XVI INTRODUCTION
trières que des heures de combat... A quelques milliers de mètres, c'est Bazeille qui brûle, c'est le fracas de la lutte gigantesque qui s'engage sans eux ; partie terrible, dont chacun sait que Tenjeu est l'honneur et le salut de la France. Les officiers vont et viennent à découvert sur le chemin, réconfortant par l'exemple de cette bravoure stoïque leurs hommes étendus à plat ventre et que l'attente énerve. Cependant le tir des canons allemands devient plus juste, les projectiles arrivent plus serrés et labourent la route en dispersant au loin la gerbe de leurs éclats, qui déchirent l'air avec un bruit sinistre. De temps en temps, un officier tombe, les membres broyés : les autres s'approchent, regardent un instant le mort ou serrent silencieusement la main du mourant, et recommencent à marcher de long en large, en attendant leur tour. Ah I si seulement on leur donnait l'ordre de mettre baïonnette au canon et de charger sur ces maudites, sur ces lâches batteries ! Mais non ! 11 faut demeurer sous la pluie de fer, et ils demeurent.
Albert n'avait pas voulu se coucher. Debout sur la route, il se tenait près de son capitaine et causait avec lui, quand un obus éclate à quelques pas d'eux et fracasse la cuisse de cet officier. Albert le charge sur son dos et l'emporte vers une maison