‹ L'armée royale en 1789Chapitre 107 sur 136 · Ibidé — Voir aussi Ba,rbier (III, 429). « Un grand · texte numérisé non relu

Ibidé — Voir aussi Ba,rbier (III, 429). « Un grand

nombre d'ouvriers préfèrent, par honneur, la qualité

de soldat à celle de milicien. »

les hommes de guerre eux-mêmes, beaucoup, sans aller comme Saint-Germain el son commentateur jusqu'à nier Tutilité de l'institution, reprochent aux troupes provinciales de manquer d'expérience et de solidité, ou leur attribuent l'échec de leurs combinaisons*; seuls, ou peu s'en faut, les grenadiers royaux, dont la valeur éclate à toutes les pages de notre histoire militaire, échappent à ce discrédit général. Est-ce bien et complètement juste, et n'y a-t-il pas ici quelque exagération? Plus un peuple s'émancipe et s'approche de la liberté, plus il devient difficile ; plus s'allège le poids des abus qui pesaient sur lui, plus ils lui paraissent lourds. Ainsi de la milice à la fin de l'ancien régime. Sous Louis XIV, elle était respectée ; le souvenir des services qu'elle avait rendus dans les dernières campagnes du maré-

1. Voir notamment Camille Roussel, Correspondance de Louis XV et de NoaUles, et, dans Gébelin, une lettre de Ghevert à Belle-Isle.

chai de Villars la protégeait. Sous Louis XV, dans les guerres de Pologne et de la Succession d'Autriche, elle fait encore très bonne figure. C'est elle qui répare les pertes des armées de Bohême et de Bavière, et qui forme en partie celle du maréchal de Noailles en 1743, et l'opinion, Voltaire en tète, ne lui est pas trop hostile.

Après la guerre de Sept ans, où son rôle avait été beaucoup moins actif, son impopularité se mesure aux progrès de l'esprit révolutionnaire; ses jours sont comptés. Le gouvernement n'ose plus l'assembler, en attendant que la Constituante la supprime d'un trait de plume.

Pauvre Jacques Bonhomme, toujours sacrifié 1 Pauvre milice, elle valait pourtant mieux que sa réputation! Car enfin, pour peu brillants qu'aient été ses services en général, elle n'avait pas après tout laissé d'en rendre; elle faisait nombre, et, parmi ses défauts, elle

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avait au moins une vertu : dite savait mourir^ avec la tranquille résignation de l'homme des champs. Pendant deux siècles de guerres terribles, elle sème ses os sur toutes les grandes routes d'Europe; elle comble les vides faits dans nos régiments par le feu et la maladie, sans qu'un rayon de gloire ou de popularité descende jamais sur elle. C'est la réserve toujours prête où puisent sans ccmipter nos généraux* Rôle ingrat, lourd impôt, s'il en fut, et dont la bourgeoisie, idle, a bien su s'affranchir M Tout cela pour qu'un jour les bourgeois de l'Ass^nblée constituante, au lieu de lui donner une organisation {dus régulière, lui substituent la garde nationale, « cette noble milice », cosune l'appellera bientôt Dub(»s-Cranoé. En vérité, l'histoire a de singulières injustices, et l'on ne peut sans quelque attendrissement song^ i ces petits soldats

1. « La bourgeoisie regarde l*état de soldat comme un opprobre. » (Goibert, Essai de tactique*)

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provinciaux, à leur triste sort et à leur fin plus triste encore. Ce n'étaient pas de grands guerriers sans doute; isolément surtout, on ne pouvait guère compter sur eux, si ce n'est dans les places, et encore*! Bien encadrés, dans de vieilles troupes, ils faisaient pourtant assez bien. Mais à qui la faute s'ils n'ont pas fait mieux, et qui dira jamais ce qu'il y eut dans cette jeunesse, poussée comme bétail aux armées, d'obscurs dévouements et de forces vives perdues, faute d'un meilleur régime?

1 . En 1760, le maréchal de Çastries écrit à Broglie (13 octobre) que, vu Fimportance de Dusseldorf, il y envoie le régiment de Lockmaria. « La place ne serait pas, dit-il, à l'abri d'un coup de main, s*il ne lui restait que de la milice. »

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