Camille Roussel, le Comte de Gisors, ip
2. D'après ce règlement (titre VIII, article 2), défense était faite aux commandants de division d'avoir plus de seize plats à leur table, aux maréchaux de camp plus de douze : « La chère, ajoutait le règlement, sera simple et militaire, sans aucune recherche de luxe; on ne pourra faire usage ni de cristaux, ni de fruits montés, »
3. L'ordonnance de 1757 n'avait produit aucun effet, et tout de suite elle avait été transgressée. (Voir Rousset, le Comte de Gisors,) — Un autre règlement provisoire de 1778 sur le service en campagne contenait quelques dispositions restrictives, mais encore bien insuffisantes, dit Servan dans YEncyclopédie,
couverts et de dix plats sans dessert ; aux lieutenants généraux, plus de huit couverts et de six plats, et aux chefs d'états-majors généraux plus de cinq couverts et de cinq plats, également sans dessert.
Le luxe des équipages était à Tavenant. « Je n'ai jamais vu sans une vive indignation, disait Belle-Isle à son fils, le brillant comte de Gisors, les jeunes chefs de nos régiments traîner après eux dans les camps et dans les garnisons le luxe et la mollesse de la cour, chercher à se distinguer par la richesse et le brillant des équipages, la multitude des valets et Textrême beauté des
chevaux*. » Mais les ministres de la guerre avaient beau s'indigner et se succéder, la mode était la plus forte. Vainement Tordonnance du 20 juillet 1741 avait fixé le nombre des chevaux et des voitures accordés à chaque officier sui-
1. Instruction de Belle-Isle pour le comte de Gisors, au moment où celui-ci devint colonel du régiment de Champagne.
vaut son grade : trente chevaux et trois voitures aux lieutenants généraux ; vingt chevaux et deux voitures aux maréchaux de camp ; seize chevaux et une voiture aux brigadiers colonels et mestres de camp ; pas de voiture et le même nombre de chevaux que de rations réglementaires aux autres officiers; ces prescriptions étaient devenues sans effet. A Prague, pendant l'investissement, on ne comptait pas moins de 2525 domestiques et de 400 soldats occupés au service des officiers, et l'intendant Séchelles évaluait à 5000 rations par jour la consommation des équipages*. Pendant la guerre de Sept ans, beaucoup de lieutenants généraux possédaient jusqu'à soixante chevaux. Gisors luimême, simple colonel, en entretenait vingttrois, sept de plus que le chiffre réglementaire, et s'il n'avait ni berline ni chaise de poste, c'était uniquement par respect pour les ordres
1. Lettre du maréchal de Broglie à Tintendant Séchelles, à Pragfue, le 13 mars 1742,
de son père* ; tous les autres colonels en avaient. Les officiers particuliers, naturellement, prenaient exemple sur leurs chefs, s'emparaient des charrettes, autrefois réservées à l'intendance, dans les pays qu'ils traversaient; il n'était pas jusqu'aux soldats auxquels il fallaitaussi fournir des chevaux pour le transport des tentes et des équipements. Pas un, dit V Encyclopédie^ qui pût porter tous ses effets. Ajoutez à ces diverses causes de démoralisation le déplorable exemple donné par quelques généraux concussionnaires ou débauchés. Tel le maréchal de Saxe, qui déjà tout hydropique traînait encore à sa suite, dans sa belle campagne de Flandre, une berline remplie de femmes, et que le médecin du roi, Senac, était obligé de faire garder la nuit par des sentinelles pour l'empêcher d'y courir^; tel Richelieu, qui songeait plus à ré-