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DE LA GARDE NATIONALE MOBILE

Pour cette troupe, qui a été employée parfois avec succès dans la dernière guerre, il y avait d'autres principes d'organisation admis, et les inconvénients qui se sont présentés ne sont pas

du tout les mêmes que ceux qui viennent d'être signalés pour Tannée régulière.

La garde nationale mobile devait être formée des hommes laissés en dehors par les appels, et se réunir par départements; ce mouvement s'est produit sans aucun obstacle : ce n'est pas là que les difficultés se sont présentées; il faut les chercher autre part.

L'institution était nouvelle; elle n'avait pas encore fonctionné , et beaucoup d'esprits pensaient qu'elle ne recevrait jamais de sanction pratique. Dans certains départements de l'est de la France, son fonctionnement avait été préparé : des officiers avaient été nommés, des cadres formés, mais le travail n'était pas encore complet. Il aurait fallu du temps, des appels périodiques préalables , une ébauche même d'instruction. C'est ce qui n'avait pas eu lieu.

Dans la plupart des départements, la désignation des officiers n'avait pas été terminée : leur nomination n'a eu lieu que très-tardivement, et les hommes se sont trouvés réunis sans avoir personne pour les commander.

Dans certains cas, et notamment à Paris, une mesure fâcheuse les a fait désigner par l'élection; c'était une erreur fatale, car s'il faut que les soldats aient confiance dans leurs officiers , il est encore plus nécessaire que les officiers aient de

l'autorité sur leurs soldats. Le chef le plus digne n'est pas toujours le plus populaire, et un succès électoral n'est pas un brevet de capacité. Au contraire, habituellement le soldat ne respecte pas celui qui lui doit son grade; il a toujours la pensée que comme il a pu le lui donner, il peut le lui retirer. Que dire des circonstances dans lesquelles a eu lieu souvent cette élection? Parfois elle a été une concession accordée à des bataillons à demi mutinés, et est ainsi devenue une prime offerte à l'indiscipline des meneurs; parfois elle s'est faite le jour même d'un combat désastreux dont on pouvait entendre le canon. Si l'on insiste ici sur cette idée funeste , c'est qu'il faut qu'elle soit absolument déracinée et qu'elle ne reparaisse jamais.

Il est résulté de cette organisation hâtive que les corps d'officiers de la garde mobile, pleins de bonne volonté, se sont montrés souvent insuffisants comme instruction. Parmi eux se trouvaient d'anciens officiers ayant servi dans l'armée et très-capables ; mais on y voyait aussi beaucoup de jeunes gens dont l'éducation militaire était nulle; ils avaient tout à apprendre, comme leurs hommes, et c'était une nécessité terrible que de les instruire.

L'absence des corps d'officiers et leur défaut d'instruction n'étaient pas d'ailleurs les seules diffi-

cultes à surmonter. Dans beaucoup de cas les moyens matériels ont fait défaut pour l'habillement, l'équipement, et jusqu'à l'armement.

Les exigences du budget n'avaient pas permis de les préparer, et on n'a pas toujours pu les improviser. Ainsi on a vu des bataillons essayer l'exercice du fusil avec des bâtons, parce qu'on n'avait pas encore pu leur distribuer des armes.

On en a vu d'autres bivouaquer sans tentes par de froides nuits d'automne, avec des blouses de toile, sans avoir un vêtement de laine pour se couvrir. Mais même pour ceux qui avaient des vêtements et des armes, l'instruction militaire était nulle; elle était tout à faire pour les soldats.

Celle des officiers étant défectueuse, comme nous venons de le dire, tout manquait à la fois pour l'entreprendre. C'est ce qui fait que la garde mobile n'a pas pu rendre les services qu'on espérait, ou du moins qu'elle n'a pas été prête assez tôt.

Ici encore nous ne voulons nous appuyer que sur des faits. La garde mobile de la Seine, qui avait pu rejoindre l'armée au camp de Châlons dès le début de la guerre, a été jugée incapable de la suivre le 21 août, et ramenée à Paris par ceux mêmes qui auraient dû avoir le plus de confiance en elle \

1 Le général qui l'avait organisée a lui-même préféré de beau-

Mais ce qui prouve le mieux l'impuissance de ces organisations tardives, c'est ce qui est advenu de cette armée de 125,000 mobiles qui figuraient dans les rangs, lors de la grande revue passée à Paris vers le 12 septembre 1870. Cette troupe était réunie et même endivisionnée. Elle allait se trouver en présence de l'ennemi, elle était pleine d'ardeur et de bonne volonté. Les circonstances étaient assez graves pour stimuler tous les courages ; on n'avait qu'un seul but à chercher : l'effort militaire immédiat; on a fait ce qu'on a pu pour l'atteindre.

Qu'avons-nous vu comme résultat? En fait, le premier bataillon de mobiles qui ait perdu du monde sur un champ de bataille a été engagé le 30 septembre ; d'autres petites fractions ont combattu les 13 et 21 octobre, mais la grande masse n'était pas prête encore,

Ce n'est que dans les derniers jours de novembre que l'organisation a été achevée, et que les corps de la mobile ont pu sortir avec une certaine cohésion des murs qui avaient abrité leur instruction.

On avait fait des prodiges d'activité, soit; on a fait des prodiges de dévouement, soit encore. Mais il n'est pas moins vrai que l'on était arrivé

coup un autre commandement dans l'armée régulière lors de son retour à Paris.

au 25 novembre, que la guerre était déclarée depuis le 15 juillet, et que l'on avait mis quatre mois et demi pour s'organiser tant bien que mal. C'était bien lent, et pourtant, qui peut dire que le résultat n'eût pas été différent, l'effort plus efficace, mieux ordonné et peut-être moins sanglant, si les corps engagés ne s'étaient ressentis le jour du combat de la hâte qu'il avait fallu apporter à leur organisation?

Il faut donc renoncer à espérer un résultat efficace des grandes masses d'hommes armés, lorsqu'elles ne viennent pas se fondre dans l'armée permanente. Quand des siècles de guerre ont amené une expérience telle que les conditions de la lutte ont été transformées par une institution , il faut se garder d'y renoncer. La nation armée, c'est la horde de barbares; l'armée permanente, c'est l'habileté se substituant au nombre et à la force brutale, c'est la civilisation triomphant de la barbarie. On n'improvise pas une armée, et il est bien inutile de recommencer les erreurs d'un passé suranné. La garde mobile cesse d'exister par le fait de la nouvelle loi : les hommes qui l'auraient composée entreront dans l'armée active, et ils devront, au jour de l'appel, venir se fondre dans les rangs de l'armée régulière. C'est ce qui s'est fait même en 1793, quand la Convention a décrété la mesure appelée l'amalgame des

bataillons de volontaires avec l'armée régulière. Cette fusion des deux éléments a produit les demi-brigades, d'où sont sortis nos régiments, et qui ont fait le tour de l'Europe avec la victoire. Aujourd'hui nous ne cherchons pas la conquête, mais la défense. Il faut, pour l'assurer, ne pas sortir de ce qui a fait notre force et de ce qui peut l'assurer dans l'avenir. Il faut préparer d'avance l'incorporation dans l'armée régulière des réserves qui n'ont pas encore été sous les drapeaux, et leur assurer ainsi, par une sage prévision, les moyens d'organisation, d'équipement et d'instruction qui leur ont fait défaut dans la dernière guerre.

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