‹ L'armée française en ItalieChapitre 7 sur 18 · CHASSEURS A PIED · texte numérisé non relu

CHASSEURS A PIED

Le berceau des chasseurs à pied fut Vincennes, de là leur est venu le nom populaire de chasseurs de Yincennes. C'est au polygone de cette place que s'exerça le bataillon de tirailleurs, créé provisoirement le 44 novembre 4838, et définitive* ment organisé par ordonnance du 28 août 183&

Ce bataillon, placé sous les ordres du baron Grobon, aujourd'hui général de division, était si solide, qu'en le voyant défiler, le maréchal Soult s'écria :

« Ce n'est pas un seul bataillon, mais trente

« comme celui-ci que je voudrais voir dans l'ar- « mée française. »

La campagne de \ 840 démontra que l'illustre maréchal ne s'était pas trompé , et , en octobre 4 840, il fut décidé que les chasseurs à pied seraient portés à 10 bataillons, qui furent organisés au camp de Saint-Omer , par les soins de leurs commandants respectifs; savoir:

1 er (1) Jtf. de Ladmirault.

2 e . M. Faivre.

Camou.

de Bousingen.

Mellinet.

Forey.

Répond.

Clère.

Uhric.

10». M. de Mac-Mahon.

Sept de ces officiers figurent encore sur le cadre de l'état-major général de l'armée. S. Exe. le maréchal Ganrobert était adjudant-major du 6 e bataillon de chasseurs à pied, et peu de temps après il fut appelé au commandement du 5\ H. Lenor-

(1) Ancien bataillon de tirailleurs.

roand de Lourmel comptait comme capitaine dans les rangs du 10*.

Immédiatement après l'organisation, quatre des nouveaux bataillons furent envoyés en Algérie. Le 6* bataillon , dans les combats de l'Oued-Sada (18ft 2) ; le 9% dans l'expédition contre les Flittas (1845), où il perdit son commandant M. Clère : le 8 e , à Djemaa-Ghazouat, en succombant tout entier autour du commandant Froment-Coste, prouvèrent que les chasseurs étaient à la hauteur des plus vieilles troupes de l'armée permanente d'Afrique. A la bataille d'Isly, à Rome le 30 avril, à Zaatcha et dans maintes autres circonstances, les chasseurs à pied rendirent de tels services que, dès le 22 novembre 1853, on décida la création de vingt bataillons de dix compagnies chaque, en remplacement des dix anciens qui ne comptaient que huit compagnies.

Les 1 er , 3% 4% 5% 9% 40% 14% 17* et 49 e se

sont distingués en Grimée.

Bataille de l'Aima : !•', 3% 5- et 9\ Inkermann et combat dans les tranchées : 3 e ,

5« et 9 # .

Nuit du 20 octobre 1854 : 5 e .

Nuit du 22 au 23 mars 4855 : 4*.

Nuits des 4 4 au 43 avril : 9 e et 40 e .

1 er mai : 9 ê .

23 mai: 6% 9 e et 10 e .

Mamelon Vert : 3 e , 4 e , 17 e et 19 e .

Expédition de Kertch : 5*.

18 juin : 5 e .

Bataille de Traktir : 14 e et 19 e .

Prise de Sébastopol : 1 er , 4 e , 6 e , 9 e , 10% 44% 47 e et 19*.

Prise de Kinburn : 14*.

Il faut ajouter à ces différentes actions une foule d'affaires d'une importance moindre et dont les noms ne sont pas présents à notre mémoire. La part des chasseurs à pied dans les travaux du siège de Sébastopol, aux éclaireurs volontaires et aux enfants perdus, est tellement glorieuse, qu'il est impossible en quelques lignes de la définir dans son entier.

Enfin, le 12 e bataillon, avec la division qui, sous les ordres S. Exe. le maréchal Baraguey d'Hilliers, s'empara de Bomarsund, porta jusque dans la mer Baltique la réputation de l'arme des chasseurs à pied. La paix faite, nous les avons

vus représentés par plusieurs de leurs bataillons dans les différentes expéditions de Kabylie.

La portée de la carabine à tige, en usage depuis 4846 dans ces corps, est telle, qu'à 1,300 mètres les balles oblongues traversent deux planches de bois de m 022 d'épaisseur et entament la troisième. On comprend quel parti un bon tireur peut attendre d'une arme semblable. Suivant l'expression de S. M. l'Empereur Napoléon III, nos chasseurs à pied, tels que les ont faits les perfectionnements apportés dans leurs manœuvres, leur armement et leur équipement, constituent une véritable artillerie de main. En effet, quelques soldats, placés dans un pli de terrain, peuvent neutraliser, à une distance considérable, l'effet d'une batterie de campagne ou déposition, en démontant successivement tous les servants. Les officiers qui ont fait en 1840 la campagne du col de Mouzaïa, se rappellent la superstitieuse terreur des Arabes, lorsque quelques-uns d'entre eux, placés à 1,500 mètres de nos lignes, furent atteints parles balles de M. Pistouley, aujourd'hui chef de bataillon au 10 e de ligne et alors adju-

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dantau \ lT bataillon formé sous le nom de tirailleurs.

L'allure rapide et précipitée du pas des chasseurs, leur costume sombre, la fanfare stridente et d'un timbre singulier qui règle leur course, tout semble concourir à leur donner un aspect fantastique, qui, sur le champ de bataille, doit avoir son influence. Les Kabyles, qui sont de bons soldats, les appellent des Lascars negros et les redoutent entre tous. A Rome, les artilleurs suisses, les légions des volontaires et de l'Université, les meilleurs soldats de l'armée assiégée, évitaient avec soin les endroits gardés par eux. Enfin, les généraux russes n'ont pas marchandé l'admira* tion qu'ils leur inspiraient.

C'est, du reste, une troupe très-conforme au génie militaire de notre nation. On a remarqué que les engagements volontaires y abondaient. Les places d'officiers y sont très-ambitionnées par les élèves de Saint-Gyr, et cela se comprend : l'avenir y est tracé par les devanciers. Aux hommes illustres qui sortent des chasseurs et que nous avons nommés plus haut, nous pouvons ajouter les généraux de Failly, d'Exea, Sencier, Decaen, de l'Abadie d'Aydren, Douay et de Castagny ; les colonels Levassor-Sorval, Paulze d'Ivoy, Lenor-

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mand de Bretteville, Nicolas-Nicolas, de Brasde-fer, Soubiran Campalgno, Auzouy, Duplessis, Guiomar, etc., etc., et tant d'autres dont les cendres glorieuses, comme celles de de Marolles et de Saint-Pol, reposent sous les champs de bataille d'Afrique et de Crimée.

Dans nos faubourgs, on est convaincu que les chasseurs sont invincibles. Le Parisien, qui se retrouve loustic et gouailleur partout où Ton se bat, dit, quand il entend le clairon à l'allure des chasseurs: « Voilà les vitriers, nous sommes bons !» — Un général nous a assuré que l'étymologie de ce sobriquet venait de la posture que prend le chasseur au repos en appuyant son sac sur sa carabine, exactement comme les vitriers accotent leur porte-verre sur la règle. Les Piémontais, qui ont combattu côte à côte avec nos chasseurs à Traktir, peuvent dire aussi : a Voilà les vilriers, nous sommes bons! » Et lorsque le commandement: En avant et à la baïonnette!

retentira, et que la fanfare jouera les vieux airs d'Afrique : la Casquette, le 5 e Ventre à terre et la Turlutine, aux cris de vive lu France, vive l'Ita-

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lie et vive l'Empereur ! les bataillons de l'armée d'Italie se souviendront du 3 e à Inkermann, et, comme le 5 novembre 1854, ils éventreront les masses qu'on leur opposera avec leurs sabresbaïonnettes.

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