS-TIREURS · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DES FRANCS-TIREURS

Déjà certaines difficultés ont été dissipées par des mesures nécessaires, et la première est forcément la modification complète des corps connus sous le nom de francs-tireurs.

Quand les désastres de l'invasion se sont manifestés, un grand nombre d'hommes énergiques se sont groupés dans le but d'y résister. Us étaient entraînés par le courant de l'opinion publique. Une erreur historique trop accréditée avait fait croire à beaucoup d'hommes de bonne foi qu'en 1792 les corps de volontaires avaient sauvé la France, et la pensée devait venir de les imiter. En vain le maréchal Niel, qui avait senti cette tendance, s'y était opposé de toutes ses forces, soit à la tribune, soit par des publications émanées du ministère de la guerre; elle n'était pas détruite.

De plus, la nouvelle manière de combattre en tirailleurs, inaugurée par des succès si éclatants en Crimée et en Italie, avait fait croire à beaucoup d'hommes que la victoire avait été due plutôt aux efforts individuels des soldats qu'à l'impulsion donnée par les officiers.

C'est ce qui a donné naissance à tous ces corps

francs, dont l'histoire est encore à faire.

Il n'y a pas lieu ici de discuter ce qu'ils ont fait.

Il est incontestable qu'ils ont dans certains cas déployé beaucoup d'énergie et fait du mal à l'ennemi. Mais toujours ils ont dû s'arrêter quand ils ont trouvé devant eux une résistance solide, et par conséquent leurs efforts n'ont pu détourner d'une manière efficace les résultats militaires sérieux. Les hommes qui en ont fait partie auraient été mieux employés dans les corps de troupe réguliers, et ceux d'entre eux qui ont rendu de réels services, que nul n'a la pensée de contester, n'ont pu le faire que quand ils ont subordonné leurs mouvements à la direction militaire et secondé l'action des troupes régulières.

Mais ce qui aussi est incontestable, c'est que leur organisation, coïncidant avec l'appel des réserves, a considérablement gêné celles-ci. Un certain nombre de soldats qui auraient dû rejoindre l'armée régulière se sont engagés dans les corps francs et ont eu l'illusion de croire qu'ils avaient, en le faisant, rempli leur devoir. Les ressources en armes , en munitions , en équipement et en vêtements, ont été détournées par là de leur destination la plus nécessaire, et parfois gaspillées.

Le désordre de certains corps de cette nature a été maintes fois signalé; il n'y a pas lieu d'y revenir. Mais quand même l'ordre le plus parfait,

l'économie la plus rigoureuse , l'entente la plus savante , eussent présidé à toutes ces opérations, ce qui n'a pas eu lieu, le fait n'en resterait pas moins certain. Les ressources de l'armée régulière ont été amoindries au moment où elles étaient le plus nécessaires, et le résultat final a dû s'en ressentir.

Ces inconvénients ont été saisis par tous les esprits, et il est un principe, aujourd'hui inscrit dans nos lois, qui est la seule sauvegarde contre le retour de déplorables abus. Toute force armée est placée sons la dépendance des ministres de la guerre ou de la marine. C'est un principe de salut public, et il faut le maintenir avec force.

Jusqu'ici nous n'avons envisagé que les réserves qui avaient passé par l'armée, savoir les hommes en congé provisoire de libération et les militaires libérés et non mariés, âgés de moins de trentecinq ans, et que la loi d'août 1870 a rappelés sous les drapeaux. Ces ressources n'étaient pas les seules, et la loi de 1868 prescrivait la formation de la garde nationale mobile.

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