DU SERVICE TÉLÉGRAPHIQUE
Le service télégraphique a été presque exclusivement employé pour les communications officielles urgentes; il en est résulté que souvent
son personnel et son matériel se sont trouvés insuffisants.
La nécessité de taxer toutes les dépêches , tant officielles que privées , d'éviter les doubles emplois sur les lignes à un seul fil, a forcé d'adopter une mesure qui n'est pas sans inconvénient; toutes les dépêches viennent passer par le bureau central, où elles sont transcrites. C'est une perte de temps, qui s'aggrave par l'encombrement inévitable. Il est tel que, pour les petites distances, une dépêche parvient plus rapidement, dans beaucoup de cas, quand elle est portée par un exprès que par le télégraphe.
Il y a lieu d'apporter une grande réserve dans l'emploi du télégraphe , pour éviter cet encombrement qui produit parfois les plus fâcheux résultats. Rien n'est plus grave, d'ailleurs, que la confusion au bureau central des dépêches les plus urgentes, des nouvelles les plus importantes à tenir secrètes , avec des milliers de dépêches sans aucune valeur. La surveillance en est des plus difficiles , et les indiscrétions sont à craindre.
Les appareils Morse sont particulièrement dangereux quand les dépêches ne sont pas chiffrées ; il suffit qu'une personne exercée se trouve dans un bureau , par hasard , pour entendre ce que signifie le langage conventionnel de l'appareil, et
dans ce cas l'indiscrétion a lieu, malgré toute la fidélité et la surveillance des employés.
Enfin le télégraphe est si facile à intercepter ou à détruire, qu'il n'est encore pour la guerre qu'un mode de communication précaire , inapplicable en beaucoup de cas. L'invasion le désorganise absolument.
On vient de voir, par cet exposé sommaire, quelles difficultés ont présentées en France la mobilisation des réserves et la concentration des troupes. On n'ose dire que toutes aient été énumérées, et cependant les principales ont été signalées. Sont-elles inhérentes à la nature des choses, et leur reproduction est-elle certaine? Oui, sans doute, si l'attention et l'étude, tant des chefs militaires que des directeurs des grands services publics, n'en préviennent pas le retour.
Il faut essayer d'apporter un élément à ce travail nécessaire en indiquant quels remèdes peuvent être apportés aux maux qui viennent d'être indiqués.